Une plus-value peut-elle être considérée comme un revenu exceptionnel ?
Jean-Francois Lucq, directeur de l’ingénierie patrimoniale de Banque Richelieu
Lorsqu’un foyer fiscal perçoit un revenu exceptionnel, l’application du droit commun de la fiscalité a pour conséquence que ce revenu s’ajoute au revenu courant, et subira une taxation à l’IR dans les tranches les plus élevées du barème, à laquelle s’ajouteront les prélèvements sociaux, voire la CEHR. Pour éviter cette conséquence mécanique, un régime de faveur existe pour ces revenus exceptionnels, basé sur le système du quotient. Elle prévoit qu’en cas de perception d’un revenu exceptionnel (i.e : supérieur à la moyenne des revenus nets des 3 dernières années, sauf exceptions), le foyer fiscal peut bénéficier d’un mécanisme visant à atténuer la progressivité de l’impôt. On calcule d’abord l’IR du foyer fiscal sur le revenu ordinaire, puis l’IR sur le revenu ordinaire plus un quart du revenu exceptionnel. La différence entre ces deux chiffres (qui correspond à l’impôt dû sur le seul quart de revenu exceptionnel) est ensuite multipliée par quatre et ajoutée à l’IR ordinaire. Ce dispositif ne peut bénéficier qu’aux revenus et plus-values soumis à l’IR au taux progressif, et non à ceux soumis à un taux proportionnel, comme la flat tax.
Ce régime est-il applicable aux plus-values boursières ?
L’administration fiscale l’a admis dans une réponse ministérielle Frassa au Sénat, en date du 9/6/2016, en ajoutant que pour être considéré comme exceptionnel, il est nécessaire qu’en année N-1 et en année N + 1, le foyer fiscal ne procède à aucun gain de même nature. Ce régime ne peut en tout état de cause bénéficier qu’aux plus-values sur les valeurs mobilières acquises avant le 1er Janvier 2018, soumises volontairement par le contribuable à l’IR au taux progressif (avec abattement pour durée de détention).
Ce mécanisme procure-t-il des économies au foyer fiscal ?
Oui. Pour être attractif, il est nécessaire que le foyer fiscal réunisse plusieurs conditions. D’abord, que ses seuls revenus ordinaires n’atteignent pas déjà le taux de la tranche la plus élevée du barème, soit 45 %. Ensuite, qu’il n’ait pas intérêt à opter pour la flat tax, sachant que le taux d’IR inclus dans la flat tax est seulement de 12,8 %.
, Quelle est la clientèle particulièrement concernée ?
C’est celle des dirigeants de start-up, qui extériorisent à intervalles réguliers une partie de leurs gains à l’occasion d’entrées et de sorties de fonds de Private Equity, et qui bénéficient de l’abattement renforcé pour durée de détention, à la condition qu’ils n’aient réaliser aucune opération de cession ni en N-1, ni en N+1. Une incertitude demeure toutefois sur l’application de ce régime aux plus-values mobilières. En effet, la RM Frassa a « disparu » de la documentation administrative (BOFIP), alors qu’on trouve toujours dans celle-ci une réponse ministérielle beaucoup plus ancienne (RM du Luart, du 27 Juin 1991) qui, elle, excluait l’application du régime des revenus exceptionnels pour les plus-values mobilières ! Pourtant, en matière de plus-values mobilières, le foyer fiscal peut toujours opter pour le barème progressif ; la position de l’administration exprimée dans la RM Frassa devrait toujours être en vigueur. Mais une confirmation de sa part sur ce sujet serait toutefois la bienvenue, soit par un ajout à la documentation administrative, soit par la réponse à une demande de rescrit.
,
,
Plus d'articles du même thème
-
La BCE s’inquiète du levier des hedge funds sur les marchés obligataires
Le dernier rapport de stabilité financière analyse le levier croissant des hedge funds sur les marchés obligataires souverains via les stratégies d’arbitrage dites «basis trade». Des positions massives financées par les marchés de «mise en pension» («repo»), qui font peser un risque de ventes forcées et de volatilité accrue en périodes de stress. -
La France s’attend à la clémence de S&P
Ni le déficit budgétaire, ni l’instabilité politique, ni même la dégradation de l’économie mondiale liée à la crise au Moyen-Orient ne devraient trop peser sur la notation de l’agence, qui sera dévoilée vendredi. -
Le Maroc a bouclé sa plus importante émission en euros
Le pays a émis 2,25 milliards d’euros d’obligations en deux tranches à 8 ans et 12 ans, malgré le contexte de marché volatil, témoignant de la profondeur de ce marché.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
La Bourse de Corée lance des ETF à levier sur Samsung et SK Hynix
- Les 9.000 milliards d’euros de la grande transmission sont devenus un marqueur politique
- Robeco lance une stratégie quantitative sur les actions mondiales
- Les fonds d'obligations convertibles internationales à la loupe #167
- Qwarks obtient son agrément MiCA
- La Chambre des notaires de Paris soutient une pratique plus entrepreneuriale de la profession
Contenu de nos partenaires
-
Démonstration de forcesAttal, Philippe, Retailleau : le match des meetings
Même dans un monde numérisé, le bon vieux meeting reste un incontournable. Il permet de mobiliser les troupes, de montrer les muscles, d'afficher l’unité. Mais peut être ravageur en cas de salle clairsemée -
FeuilletonLes Etats-Unis et l’Iran reprennent leur bras de fer... en attendant un deal ?
Après avoir multiplié les échanges de tirs, les deux pays auraient établi un cadre d'accord mais celui-ci n'a pas été validé par Donald Trump -
Old schoolAttal, Philippe, Retailleau : trucs et astuces pour réussir un meeting
Quel est le meilleur « ambianceur » entre les dirigeants de Renaissance, d'Horizons et des Républicains ? Gabriel Attal va bénéficier de l'expertise des Jeunes avec Macron mais Edouard Philippe et Bruno Retailleau sont tout autant déterminés à mettre le feu