La baisse surprise de l’inflation britannique accentue le repli de la livre
L’inflation, notamment dans les services, a surpris à la baisse à la veille de la réunion de la Banque d’Angleterre. La livre sterling poursuit son déclin.
L’indice des prix à la consommation est passé de 6,8% en juillet à 6,7% en août, déjouant les prévisions des économistes interrogés par Reuters - et de la Banque d’Angleterre - qui tablaient sur une hausse.
La chute surprise du taux d’inflation à son plus bas niveau depuis février 2022 a poussé la livre sterling à la baisse. En repli de 0,3% à 1,2345 dollar, cette dernière revient à son niveau de début juin. La devise britannique baisse aussi face à l’euro à 0,8652 revenant à son niveau de mi-août. «La baisse étonnamment forte de l’inflation britannique en août a déclenché de nouvelles pertes pour la livre sterling alors que les rendements des Gilt reculent sur l’ensemble de la courbe (jusqu’à 15 ans)», relève Kenneth Broux, stratégiste chez SG CIB. La partie intermédiaire de la courbe (2 ans-7 ans) voit ses rendements reculer entre 5 et 7 points de base (pb). A court et plus long terme, les taux se détendent d’environ 2 pb.
L’Office des statistiques nationales a déclaré que le ralentissement de l’inflation était dû à une diminution des prix des hôtels et des billets d’avion, qui sont souvent volatils, et à une augmentation des prix des denrées alimentaires moins importante qu'à la même période l’année dernière. Cette baisse a compensé la hausse des prix des carburants et l’augmentation de la taxe sur les boissons alcoolisées.
La BoE avait déclaré le mois dernier qu’elle s’attendait à ce que l’inflation atteigne 7,1% en août, avant de retomber brusquement à environ 5% en octobre.
L’inflation de base - qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l'énergie - a en outre baissé davantage que le taux global, à 6,2% contre 6,9% en juillet. Le sondage Reuters anticipait un taux de 6,8% en août. «Plus important encore, l’inflation des services – qui est l’un des indicateurs clés de la BoE – est passée de 7,4% à 6,8%, relève James Smith, économiste chez ING. C’est confortablement en dessous de la plus récente prévision de la banque de 7,2% pour le mois d’août.»
«Ces évolutions ne nous apprennent pas grand-chose sur la persistance de l’inflation, de la même manière que la hausse surprise de l’inflation des services en juillet était due à une hausse inhabituelle des loyers dans le secteur social, nuance toutefois l’économiste. La BoE traitera probablement la hausse de juillet et la baisse dans les services en août avec précaution étant donné la volatilité à laquelle nous assistons.»
La réunion de la banque centrale ce jeudi devrait malgré tout être plus intéressante que prévu. La Banque d’Angleterre ne pourra pas faire abstraction de ces chiffres, de même qu’elle ne peut ignorer les données mitigées de l’emploi (hausse du chômage mais aussi salaires toujours soutenus), alors que la désinflation commence à se diffuser à un grand nombre de catégories, notamment de biens.
50% de chance d’une hausse
Jusqu’à la publication surprise de l’inflation ce matin, le consensus était clair : la BoE devait remonter encore une fois son taux directeur de 25 points de base à 5,5%, avant de marquer probablement une pause. Cette pause aura-t-elle lieu plus tôt ? Un statu quo jeudi serait en tout cas raccord avec les récentes déclarations accommodantes (dovish) du gouverneur de la banque Andrew Bailey et de son économiste en chef Huw Pill. Ce mercredi, la probabilité d’une hausse de taux a diminué sous 50%, si l’on prend en compte les prix sur le marché monétaire. Hier, les investisseurs anticipaient une hausse certaine d’ici à la fin de l’année, ce qui n’est plus le cas.
Cette réunion de la BoE risque aussi de faire bouger les lignes d’un comité jusqu’à présent très partagé. «Ce sera une décision très serrée, mais nous sommes toujours tentés de dire que la banque remontera son taux directeur, affirme James Smith. Nous pourrions voir quelques membres supplémentaires voter en faveur d’une pause, et dans tous les cas, une hausse des taux demain – si elle a lieu – sera probablement la dernière.» Un point de vue partagé par Kenneth Broux : «Ces données sont une bonne nouvelle pour les prêts hypothécaires et les ménages, mais pourraient ne pas suffire à empêcher la BoE de relever ses taux d’intérêt une dernière fois jeudi. La rigidité des salaires signifie que les faucons du MPC devraient encore avoir suffisamment de soutien pour éloigner les colombes.» Mais comme la Banque centrale européenne (BCE) la semaine passée, la BoE devrait endosser un discours plus dovish. De quoi renforcer la tendance baissière de la livre.
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