Assurance emprunteur : les bonnes pratiques pour fluidifier le marché
Après un feuilleton législatif qui a occupé la fin de l’année 2016, le principe de la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur est effectif depuis le 1er mars 2017. Une modification qui s’inscrit dans la ligne des réformes précédentes: la loi Lagarde de 2010, qui a introduit le principe de déliaison entre le prêt immobilier et l’assurance emprunteur, et la loi Hamon de 2014, qui a permis à l’assuré de pouvoir changer d’assureur dans les douze mois suivants la signature de l’offre de prêt.
La mise en œuvre de ces dispositions a été suivie par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Plus spécifiquement, le CCSF a encadré la notion d’équivalence des garanties, introduite par la loi Lagarde, en travaillant à la mise en place d’une méthode commune qui permette de comparer les contrats groupes des banques qui accordent le prêt à l’emprunteur et les contrats en délégation, souvent plus compétitifs sur un plan tarifaire, proposés par des intermédiaires d’assurance. Cette méthode avait fait l’objet d’un avis du CCSF le 13 janvier 2015. «Il prévoyait qu’un premier bilan concerté de sa mise en œuvre serait effectué en 2016 afin d’évaluer l’effectivité des mesures adoptées, de cerner les éventuelles difficultés d’application et de présenter des propositions d’amélioration», indique le CCSF. Pour ce faire, un questionnaire avait été envoyé durant l’été 2016 aux différents acteurs du secteur. Le Comité s’est décidé à commenter les résultats de cette enquête au travers de son dernier communiqué.
Pour le CCSF, «ce premier bilan montre une réelle amélioration des conditions générales des contrats, une tarification plus compétitive et une meilleure information de l’emprunteur». Néanmoins, le Comité indique la persistance de certains points de blocage notamment pour ce qui concerne les motivations des refus d’assurance alternative par les banques «qui témoignent d’une méconnaissance des critères d’équivalence du CCSF» et plus globalement «des insuffisances dans les échanges d’information entre banques et assureurs externes».
Le CCSF, au travers de la formulation d’un nouvel avis en date du 18 avril, a adopté six recommandations:
1/«La couverture exigée par le prêteur doit être adaptée au profil de l’emprunteur et correspondre à sa situation réelle ou prévue à la date de souscription du contrat.»
2/ «Une liste exhaustive des pièces justificatives nécessaires à l’instruction des demandes de ‘déliaison’ (changement d’assureur dans le cadre d’un nouveau prêt immobilier) ou de ‘substitution'(changement d’assureur dans le cadre d’un prêt immobilier existant) doit être portée à la connaissance du public sur le site de l’établissement prêteur par un chemin d’accès simple et visible.»
3/ «La présentation et le format de ces pièces ne doivent pas faire obstacle à l’instruction de la demande dans le délai imparti. Dans le cas d’un prêt immobilier, le prêteur doit pouvoir répondre aux demandes de déliaison dans des délais compatibles avec l’opération immobilière envisagée.»
4/ «Une fiche personnalisée précisant la liste détaillée des critères exigés doit être fournie par le prêteur dès que les données de l’emprunteur sont connues, avec les coordonnées d’un interlocuteur ou point de contact à même de répondre aux interrogations de l’emprunteur.»
5/ «Le CCSF souligne l’importance du respect par le prêteur du délai légal de dix jours pour communiquer son refus ou son acceptation de l’assurance déléguée. Ce délai court à compter du moment où le dossier est complet.»
6/ «Les cas de refus de la part des prêteurs doivent être clairement motivés, datés, signés et l’emprunteur doit être informé des voies de recours possibles, en amont d’une éventuelle intervention du médiateur bancaire.»
Le CCSF indique également qu’il adressera un nouveau questionnaire à compter de 2018 afin d’établir un nouveau bilan en matière de suivi de l’équivalence des garanties. Enfin, un groupe technique chargé d’élaborer un indicateur permettant «d’effectuer un suivi régulier des écarts de tarifs par profils» a été constitué.
Plus d'articles du même thème
-
L’aide à mourir questionne la couverture assurantielle du décès
En distinguant clairement l’aide à mourir du suicide ou de l'euthanasie, la nouvelle législation modifie les règles de couverture du risque décès. Si le principe de la prise en charge est désormais posé, plusieurs situations restent néanmoins à clarifier, notamment en cas de recours à une procédure étrangère ou de non-respect des conditions légales. -
Emmanuel Maillet (April) : «L'assurance emprunteur devient un levier de croissance pour les CGP»
La résiliation à tout moment a profondément transformé le marché de l’assurance emprunteur. Porté par l’essor de la substitution et l’arrivée de nouveaux réseaux de distribution, le secteur connaît une profonde recomposition. Emmanuel Maillet, directeur général délégué en charge des activités santé, prévoyance, emprunteur et épargne chez April, décrypte les mutations à l’œuvre et les nouvelles opportunités qui en découlent. -
Le superviseur de la banque et de l'assurance critique la distribution de produits inutiles
L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) loue les efforts de transparence faits sur l’assurance-vie. Elle appelle à aller plus loin, notamment sur l’affichage des taux servis. Elle convie assureurs et banquiers à plus de responsabilité envers les clients et critique vertement certains produits inutiles.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Amundi dévoile un ETF conçu pour Zenkyoren
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- Gaël Monfils veut devenir gestionnaire de fortune
- Deux anciens d’Iroko lancent un courtier en assurance-vie
- L’aide à mourir questionne la couverture assurantielle du décès
Contenu de nos partenaires
-
ConfusionMinistre et soutien d'Edouard Philippe, la double casquette qui gêne de plus en plus
En l'absence de règle claire fixée par Sébastien Lecornu, chaque ministre gère comme il peut les questions liées à la campagne présidentielle. Cela fait naître des critiques internes à Renaissance et crée l'embarras quand la préparation du budget commande l'unité -
Sélection, frais d'inscription, étudiants étrangers : un rapport du Sénat veut rétablir « l'excellence » de nos universités
Fin du droit automatique aux études pour les bacheliers, multiplication par cinq des droits d’inscription, affirmation de frais différenciés pour les étudiants étrangers… Un rapport sénatorial publié ce mercredi propose 10 mesures chocs pour rétablir « l’excellence académique » de l’université. -
EXCLUSIF Retour au réelBudget : le gouvernement devrait fixer sa prévision de croissance à 0,9 % pour 2027
Selon nos informations, l'exécutif va abaisser sa prévision de croissance pour 2027 à 0,9 %, compliquant encore l'équation budgétaire à quelques mois de la présidentielle