Les banques françaises restent attachées au télétravail après le coup de tonnerre de la Société Générale
Le risque de contagion semble limité, pour le moment. Après que la Société Générale a dénoncé son accord de télétravail pour réduire cette pratique dans l’ensemble du groupe, les autres grandes banques françaises ne manifestent aucun signe de remise en cause de leurs propres politiques en la matière.
D’abord, un premier accord de branche sur le sujet a été signé en avril dernier par l’Association française des banques (AFB) et trois organisations syndicales. S’il ne fixe pas les conditions précises d’exercice du télétravail, il donne un cadre à cette pratique qui, selon l’AFB, répond aux attentes «des salariés et des banques, à la fois d’une évolution du travail vers plus d’autonomie et d’efficacité, d’une contribution à la performance économique et sociale et d’une amélioration de l’équilibre des temps de vie et des conditions de travail en particulier sur les temps de transports».
Le télétravail reste un élément d’attractivité pour le recrutement
Surtout, plusieurs banques contactées ont réaffirmé leur attachement au télétravail. «Nous ne souhaitons pas aller plus loin que les règles actuelles, ni revenir en arrière. La politique actuelle correspond, pour nous, à un bon équilibre, favorisant une qualité de vie au travail sans entraîner de pertes de performances. Cela reste également un élément d’attractivité pour le recrutement», confie à L’Agefi, Laurent Métral, directeur général adjoint en charge des ressources humaines du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
La banque coopérative a d’ailleurs signé un nouvel accord sur le télétravail en juin 2024, visant à le rendre plus accessible aux salariés des réseaux commerciaux. Dans la mesure du possible des organisations, ils peuvent désormais télétravailler un jour par semaine contre 22 jours par an précédemment tandis que les services support et siège demeurent majoritairement à deux jours par semaine.
«Cet accord renouvelé peut connaitre quelques difficultés de mise en place dans nos petits points de vente avec peu de salariés mais nous essayons de faire en sorte que tout le monde y ait accès le plus librement possible», explique Laurent Métral, qui rappelle que le Crédit Mutuel déploie justement une stratégie visant à optimiser le nombre de très petites agences dans son réseau.
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Environ deux jours par semaine
Chez BPCE, l’accord de télétravail «prévoit la possibilité de 10 jours de télétravail par mois au maximum», indique une porte-parole. N’ayant constaté aucun impact négatif sur l’engagement des équipes, la banque ne prévoit pas de faire évoluer cet accord. Dans les banques régionales, le dispositif varie d’un établissement à l’autre.
BNP Paribas considère de son côté que «le télétravail est organisé en veillant à la préservation du lien social et à la dynamique des collectifs de travail». La plus grande banque française prévoit jusqu’à 2,5 jours de télétravail par semaine dans les activités où il est possible. Dans le réseau, les salariés travaillant dans des agences comptant plus de sept collaborateurs disposent d’un jour par semaine. Ils devraient en outre être de plus en plus nombreux à y avoir droit dans les prochaines années compte tenu de la volonté de la banque de réduire le nombre de «petites» agences avec un objectif d’une majorité d’agences comptant plus de cinq salariés en 2030.
La Banque Postale a pour sa part renouvelé son accord de télétravail en novembre dernier pour une durée de trois ans. Les fonctions commerciales disposent d’un jour par semaine et de cinq à dix jours «flottants» supplémentaires par an dans certains cas définis. Deux jours sont octroyés aux métiers permettant du télétravail régulier. Une journée supplémentaire peut être accordée à des catégories de personnes particulières (aidants, pathologies spécifiques). Certaines fonctions au sein de la Banque des entreprises et du développement local (BEDL) disposent aussi d’une enveloppe supplémentaire de 20 jours par an.
Les chargés de clientèle des bureaux de poste, en contact direct avec les particuliers, relèvent du personnel de La Poste, et non de La Banque Postale, et n’ont pas accès au télétravail.
Enfin, au Crédit Agricole, les salariés du siège bénéficieraient d’environ deux jours par semaine de télétravail selon nos informations. Dans les caisses régionales, les modalités diffèrent en fonction des accords ou chartes locaux. En médiane, les «équipiers des sites» disposent de deux jours par semaine et «les équipes des réseaux» d’un jour, «parfois plus, parfois moins, l’important restant toujours la souplesse et la cohésion de l’équipe au bénéfice du client et des collaborateurs», indique à L’Agefi un porte-parole de la Fédération nationale du Crédit Agricole.
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Pas un droit acquis définitivement
Désormais très implanté dans le secteur bancaire, le télétravail ne doit pas pour autant être considéré comme un «droit acquis définitivement», prévient Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national de la Banque (SNB). La décision de la Société Générale de revenir à un jour de travail à distance par semaine maximum sonne en effet comme un avertissement pour l’ensemble de l’industrie.
«Tout le monde regarde ce qu’il se passe à la Société Générale et les impacts éventuels qu’aura cette décision», estime le syndicaliste qui rappelle que ce retour en arrière génère beaucoup d’inquiétudes au sein de la banque de la Défense. «Certains salariés sont partis vivre à Lille, Nantes voire Marseille et risquent d’être obligés de choisir entre déménager ou quitter la Société Générale», regrette-t-il.
Un rappel soulignant que, si le télétravail peut permettre d’améliorer l’équilibre vie professionnelle-vie privée, l’utiliser pour changer complètement de vie peut se révéler risqué.
A lire aussi : Kim Fustier : «Un retour en arrière sur le télétravail dans les banques pénaliserait les femmes»
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