Faciliter le transfert de l’assurance-vie pour redynamiser le financement de l’économie
, Par Bertrand Tourmente, fondateur d’Althos Patrimoine
En adoptant un amendement permettant la transférabilité de l’assurance-vie d’une compagnie à l’autre, le Sénat a remis sur le devant de la scène un sujet crucial pour le marché français de l’épargne. Une telle mesure permettrait à la fois de dynamiser l’épargne des Français et d’améliorer le financement de l’économie réelle.
, Le 31 janvier dernier, le Sénat a adopté un amendement qui permettrait aux épargnants de transférer leur contrat d’assurance vie de plus de 8 ans d’une compagnie d’assurance à une autre, sans perdre les avantages fiscaux acquis. Cette mesure, prévue dans le cadre de la Loi Pacte, viendrait résoudre une anomalie. De fait, à l’heure actuelle, il est impossible pour un épargnant de récupérer son argent et de le placer chez un autre assureur, sauf à faire une croix sur l’antériorité fiscale de son contrat. Or, cette transférabilité de l’assurance-vie d’un établissement à un autre est largement plébiscitée par nos concitoyens. Selon un récent sondage[1], 7 Français sur 10 sont en effet favorables à une telle possibilité. Surtout, de nombreux placements financiers, bénéficiant également d’avantages fiscaux, peuvent déjà faire l’objet d’un transfert d’une compagnie à l’autre, à l’image du compte-titres, du PEA ou des produits d’épargne-retraite de type PERP ou contrat Madelin. Pourquoi l’assurance-vie, considéré comme le placement préféré des Français, ne bénéficierait-elle pas du même traitement de faveur que les autres enveloppes fiscales ?
,
Offrir une meilleure gestion et un meilleur service
,
, La transférabilité de l’assurance-vie présente pourtant de nombreux bénéfices tant pour les épargnants que pour le financement de l’économie réelle. Cette mesure permettrait d’abord de redonner aux assurés une plus grande liberté dans la gestion de leur épargne et, ainsi, être moins captifs au sein des compagnies d’assurance. Faciliter le transfert de l’assurance-vie permettrait également de redynamiser l’épargne des Français. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui bloqués dans de vieux contrats offrant des performances de plus en plus faibles année après année. Or, déçus des performances de leurs contrats actuels qui ne répondent plus à leurs besoins, bon nombre d’épargnants aimeraient pouvoir transférer leur argent vers des produits plus innovants. Transférer l’assurance-vie d’un établissement à l’autre leur offrirait donc la possibilité d’avoir accès à une meilleure gestion et une meilleure qualité de service en se tournant vers de nouveaux acteurs.
,
, Par ailleurs, cette transférabilité de l’assurance-vie permettrait d’accélérait le fléchage de l’épargne des Français vers le financement de l’économie réelle et productive. Actuellement, 80% des 1.700 milliards d’euros d’encours de l’assurance-vie sont en effet investis dans des fonds en euro. Des supports qui sont bien loin de produire des richesses et, donc, de financer l’économie et les entreprises françaises. L’adoption d’une telle mesure de transfert de l’assurance-vie pourrait donc être l’occasion d’inciter davantage les épargnants à investir dans des actifs plus risqués tant pour doper leur épargne que pour participer plus activement au financement de l’économie.
,
, Le législateur pourrait ainsi envisager un mécanisme obligeant l’épargnant à investir un pourcentage de son épargne dans les petites et moyennes capitalisations. Le timing serait idéal : après avoir perdu 30% en 2018, les petites et moyennes entreprises cotées offrent aujourd’hui des valorisations particulièrement attractives. De même, un mécanisme de type Fourgous aurait pu être étudié pour favoriser davantage le fléchage de l’épargne vers des produits plus risqués de type unités de compte, finançant ainsi les entreprises et donc l’économie réelle.
, Redynamiser l’investissement en France
,
, L’amendement adopté par le Sénat constitue donc une lueur d’espoir pour le dynamisme du marché français de l’assurance-vie. Pour autant, ce texte devra encore passer une étape décisive : son adoption par l’Assemblée nationale. La partie est loin d’être gagnée.
,
, En septembre 2018, un amendement identique, déposé par deux députés de la majorité, avait été retiré à la suite d’un avis défavorable du gouvernement. Ce dernier craint en effet qu’une telle mesure soit de nature à déstabiliser le secteur de l’assurance et à décourager l’investissement à long terme. Espérons donc que le texte du Sénat ne connaisse pas le même sort.
,
, Faire sauter la barrière de la transférabilité de l’assurance-vie est un enjeu crucial. Il est trop souvent reproché à la France de ne pas avoir assez de capital et d’investisseurs. Si nous ne donnons pas le goût aux Français d’aller chercher du rendement, nous passons finalement à côté de l’essentiel. Il est donc indispensable d’apprendre aux Français comment bien financer l’économie réelle et l’économie productive. La réforme de la transférabilité de l’assurance-vie constitue, à ce titre, une belle occasion de redynamiser réellement l’investissement en France.
, ________________________________________
, [1] Sondage YouGov pour Nalo, le 10/09/2018
,
,
Plus d'articles du même thème
-
Plus patrimoniale, l’assurance vie poursuit son irrésistible aristocratisation
La grande bascule de l’assurance vie vers la gestion patrimoniale s'accélère. Porté par des versements records au premier semestre 2026, le placement phare des épargnants accentue sa montée en gamme, tirée par une clientèle aisée en quête d'allocations plus sophistiquées. Après les années de démocratisation alimentée par les bancassureurs, cette tendance redessine en profondeur l'équilibre entre fonds euros et unités de compte. -
Les résultats d’Axa sont portés par l’activité vie au premier semestre
L’assureur français voit sa croissance ralentir en dommages mais accélérer en vie santé sur les premiers mois de l’année. Son résultat opérationnel a progressé de 9%, à 4,5 milliards d’euros, et son chiffre d’affaires de 5%, à 66,3 milliards d’euros, sur le semestre. -
Generali France lance un nouveau fonds en euros baptisé Vertessima
Avec ce nouveau produit dédié à l'investissement durable, l'assureur veut répondre à une double attente des épargnants : donner du sens à leur épargne tout en conservant sécurité et rendement.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
AllianzGI devient un nouvel émetteur d’ETF sur SIX Swiss Exchange
- Les solutions de gestion transfrontalière séduisent les grandes fortunes
- La capitalisation totale des SCPI recule au 30 juin 2026
- Le gouvernement améliore la prise en compte de la parentalité dans la retraite des femmes
- Le cabinet Prosper Conseil nomme un nouveau directeur général
- Les victimes des incendies bénéficieront de la clémence du fisc
Contenu de nos partenaires
-
ExceptionItalie : pourquoi le Sud-Tyrol continue à faire des enfants
Grâce à sa richesse, ses services publics et un marché du travail favorable aux familles, la province autonome de Bolzano résiste mieux au déclin démographique que le reste de la péninsule -
Les hauts lieux du luxe à la française : Trégunc, dernier royaume du ciré jaune
Sur la côte sud du Finistère, à quelques kilomètres de Concarneau, les célèbres cirés Guy Cotten continuent d'être fabriqués là où tout a commencé il y a soixante ans. Une usine bretonne où l'on soude encore les vêtements de mer un à un et dont le parfum évoque les quais de pêche comme les départs des grandes courses au large. -
La malédiction du second tourSecond tour de la présidentielle de 2017 : la déroute de Marine Le Pen
23 avril 2017, 20h01. C’est officiel : Marine Le Pen est qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. Un succès ? Oui, pour celle qui mène sa deuxième campagne depuis qu’elle a pris la tête du Front national. Une surprise ? Pas vraiment : c’était l’objectif du parti d’extrême droite, déjà en troisième position cinq ans plus tôt.