La guerre des talents fait rage au sein des banques privées
Une place au soleil. En dépit d’un contexte incertain, les chasseurs de têtes dans le monde de la gestion de fortune ont le sourire. Car la plupart des banques privées implantées en France affichent de grandes ambitions, ce qui passe, notamment, par des recrutements. Cette volonté est spécialement portée par les grandes maisons étrangères. «Le métier de banquier privé développeur reste un poste très chassé depuis plusieurs années», confirme Johan Brucale, associé chez Themis Executive Search.
Il est vrai qu’un évènement a servi de catalyseur pour le mercato : le rachat de Credit Suisse par son homologue suisse en juin 2023 formant un ensemble bancaire doté d’un bilan de 1.600 milliards de dollars. Cette opération a déclenché des velléités de départ chez les équipes européennes des deux entités. D’autres en ont profité. En premier lieu, J. Safra Sarasin, une banque privée bâloise, fondée en 1841 qui a ouvert, en septembre 2023, une succursale française. Dirigée par Stéphane Pardini, un ex-Edmond de Rothschild, la banque compte actuellement une dizaine de personnes dont plus de la moitié provient soit de Credit Suisse soit d’UBS.
Des têtes ont également bougé ces derniers temps. Credit Suisse a enregistré les départs de Mai Trinh, devenue directrice du marché français à la tête de l’entité HSBC Private Bank (Luxembourg) SA French Branch, et Thomas Chauvin est parti chez Citi Private Bank. Et le jeu de chaises musicales ne devrait pas s’arrêter de sitôt. D’autres banques helvétiques réfléchissent également à franchir les Alpes dans un marché qu’elles considèrent comme stratégique. Un constat partagé par les banques américaines dans un contexte post-Brexit.
Une question d’opportunités
Ainsi, Goldman Sachs Private Bank a triplé ses effectifs en trois ans dans l’Hexagone. De son côté, J.P. Morgan Private Bank, une des plus anciennes banques privées américaines à Paris, a procédé à plusieurs ajouts dans son équipe de banquiers privés avec des anciens de Credit Suisse ou de la Bred. «Le mercato peut être généré par des implantations, des renforcements d'équipe ou par des opportunités liées notamment à des jeux de domino», analyse un chasseur de têtes. Le départ de David Intins de la direction de la banque privée et de l’activité gestion de fortune de la Bred vers le groupe de conseil en patrimoine Cyrus où il occupe la fonction de directeur général adjoint a généré beaucoup de mouvements sur la place de Paris. Parce qu’il a amené avec lui trois banquiers spécialisés en gestion de fortune et que pour le remplacer, Bred Banque Privée et Gestion de fortune est allée chercher Caroline Thiébaut, une ancienne directrice de clientèle gestion de fortune chez BNP Paribas Wealth Management.
L’arrivée de David Intins chez Cyrus montre également que la concurrence dans la banque privée est devenue protéiforme. «Le marché du recrutement en gestion privée n’a jamais été aussi actif que depuis 2020. Les nouveaux entrants tels que les multi family offices, les groupements de conseil en gestion de patrimoine comme Cyrus Conseil ou le Groupe Crystal ou les acteurs digitaux tels que Meilleurtaux Placement ou Linxea se professionnalisent et attirent des talents, également sous l’impulsion de leurs actionnaires que sont les fonds de Private Equity pour les structures sous LBO», précise Johan Brucale. Et ce n’est pas tout. Se revendiquant comme plus agiles, les multi family offices séduisent désormais des banquiers bénéficiant d’une compétence en gestion de fortune.
La province, un enjeu clé
Autre axe de développement pour les banques privées françaises : la province. «L’ensemble des chasseurs de têtes possèdent des mandats en province soit pour une implantation soit pour un développement d’équipe», révèle l’un d’entre eux. Le mouvement avait déjà été amorcé il y a une dizaine d’années par Edmond de Rothschild. Son homologue Rothschild Martin Maurel s’est aussi implanté à Toulouse et à Bordeaux ces dernières années. Ces derniers mois, Oddo BHF Banque Privée développe son maillage territorial à Nancy, Nice et Biarritz.
Les clients demandent un suivi régulier au plus près de leur implantation et pour développer leur part de marché, les banques privées se mettent ainsi en ordre de bataille. Y compris pour leurs fonctions connexes. «Ces structures souhaitent mettre aux normes leur système et permettre une croissance via le recrutement de directeur des opérations, directeur financier, secrétaire général ou directeur de l’IT, explique Diane Segalen, fondatrice du cabinet de chasseurs de têtes Segalen+Associés Or, ces besoins ont encore augmenté avec l’accélération de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité», ajoute-t-elle.
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Des candidats sursollicités
Cet environnement fait que les banquiers privés de haut niveau sont bien «sursollicités». De fait, «les candidats bénéficiant de plusieurs offres d’emploi peuvent avoir de fortes exigences. Ils regardent la notoriété de la marque, la réputation, la qualité de l’équipe et dans les projets entrepreneuriaux l’association au capital», complète un recruteur. David Intins développe ses critères de sélection : «J’ai recruté de nombreux banquiers privés gestion de fortune. Mes recherches s’orientent vers des banquiers privés expérimentés avec un profil développeur et un tempérament entrepreneur. La posture est essentielle pour gagner la confiance et la crédibilité des familles. Enfin, les profils doivent avoir d’excellentes compétences techniques (juridique, fiscale, gestion d’actifs et crédit)».
Le salaire reste toujours parmi les points importants. «Les acteurs qui savent récompenser de manière différenciante et discrétionnaire les résultats des banquiers développeurs ont la faveur des candidats dans les process de recrutements», conclut un spécialiste du recrutement.
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