Les cotations à Paris devraient se maintenir à un rythme soutenu en 2022
Le millésime 2022 sera-t-il aussi bon que celui de 2021 pour le nombre de cotations à Paris ? « Nous avons un pipe (nombre de projets, ndlr) assez fort avec de nouvelles sociétés », confie Yannick Petit, PDG du listing sponsor Allegra Finance. « Nous sommes dans le même état d’esprit qu’à l’automne dernier et anticipons un rythme soutenu d’introductions en Bourse à Paris cette année, ajoute Vincent Le Sann, directeur général adjoint de Portzamparc (spécialiste de la Bourse de BNP Paribas Banque Privée). L’appétence des entreprises pour se coter est toujours là. Nous avons cinq sociétés dans notre pipe – dont deux mandats signés en fin d’année – que nous comptons introduire au premier semestre. Nous devrions annoncer prochainement un projet d’opération dans l’hydrogène. »
Spécialiste des micro-écrans OLED pour les équipements optiques de plein air, les lunettes de vision nocturne, ou encore les lunettes de réalité augmentée, Microoled a ouvert le bal des IPO en annonçant mardi matin l’approbation de son document d’enregistrement par l’Autorité des marchés financiers en vue de sa cotation sur Euronext Growth Paris. La société a dégagé un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros en 2020 et vise plus de 22 millions pour 2021. Elle compte dépasser les 50 millions en 2024 et atteindre 110 millions en 2026. La marge d’Ebitda de 35% en 2020, devrait être supérieure à 25% en 2026.
« Les thématiques de la transition énergétique, du recyclage, de la technologie verte sont très présentes, poursuit Vincent Le Sann. Nous travaillons également sur des levées secondaires dans la santé ». Les secteurs « des énergies renouvelables et technologiques sont très présents, constate Yannick Petit. En revanche, rares sont les sociétés de l’économie traditionnelles, alors que les investisseurs en sont friands. Le producteur de fruits exotiques Omer-Decugis a signé l’an dernier un très parcours boursier (+20%), le meilleur d’Euronext Growth ».
Rattrapage attendu pour les midcaps
Pour d’autres secteurs, la cotation peut s’avérer plus ardue. « Il nous arrive d’être sollicités pour coter des entreprises dont le secteur d’activité est déjà largement représenté en Bourse. Dans ce cas, il leur est plus difficile de se différencier. Une décote par rapport aux entreprises déjà cotées est alors nécessaire pour entrer en Bourse, explique Vincent Le Sann. Les opérations se multiplient dans l’hydrogène, mais pas au même stade. Le marché ne fait que démarrer, les projets vont se déployer sur plusieurs années ».
Si 57 sociétés se sont cotées l’an dernier à Paris, un record de 14 ans, selon l’observatoire d’Allegra Finance, les performances boursières n’ont pas toujours suivi. Sur les 33 opérations par offre au public, le recul moyen a été de 10% entre la cotation et la fin 2021. Toutefois, il était de 2,4% pour les introductions sur le marché réglementé et de 14,5% pour celles sur Euronext Growth. Sur les 23 cotations sur Growth, 61% ont affiché une performance négative. Et les trois plus fortes progressions Antin (+44%), OVH (+37%) et Waga (+20%) sont toutes pour des valeurs cotées sur le marché réglementé. Pourquoi ? « En 2021, les gérants se sont concentrés sur les grandes capitalisations, offrant une meilleure performance (+29% pour le CAC 40) et une plus grande liquidité, au détriment des valeurs moyennes, explique Yannick Petit. Toutefois, quand le CAC s’essoufflera, les investisseurs regarderont progressivement vers le SBF 120 et vers les plus petites valeurs. Ce rattrapage est cyclique et mécanique ».
Les bons résultats finissent par payer
Ces performances décevantes pourraient-elles décourager les investisseurs, d’autant que la Bourse parisienne a atteint des plus hauts ? Il n’en n’est rien. « Les gérants repartent sur de nouvelles bases en début d’année, espérant trouver des investissements qui leur apporteront des performances positives sur l’ensemble de l’année, un de leur benchmark à l’heure des bilans de fin d’année pour convaincre de nouveaux souscripteurs », précise Vincent Le Sann. La plupart des opérations réalisées l’an dernier par Portzamparc ont affiché des performances positives ou neutres, avec de beaux succès comme Waga (+20% en 2021), HRS (+16%) ou Pherecydes Pharma (+15%) ou encore Afyren (+8%), se félicite Vincent Le Sann.
D’ailleurs, les entreprises qui « affichent de bons résultats et respectent les plans présentés au marché seront récompensées ‘boursièrement’, même si cela peut prendre du temps, ajoute Yannick Petit. En revanche, celles qui ne sont pas au rendez-vous vont souffrir ». Ainsi, AMA, la holding des frères Guillemot, affiche la pire performance (-70%). Mais lancer un avertissement sur ses résultats trois mois après son entrée en Bourse est l’erreur à ne pas faire.
Les biotechs manquent de grands succès
Beaucoup de biotechs affichent aussi de mauvaises performances boursières en 2021 : Theravet (-41%), NFL Biosciences (-37%), Acticor Biotech (-35%) ou Medesis (-24%), selon les données d’Allegra Finance. « Même si le Covid a mis un coup de projecteur sur le secteur, les deals dans la santé restent plus difficiles, confie Vincent Le Sann. Nous manquons de résultats cliniques probants sur longue période, de contrats de licences avec des grands laboratoires, et d’opérations de M&A. Il manque encore à ce stade de grands succès, avec des résultats cliniques positifs, sur lesquels les investisseurs peuvent s’appuyer pour collecter au sein de leurs fonds ou créer des fonds spécialisés sur le secteur. Faute de demande, les opérations restent encore aujourd’hui de taille réduite. ».
Autre explication des parcours boursiers décevants, les valorisations de l’an dernier « étaient a priori trop élevées. Le marché a toujours raison, rappelle Yannick Petit. Les opérations de début d’année sont davantage sursouscrites et réalisent un meilleur parcours boursier. Ce devrait être le cas aussi cette année, si les valorisations d’introduction restent raisonnables ».
En revanche, « nous ne comprenons toujours pas les investisseurs qui cèdent leurs actions le lendemain de la cotation, même en vendant à perte, conclut Yannick Petit. Et lors du placement, il est difficile de savoir quels fonds conserveront leurs titres un minimum de temps ».
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