L’or termine l’année en beauté
Le cours de l’or est repassé au-dessus de 2.060 dollars/once depuis vendredi et la publication de l’inflation PCE américaine pour novembre encore un peu plus faible que prévu. Cela renforce en effet les paris selon lesquels la Fed commencera à réduire les taux rapidement en 2024 (à 85% dès le 20 mars selon les marchés à terme). De quoi soutenir potentiellement le métal jaune, qui se dirige vers sa première hausse annuelle en trois ans (+13%), après avoir atteint un record de 2.135 dollars/once le 4 décembre.
«Aujourd’hui, c’est indéniablement un moment charnière pour l’industrie des métaux précieux, écrivait alors Ottavio Costa, stratégiste chez Crescat Capital. Une clôture mensuelle à un plus haut historique marquerait probablement le début d’un autre mouvement séculaire sur l’or. Celui-ci n’a pas encore été propulsé par deux acheteurs principaux : les banques centrales, qui, malgré leurs récents rachats, détiennent toujours 80% de dette souveraine à leur actif ; et les portefeuilles traditionnels 60/40, exposé à 0% sur l’or, n’ont pas encore redéfini leurs mandats pour intégrer le métal comme une alternative défensive.»
Valeur refuge et taux réels ?
Les banques centrales ont acheté 1.136 tonnes d’or en 2022, et se trouvaient sur le même rythme inédit de plus de 1.000 tonnes/an (25% du marché) avec 800 tonnes à la fin du troisième trimestre pour 2023, selon le World Gold Council. «Fait très intéressant : quand le World Gold Council les interroge sur leurs motivations, elles expliquent le faire parce que l’or ne présente pas de risque de contrepartie - ce qui est moins le cas des obligations américaines (avec 120% de dette/PIB), européennes ou japonaises notamment pour les banques centrales émergentes. Et surtout parce que les taux réels vont rester bas très longtemps», précise Benjamin Louvet, directeur de la gestion Matières premières chez Ofi Invest AM.
On note au passage que, si la réunion du comité de politique monétaire de la Fed du 13 décembre a marqué l’arrêt du resserrement monétaire, que les taux réels, si souvent inversement corrélés au cours de l’or, restent à des niveaux quasiment records depuis dix ou quinze ans. Mais aussi que la corrélation inversée entre les taux réels et le cours de l’or ne semble plus valable depuis que l’inflation de 2022 a poussé à la fois les taux réels et l’incertitude économique et géopolitique vers le haut. «La première explication reste liée aux facteurs géopolitiques, poursuit Benjamin Louvet. Avec les tensions en Ukraine, au Proche-Orient et en Chine (autour de Taiwan notamment), l’or a pu à nouveau servir de valeur refuge.»
Concernant les taux réels, ils ne baisseront à court terme que si la Fed diminue son taux directeur plus rapidement encore que ne diminue l’inflation. Il faudrait a priori un scénario de récession aux Etats-Unis - pas l’atterrissage en douceur sur lequel tout le monde parie -, et une crise grave en zone euro, où la Banque centrale européenne (BCE) est toujours plus restrictive. «L’or est souvent comparé une obligation de duration longue de 27 ans : cela signifie que toute variation de 1% des taux d’intérêt entraînerait une variation de l’actif concerné de 27% dans le sens inverse. Une baisse des taux réels de 50 points de base (pb) permettrait donc au métal jaune d’avoisiner voire de dépasser les 2.300 dollars/once fin 2024, calcule l’expert. Sans compter sur un possible retour des investisseurs privés, qui ont vendu via les ETF l’équivalent de 700 tonnes d’or depuis la mi-2022.»
Transition et endettement
A plus long terme, une moindre mondialisation pourrait jouer un peu sur le cours des matières premières. «Surtout, entre la substitution nécessaire des fossiles et les prix des métaux, la transition énergétique va coûter cher. D’une part, les banques centrales auront du mal à contenir une inflation liée à l’offre. D’autre part, les Etats continuent à s’endetter et cela les force à maintenir des taux réels bas», conclut Benjamin Louvet. De quoi expliquer la méfiance des banques centrales émergentes au détriment des bons du Trésor américain et au bénéfice d’un soutien structurel pour l’or. Un scénario inverse, avec des taux nominaux élevés et une inflation basse, serait synonyme de crise, ce qui profiterait aussi au métal jaune.
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