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Le Brésil, une puissance renforcée par les matières premières
Il y a un an déjà, Lula se préparait à redevenir président du Brésil après avoir remporté l’élection présidentielle. Beaucoup s’attendaient alors à un début de mandat difficile, en raison de la fragmentation de la scène politique et des faibles marges de manœuvre budgétaires. Mais, exception faite des émeutes à Brasilia en janvier 2023, Lula n’a pas eu à affronter des difficultés majeures cette année, au point de voir sa cote de popularité grimper en flèche : 60% des Brésiliens interrogés approuvaient son action en août dernier, contre 52% en avril. La baisse rapide des prix alimentaires y a largement contribué. Le rétablissement des programmes sociaux (notamment Bolsa Familia) aussi.
Les investisseurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : le real est une des devises émergentes les plus performantes cette année face au dollar. Pourtant, la banque centrale a déjà entamé son cycle de baisse de taux (-100 points de base depuis août, environ -400 pb supplémentaires anticipés d’ici à la fin de l’année 2024). Ce paradoxe apparent s’explique simplement : comme il y a vingt ans lors de son premier mandat, Lula bénéficie de recettes d’exportations en forte hausse, principalement grâce aux matières premières.
Troisième exportateur agricole mondial
La puissance agricole du Brésil n’est pas nouvelle : cinquième plus grand pays du monde en superficie (dont 30% environ sont des terres arables), le Brésil est le troisième exportateur mondial de denrées agricoles. Cette puissance repose d’abord sur le soja, dont le pays est le premier producteur. La surface dédiée à sa culture intensive a été augmentée de moitié depuis dix ans et dépasse désormais la taille cumulée de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Belgique. Cela a permis au Brésil de profiter du boom de la demande chinoise (et de gains de parts de marchés sur les Etats-Unis lors de la «guerre commerciale» sino-américaine).
Ensuite, le Brésil est devenu cette année le premier exportateur mondial de maïs, après avoir dépassé les Etats-Unis (pour la première fois depuis 2013). Et enfin, le pays a nettement augmenté sa production de blé depuis 2020, qui atteint un niveau record cette année. Si elle continue de croître de 10% par an, elle dépassera 20 millions de tonnes en 2030 et le pays sera alors largement autosuffisant. Même s’il ne l’est pas encore, il a d’ailleurs déjà commencé à jouer un rôle plus significatif sur le marché mondial, puisque plus d’un tiers de sa production est exportée, principalement en Arabie Saoudite, en Indonésie, au Vietnam et au Maroc.
A lire aussi: Les investissements directs étrangers sont loin des ambitions affichées
Par ailleurs, le Brésil est en train de devenir une puissance pétrolière de premier plan : importateur net de pétrole jusqu’en 2014, Brasilia s’impose aujourd’hui comme le premier producteur d’Amérique latine et le huitième mondial. De 2 millions de barils par jour en 2013, la production de pétrole du Brésil est passée à 3,1 millions en 2022. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’offre brésilienne devrait augmenter d’un million de barils supplémentaires d’ici à 2028.
Certaines des bonnes surprises enregistrées cette année pourraient certes être liées à des phénomènes passagers (cours mondiaux élevés, récoltes agricoles abondantes après deux années successives de sécheresse). Par ailleurs, cette montée en puissance ne va pas de pair avec la lutte contre le changement climatique, l’augmentation des surfaces cultivables favorisant la déforestation.
Néanmoins, dans un monde où les approvisionnements en matières premières sont de plus en plus vulnérables aux changements climatiques et aux risques politiques, la puissance du Brésil est renforcée. Le pays ressort même comme le principal bénéficiaire parmi les Brics de cette nouvelle donne. D’abord, la Chine reste évidemment importatrice nette et donc dépendante du reste du monde en la matière. Ensuite, la Russie, susceptible de concurrencer le Brésil sur plusieurs marchés (comme le pétrole et le blé) est freinée dans ses ambitions par les sanctions occidentales. Et enfin, l’Inde doit parvenir à nourrir plus de 1,3 milliard d’habitants avec des récoltes sujettes à des aléas climatiques toujours plus nombreux (ce qui explique ses mesures protectionnistes sur les exportations de riz).
Le Brésil apparaît donc aujourd’hui comme une alternative plus fiable pour les nombreux pays en développement cherchant à diversifier leurs approvisionnements et ainsi éviter une crise alimentaire. Dit autrement, il est l’un des acteurs contribuant à rendre le commerce mondial moins fragmenté.
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