Une perception des frais très différente de la réalité
La gestion d’actifs présente tous les ingrédients pour être hautement concurrentielle. Les sociétés sont plus de 600 (dont environ 450 entrepreneuriales), à se disputer les 1.500 milliards d’euros sous gestion sous la forme d’OPCVM français, les montants à apporter au capital d’une nouvelle entité lors de sa création restent faibles et les barrières à l’entrée se révèlent bien moins fortes que dans d’autres industries. On pourrait dès lors penser que, comme partout ailleurs, les gestionnaires agissent sur les frais qu’ils appliquent pour se différencier et prendre des parts de marché. Or, c’est loin d’être toujours le cas. Les fonds flexibles par exemple, destinés à une clientèle intermédiée par les conseillers en gestion de patrimoine, prélèvent trop souvent des frais élevés et difficiles à anticiper pour un investisseur non professionnel.
Des frais courants rédhibitoires. Dans l’étude élaborée par Quantalys sur un univers de 70 fonds présents dans son Observatoire de la gestion flexible, il ressort que 9 fonds ont prélevé des frais courants (prenant en compte les frais de gestion, mais aussi les commissions de mouvement) supérieurs à 3 % - et pouvant même dépasser 4 % - lors du dernier exercice publié sur leur prospectus. Et spécificité française, les commissions de mouvement, bannies dans les autres pays européens, contribuent pour une part très importante de ces frais. Une situation d’autant plus dommageable que de nombreuses sociétés de gestion font figurer dans leurs fiches de reporting, uniquement les frais de gestion, omettant ces commissions pourtant élevées. A noter qu’en Grande-Bretagne, La FCA (Financial Conduct Authority, l’équivalent britannique de l’Autorité des marchés financiers en France), a récemment recommandé aux gestionnaires d’expliciter tous ces frais dans les reporting et communications commerciales envoyées aux clients.
Toujours sur l’univers des fonds flexibles étudiés, 13 fonds présentent des frais courants compris entre 2,5 et 3 % - un montant encore trop important, surtout au regard de l’objectif de performance de certains produits -, 37 se situent dans une fourchette comprise entre 1,5 % et 2,5 % et seulement 11 d’entre eux ont des frais courants, que l’on peut qualifier de peu élevés, inférieurs à 1,5 %.
Des commissions de surperformance discutables. A ces frais courants, sont ensuite parfois ajoutées des commissions de surperformances. Issus de la gestion alternative, et ayant à l’origine comme objectif d’aligner les intérêts du gérant avec celui de son client, ces frais variables présentent souvent, sur les produits de l’étude, des caractéristiques qui sont aujourd’hui remises en cause dans la sphère institutionnelle. C’est notamment le cas du «high water mark» (qui oblige le gérant à dépasser son plus haut niveau atteint avant de commencer à prélever des commissions de surperformance), très souvent exigé par les institutionnels, et qui n’est mis en place que pour 9 fonds des 47 de l’Observatoire qui prélèvent ces commissions de surperformance.
Vigilance. Les frais de gestion viennent en déduction de la performance du fonds. Il est donc essentiel de les minimiser pour maximiser la performance nette de frais, ce que peu d’investisseurs non professionnels font. Il est usuel de négocier le prix d’une voiture neuve, absolument pas d’essayer de faire baisser les frais de gestion : c’est d’ailleurs généralement impossible pour le commun des investisseurs, qui doit donc être particulièrement attentif avant d’investir, mais également après avoir investi.
A cet égard, la plupart des sociétés de gestion ne facilitent pas la tâche des investisseurs et certaines d’entre elles ont la main très lourde pour leurs fonds flexibles. A l’heure où les rendements attendus des classes d’actifs sont orientés à la baisse en raison des taux d’intérêt très bas imposés par les politiques accommodantes des principales banques centrales, il n’est plus possible de tolérer des frais de gestion supérieurs à 3 %, sous peine de ne pouvoir atteindre ses objectifs de rendement.
On rappellera par ailleurs que les OPCVM sont souvent logés dans l’enveloppe assurance vie, où ils supportent des frais supplémentaires allant de 0,5 % à plus de 1 % selon les contrats.
Aux investisseurs et à leurs conseillers de faire pression sur les sociétés de gestion pour qu’elles facturent un niveau de frais juste et raisonnable. Ou bien de voter avec leurs pieds en vendant les fonds dont la gestion est trop onéreuse : en matière de produits financiers aussi, caveat emptor.
Retrouvez l’étude complète de Quantalys reprenant le détail des frais pour chaque fonds de l’Observatoire (lien)
https://www.quantalys.com/ACTU/11/465/article_Observatoire_les_frais.aspx
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