Les défis de Christine Lagarde à la BCE
Frédérik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management
Jamais la transition à la tête d’une banque centrale n’avait suscité autant de débats, d’inquiétudes et d’espoirs à la fois. Mario Draghi a transformé la BCE en profondeur, parfois au prix de décisions imposées à ses opposants dans la douleur, si bien que les craintes des investisseurs peuvent sembler légitimes dans un contexte où l’économie et les marchés de la zone euro restent largement dépendants des actions de la banque centrale. Le changement de personnel dépasse par ailleurs le seul cas du président puisqu’en l’espace d’un peu plus d’un an, la BCE aura également changé de vice-président, de chef économiste et de responsable des opérations de marché, sans compter la nomination de l’allemande Isabel Schnabel en remplacement de Sabine Lautenschläger, démissionnaire.
, Néanmoins, l’hypothèse la plus probable est que Christine Lagarde parvienne à assurer une forme de continuité de la politique monétaire menée par son prédécesseur. Comme elle l’a elle-même rappelé, la BCE peut se reposer sur son staff et son chef économiste, d’autant que la nouvelle présidente n’a pas le profil du banquier central typique. Son premier grand chantier consistera à lancer la revue stratégique de la BCE dans un esprit similaire à celle qui avait été dirigée par Jean-Claude Trichet en 2003. L’enjeu semble encore plus important aujourd’hui dans la mesure où les sujets abordés – la cible d’inflation, les outils non-conventionnels, etc. – pourraient conduire à terme à des changements dans la conduite de la politique monétaire.
, Dans le même temps, l’expérience de Christine Lagarde en matière de gestion de crises au FMI et son excellente réputation dans les cercles politiques européens devraient lui permettre d’assurer la crédibilité de l’institution. C’est cette dimension politique qui représente peut-être le principal risque auquel la présidente fera face, d’autant qu’elle est porteuse de (trop) grands espoirs. Son premier défi sera de garantir la cohésion du Conseil des gouverneurs après une vague de révolte inédite faisant suite aux annonces du mois de septembre.
, Sous l’impulsion de Mario Draghi, la BCE a en effet relancé son programme de rachats d’actifs et s’est engagée à maintenir les taux à leur niveau actuel (-0,50%), voire plus bas, jusqu’à observer une remontée durable de l’inflation vers la cible de 2%. La BCE se rapproche ainsi des limites de ce qui est techniquement faisable et politiquement acceptable. Seule une relance budgétaire plus ambitieuse en Europe, accompagnée de davantage de réformes et d’intégration, pourra permettre à la BCE de normaliser sa politique monétaire sur la durée. Le vrai défi de Lagarde est donc de réussir là où Draghi a échoué, en incitant l’Allemagne et les pays à excédent budgétaire à assouplir leur position.
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