Epargne salariale : des encours records, mais fragiles
A l’image des marchés financiers, l’épargne salariale a retrouvé des couleurs. Malgré l’instabilité réglementaire et fiscale, ce régime d’épargne a dépassé, fin 2013, la barre des 100 milliards d’euros avec un nouveau record de 104,4 milliards d’euros, selon l’enquête annuelle de l’Association française de la gestion financière (AFG). Résultat, son encours a doublé en dix ans. Ce dispositif prend une part de plus en plus importante dans l’épargne financière des Français. Il faut dire qu’il est plébiscité. Lors d’une enquête réalisée en 2012 par Amundi auprès de 1.850 personnes en France et à l’international, 70 % avait déclaré que la crise financière n’avait pas eu d’impact sur leur décision de souscrire aux opérations qui leur étaient proposées. En dépit d’un contexte de marché chahuté, après la chute enregistrée en 2008 (-18,5 %), puis le rebond de 2009, l’encours s’est stabilisé avant de repartir à la hausse depuis 2012 (voir graphique).
Parmi les réceptacles de l’épargne salariale, le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) est le véhicule le plus dynamique avec une croissance de 28 % de son encours, à 8,6 milliards d’euros. 180.000 sociétés proposent un Perco (+11 %). Le solde net des versements s’est établi à 1,3 milliard (0,4 milliard de rachats), alimentés par la participation, l’intéressement et surtout par l’abondement des entreprises et les versements volontaires. Mais, à y regarder de plus près, la bonne tenue de l’épargne salariale en 2013 est essentiellement due à un effet marché, notamment au rebond enregistré par les marchés d’actions. Les encours des plans d’épargne entreprise (PEE) et des Perco sont répartis entre des fonds d’actionnariat salarié (41 %) et des fonds diversifiés (59%), largement investis en actions.
Freins
Le nombre d’entreprises disposant d’un plan d’épargne salariale, principal moteur ces dernières années de la croissance des différents dispositifs, n’a jamais cessé de progresser et s’élevait fin décembre dernier à 280.000, soit un doublement en dix ans. Néanmoins, le nombre de comptes de porteurs est resté stable en 2013, à 11 millions, tandis que les flux de souscription nets étaient négatifs, à hauteur de 2,9 milliards d’euros. Les versements ont progressé de 3,5 % (11,7 milliards d’euros) effaçant ainsi une partie du repli de 10 % enregistré en 2012. Mais ils ne permettent pas de compenser les rachats (15,2 milliards). La collecte est devenue très volatile. En 2012, elle avait été positive (500 millions) malgré une baisse de 10 % des versements…
« Ces dernières années, deux grands types de décisions ont freiné le développement de l’épargne salariale : les déblocages exceptionnels et l’augmentation du forfait social », affirme Jean-Christophe Gaury, responsable de l’activité assurance et spécialiste de l’épargne salariale chez BearingPoint. Les gouvernements successifs ont eu recours au déblocage exceptionnel de l’épargne salariale pour tenter de doper la consommation. Avec comme conséquence première de supprimer des ressources pour le secteur. La dernière fenêtre a été ouverte au second semestre 2013. Mais seulement 2,2 milliards ont finalement été débloqués, selon le relevé de l’AFG. « Le déblocage exceptionnel n’a pas porté ses fruits pour deux raisons : il y a déjà eu plusieurs opérations par le passé, et cette fois l’effet d’aubaine a été limité, puisque la participation peut désormais être immédiatement perçue chaque année », décrypte Bruno Erard, associé du cabinet AyacheSalama, membre de Capital Ingenium, un GIE spécialisé dans l’épargne salariale et l’actionnariat salarié.
Le principal sujet d’inquiétude pour les professionnels, qui appellent à une réforme rapide, porte désormais sur le forfait social (lire article page 26). Ce dernier est passé de 8 % à 20 % en 2012. « Cette forte augmentation représente potentiellement 2 milliards d’euros de prélèvements en plus chaque année compte tenu des montants en jeu au titre de l’intéressement, de la participation et des abondements », observe Marc Salameh, responsable de l’activité de conseil en avantages sociaux chez Aon Hewitt. Avec pour risque que les entreprises ne décident de revoir leurs accords d’intéressement lors de l’échéance triennale, voire ne réduisent leur contribution à l’abondement. Or, selon l’enquête d’Amundi, une grande majorité de salariés sont incités à investir leur participation et leur intéressement dans les plans d’épargne salariale du fait de la carotte de l’abondement. Si celui-ci diminue, ils risquent eux aussi de revoir leurs plans.
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