Une Sicav de place pour faire entendre sa voix au sein d’Euronext

le 03/07/2014 L'AGEFI Hebdo

L’introduction en Bourse de la plate-forme a donné naissance à S2iEM. Une dizaine d’institutionnels pourront s’exprimer et soutenir l’opérateur.

Une Sicav de place pour faire entendre sa voix au sein d’Euronext
(DR)

Mettre ses forces en commun, pour mieux se faire entendre. La démarche est frappée au coin du bon sens. C’est celle adoptée par 13 institutionnels français (lire ci-dessous) qui ont opté pour la nouvelle Sicav de place, S2iEM (société d’investissement en infrastructures européennes de marché). Imaginé et porté par l’AF2i (Association française des investisseurs institutionnels), ce véhicule a pour objet financier unique d’investir dans les titres d’Euronext, mis en Bourse le 20 juin. « Notre ambition, au travers de ce véhicule, est de fédérer des institutionnels conscients de l’importance des enjeux stratégiques des infrastructures de marché, en particulier en Europe continentale », retrace Jean-Pierre Grimaud, ancien président de l’AF2i, directeur général de Swiss Life AM et actuel président de la Sicav. Pari relevé. En quelques semaines, ce ne sont pas moins de 40,4 millions d’euros qui ont été injectés dans S2iEM, permettant l’achat de titres à hauteur de plus de 2 % du capital de la plate-forme boursière.

Participer à un projet industriel

Cette prise de participation est cependant à distinguer de celle opérée à hauteur de 33,36 % par un noyau dur d’investisseurs (Société Générale, BNP Paribas, Caisse des dépôts et des consignations, Bpifrance, Euroclear…), engagés sur trois ans (lire également page 24). Un actionnariat certes stable, mais laissant peu de place aux autres porteurs. « Quelle est alors l’influence de ces derniers dans le soutien et le développement d’Euronext », questionne, dubitatif, Jean-Pierre Grimaud. C’est pourquoi nous avons décidé que les intérêts communs d’institutionnels également utilisateurs de la plate-forme seraient portés au sein d’une même structure. »

Pour incarner ce projet, le format Sicav (une société d’investissement à capital variable) a été retenu. « Nous avons renoncé à recourir à une structure non cotée, type SAS [Société par actions simplifiée, NDLR] qui rend plus complexe l’accueil ultérieur d’autres actionnaires », poursuit-il. Par ailleurs, la Sicav présente le grand avantage d’être une personnalité morale. Parce qu’il s’agit d’une société, contrairement à un FCP (Fonds commun de placement), la Sicav dispose d’un conseil d’administration, d’un président, organise des assemblées générales (AG)… « La société offre un espace de discussion entre les membres la constituant », résume Jean-Pierre Grimaud. Une possibilité qui a séduit les investisseurs.

Plus précisément « Société d’investissement professionnel spécialisée » (ex-sicav « contractuelle »), selon la terminologie établie par la directive AIFM, et n’étant, par nature, pas soumise aux contraintes d’un fonds Ucits, S2iEM est gérée par Fédéris Gestion d’Actifs (Fédéris GA), maison pilotée par Anne Courrier, sa directrice générale. « Ce type de véhicule se soustrait à la règle de diversification 5-10-40 % [pas plus de 5 % sur une valeur, avec une dérogation à 10 %, la somme des investissements dérogatoires ne devant pas être supérieure à 40 %, NDLR], précise-t-elle. Ainsi, 100 % de l’actif est ici dédié à une seule ligne d’actions. » Dans les faits, une petite partie des sommes versées dans la Sicav est mise de côté pour être réservée aux frais de gestion à acquitter à Fédéris GA. Si la stratégie de gestion ne semble pas particulièrement sophistiquée, le gestionnaire doit en revanche animer la vie de la société (organisation des AG, des conseils, etc.). « En outre, si une charte de bonne pratique a bien été signée par l’ensemble des investisseurs les encourageant à être investis sur le long terme, les maisons peuvent néanmoins sortir à tout moment de la Sicav, explique Anne Courrier. Notre rôle, en qualité de gérant, sera alors de tenter de trouver un autre actionnaire, afin d’éviter de céder des titres, moyennant des coûts de frottements. »

Certes, ces institutionnels auraient pu participer seuls à l’introduction en Bourse d’Euronext. Mais s’ils se sont unis et ont consenti à se délester d’une petite partie de la performance de leur investissement (frais de gestion), c’est pour mieux peser dans la discussion avec la Bourse paneuropéenne. Les sujets portés sont nombreux : relancer la plate-forme obligataire BondMatch, renforcer la sécurité dans la chaîne de traitement des titres ou encore participer aux réflexions sur le rayonnement de la Place de Paris. « L’idée est bien de participer à un projet industriel, lance Jean Eyraud, président de l’AF2i, et dépasser la simple notion d’investissement financier. »

Le Club des 13
Treize investisseurs pour S2iEM : Capssa,  Camacte, Chambre de commerce et d’industrie de la Région Paris-Ile-de-France, Malakoff Médéric, Macif, Maif, Matmut, SMABTP, SMA Vie, Swiss Life France, Unigrains, Viel & Cie, Union Bancaire Privée. 
Anne Courrier, directrice générale de Fédéris GA.

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