Matthieu Lucchesi l’a dit et redit. A l’occasion du dernier Club de Prospective de l’Association française des investisseurs institutionnels, le 23 octobre à Paris, consacré au Brexit, le directeur de la division Régulation de la Gestion d’actifs au sein du département international de l’AMF a souligné à plusieurs reprises que le régulateur se tenait à l'écoute des interrogations des investisseurs institutionnels sur les impacts de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. «Le régulateur est là pour vous accompagner», a-t-il lancé. Matthieu Lucchesi a notamment insisté sur le fait que le régulateur ne négocie pas directement avec le gouvernement britannique mais qu’il peut, malgré tout, essayer de réfléchir avec les professionnels à partir du scénario le plus probable, à savoir que le Royaume-Uni va devenir un pays tiers hors Union européenne.Dans ce contexte, le responsable a tenu à minimiser l’impact de la sortie des Britanniques. Il n’y a pas lieu de redouter le «cliff effect», la rupture brutale dont parlent certains. «On peut se préparer à cette situation. Mais il y a un réel besoin pour le régulateur d'échanger avec l’industrie pour mieux apprécier l’interpénétration des marchés et mieux gérer ainsi les conséquences du Brexit», a estimé Matthieu Lucchesi.Le responsable a souligné que les sociétés de gestion disposaient de nombreux outils pour faire face à la nouvelle donne, par exemple en fusionnant un fonds britannique dans un véhicule de l’Union européenne. Matthieu Lucchesi a en outre salué l’opinion publiée cet été par l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF, Esma) sur la question de la délégation et de la relocalisation des acteurs britanniques qui a donné lieu à trop de «fausses informations». «L’AMF a favorablement accueilli cette opinion. Nous y voyons notamment un réel moyen d’assurer la convergence et d'éviter le moins-disant réglementaire», a indiqué Matthieu Lucchesi.La possibilité de délégation vers des pays tiers est bien réelle mais elle ne doit pas se faire au détriment de la substance, a insisté le responsable. Le consensus est qu’un seuil de 3 ETP semble s’imposer, dans la plupart des dossiers, comme une condition avérée pour accéder à l’Union européenne. La mise en place d’un comité au sein de l’Esma pour revoir les décisions d’agrément de relocalisation devrait permettre une mise en oeuvre cohérente des règles pour éviter le phénomène de l’arbitrage réglementaire.De ce point de vue, les réflexions de la Commission qui pourraient déboucher sur un rôle accru de l’Esma vont dans le bon sens, a estimé Matthieu Lucchesi qui a toutefois souligné la nécessité d'éviter la mise en place d’un dispositif «trop lourd».Cette édition du Club de Prospective, qui n’aura jamais aussi bien porté son nom, a aussi permis de mesurer une fois de plus le chaos politique que suscite le Brexit outre-Manche et l’extrême flou dans lequel on se trouve encore. Mais «on a passé un cap des deux côtés de la Manche. Un retour en arrière, évoqué par certains ces derniers temps, semble extrêmement difficile à ce stade» a estimé Robert Parker, président de l’Asset Management & Investors Council (AMIC). Robert Parker, qui a relevé que les Britanniques avaient déjà perdu beaucoup de temps et que l’on était désormais à environ un an de la fin des négociations, a indiqué par ailleurs qu’il ne croyait pas à l'émergence d’un nouveau centre financier qui viendrait éclipser la place de Londres. La capitale britannique devrait rester une grande place financière mais Francfort, Paris, Amsterdam, sans parler de Dublin et Luxembourg , pourraient prendre du poids...