Gestion privée : l’Europe va connaitre un de ses plus grands transferts de richesse
Le grand transfert arrive à grand pas. Après près de quarante années portées par une création de richesse forte, la génération née après la seconde guerre mondiale est sur le point de passer le relais. «Rien qu’en Europe, près de 3,2 trilliards d’euros sont sur le point d’être transférés aux générations suivantes. Ce sont des sommes considérables qui n’ont jamais été vues dans l’histoire économique», explique Stéphanie Lair Crommen, head of wealth solutions chez Pictet Wealth Management. Le phénomène est encore plus grand en Asie et aux Etats-Unis.
L’enjeu est d’autant plus important, que la passation de pouvoir intervient de plus en plus tard. Un décalage dû notamment à l’évolution de l’espérance de vie. «Les entrepreneurs et patron ont du mal à laisser la gestion de leur entreprise et de leur patrimoine à la génération suivante», ajoute Stéphanie Lair Crommen. Aujourd’hui, les héritiers prennent les reines du patrimoine familial en moyenne à 50 ans et plus, alors qu’en 1960, ils héritaient à 40 ans et en 1820, plutôt à 20 ans.
Le dernier exemple en date est celui de Bernard Arnault, directeur général de LVMH. En 2022, les actionnaires du groupe de luxe ont voté pour la modification des statuts fixant la limite d’âge pour les fonctions de directeur général à 80 ans, au lieu de 75 ans. Un changement intervenu deux ans avant que l’actuel patron atteigne l’âge initialement défini.
Une zone de turbulence pour les conseillers
Dans le cas des grandes fortunes, le changement de génération est une étape importante, notamment pour l’équipe de conseillers professionnels qui les entourent. La dynamique et la confiance construite au cours de nombreuses années n’est pas certaine d’être maintenue et demande une préparation bien en amont, sans quoi le risque de perte ou de dissolution du patrimoine total s’accroit. A cela s’ajoutent également les risques liés à l’entreprise. «Quand le patrimoine éclate, une ou deux générations plus tard, il ne reste pas toujours grand-chose», souligne Stéphanie Lair Crommen.
D’autant plus que les dynamiques familiales changent et les attentes des parents et des enfants peuvent diverger. Résultat, la plupart du temps, les gérants actuels s’inquiètent de la capacité de la génération suivante à assurer la gérance. «Dans 60% des cas, les parents voudraient que les enfants voient un conseiller financier en amont de la succession. Pour autant, ils sont seulement 10% à en parler avec eux», ajoute Stéphanie Lair Crommen. Du côté des parents, il s’agit clairement d’un manque de confiance et de communication.
L’évolution du schéma familial de ces dernières années ne facilitent pas non plus le travail des professionnels. La dispersion géographique des membres de la famille est de plus en plus importante, avec la possibilité de voyager et d’étudier à l’étranger. Les familles recomposées deviennent également monnaie-courante.
Mais pour les héritiers aussi, l’étape est cruciale. Ils ne cachent pas qu’ils sont nombreux à chercher leur place et leur statut vis-à-vis de ce patrimoine auquel ils vont être bientôt associés. Encore plus surprenant, ils sont peu à y avoir accès ou à en connaitre la composition avant d’engager les discussions liées au transfert.
Alors qu’ils sont une majorité à ne pas souhaiter reprendre la main, la minorité qui s’engage ne compte pas rouler sur les mêmes rails. «La nouvelle génération a une vision transversale de leur placement. Elle a une sensibilité aux sous-jacents de la composition de leur portefeuille que l’ancienne génération n’avait pas», remarque Stéphanie Lair Crommen de Pictet Wealth Management. Alors qu’ils s’intéressent à la biodiversité, au changement climatique et aux inégalités sociales, leurs parents étaient tournés vers l’art, la santé et la philanthropie. Une raison de plus pour les conseillers de s’adapter le plus rapidement.
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