L’inflation salariale continue de peser sur la Banque d’Angleterre

Le taux de chômage britannique a grimpé à 4,3%, son niveau le plus élevé depuis septembre 2021, mais les salaires continuent d’accélérer, au-delà de l’inflation.
BANQUE D ANGLETERRE
La hausse des salaires entre mai et juillet sera un facteur déterminant dans la prochaine décision de la BoE.  -  Bloomberg

Les signaux contradictoires envoyés par le marché britannique du travail ne vont pas faciliter la décision du prochain comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre (BoE) la semaine prochaine. Ces données étaient très attendues par le marché car elles sont l’un des principaux points d’attention de la BoE. L’emploi montre de nouveaux signes de ralentissement sur les trois mois à juillet, mais la forte croissance des salaires pourrait inciter la banque centrale à relever encore une fois de 25 points de base (pb) son taux directeur à 5,5% jeudi 21 septembre, comme largement anticipé par le marché.

«Le marché du travail montre plus de signes de fissures que jamais», estiment les économistes de Nomura qui s’attendent à ce que le comité de politique monétaire de la BoE soit plus divisé sur la hausse des taux que ces derniers mois. Lors de la dernière réunion en août, six membres sur neuf avaient voté pour une hausse de 25 pb.

De fait, tous les indicateurs d’emploi sont orientés vers un ralentissement du marché du travail. Le taux de chômage a ainsi augmenté à 4,3% sur les trois mois jusqu’à juillet au Royaume-Uni, selon les données de l’ONS publiées mardi, contre 4,2% pendant la période de trois mois jusqu’à juin. A 4,3%, le taux de chômage est au plus haut depuis les trois mois à septembre 2021. Ce taux de chômage est déjà supérieur au taux de 4,1% prévu par la BoE pour l’ensemble du troisième trimestre. En outre, l’emploi s’est contracté plus que prévu sur la période, de 207.000 postes, soit la plus forte baisse depuis les trois mois précédant octobre 2020. Une autre statistique montre que les postes vacants sont passés sous un million pendant la période de trois mois de juin à août pour la première fois depuis deux ans (après un pic de 1,3 million début 2022), même si ce chiffre est encore 20% supérieur à avant la pandémie de Covid.

7,8% d’inflation salariale

Toutefois, le plus inquiétant pour la BoE est la poussée salariale. Les salaires ont continué d’augmenter à un rythme au-delà du taux d’inflation, en hausse de 7,8% sur un an, hors primes, sur les trois mois jusqu’à juillet. Il s’agit du rythme le plus rapide jamais enregistré. En intégrant les primes, la hausse dépasse les attentes à 8,5%, contre 8,4% le mois précédent. En prenant en compte l’inflation des prix à la consommation, la hausse mensuelle a été de 0,6%, la première depuis mars 2022.

«Les résultats récents des données ont été mitigés. Toutefois, certains indicateurs clés, notamment la croissance des salaires, suggèrent que certains des risques liés à des pressions inflationnistes plus persistantes pourraient avoir commencé à se cristalliser», avait averti la BoE lors de sa dernière réunion de politique monétaire, signalant que son attention se portait sur les salaires. La semaine passée, Andrew Bailey, le gouverneur de la BoE, a affirmé que la banque centrale était «beaucoup plus près» de mettre fin à sa série de hausses de taux, mais que les taux pourraient encore augmenter en raison de pressions inflationnistes tenaces. Mardi, Catherine Mann, membre le plus hawkish de la banque, a affirmé que sa préférence était de resserrer davantage la politique monétaire, et que «faire une pause ou maintenir le taux directeur à un niveau bas pendant plus longtemps risquait de voir l’inflation s’enraciner plus profondément», ajoutant que «maintenir les taux constants au niveau actuel risque de permettre une nouvelle persistance de l’inflation».

«La plus grande question pour la BoE concerne la voie à suivre par la suite», observent les stratégistes de JPMorgan AM, estimant que de nouvelles données négatives du point de vue de l’inflation pourraient rendre nécessaire une nouvelle hausse de taux à 5,75%. Si la probabilité d’un relèvement des taux jeudi 21 septembre ne fait guère de doute pour les investisseurs, pour la plupart d’entre eux cela devrait toutefois être l’ultime hausse de l’actuel cycle. «Nous prévoyons toujours une hausse des taux la semaine prochaine, mais avec la progression du chômage, les dernières données d’inflation salariale ne suggèrent pas la nécessité de relever les taux beaucoup plus», selon James Smith, économiste chez ING. Pour ce dernier, les données sur les salaires sont même moins négatives qu’il n’y paraît. «En approfondissant, si l’on exclut le secteur public, les salaires du secteur privé ont à peine augmenté en termes de niveau entre juin et juillet», note l’économiste. Cette donnée ne fait bien sûr pas une tendance, prévient-il, mais cela s’ajoute aux autres indicateurs montrant le ralentissement du marché du travail, dont le ratio emplois vacants sur nombre de chômeurs, très surveillé par Andrew Bailey, qui devrait revenir à son niveau pré-Covid dans les prochains mois.

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