« Les secteurs de la banque et de l’assurance sont concernés par l’action de groupe »
Des actions à distinguer. La «class-action» à la française ou action de groupe a fait son entrée dans le code de la Consommation le 18 mars 2014. Même s’il existait auparavant des systèmes qui permettaient de réparer les préjudices individuels des consommateurs par le biais d’actions en représentation conjointe, Laurent Jourdan, avocat associé, cabinet Racine souligne que cette voie de recours «ne fonctionnait pas» dans la mesure où, par exemple, il était nécessaire qu’un consommateur identifié mandate par écrit une association représentative. Cette condition a sauté dans la nouvelle mouture du texte au profit d’une association de défense des consommateurs, ce qui permet de mutualiser les coûts. Contrairement à la « class-action » américaine qui prévoit une représentation de l’ensemble des victimes concernées par la procédure, la loi Hamon a fait le choix d’une adhésion volontaire des plaignants.
Antoine Diesbecq, avocat associé, précise que dans le système français, «le juge statue sur la responsabilité et décide du type de consommateur susceptible de bénéficier de l’indemnité qui sera calculée dans un second temps». Le texte apparait selon lui «protecteur mais en même temps retardateur» car tant que la décision sur la responsabilité n’est pas définitive, les consommateurs ne sont pas invités à introduire des réclamations. Une mesure de nature à laisser supposer que le premier dossier statuant sur la responsabilité «sortira d’ici 5 à 6 ans», avance l’expert.
">
Le rôle du juge, des associations de consommateurs et de l’avocat. Frédérique Chaput, avocat associée, souligne que le rôle du juge est assez inhabituel dans la mesure où «il interviendra en deux temps». D’abord, il rendra neuf décisions sur la recevabilité de l’action, la responsabilité du professionnel et « il va également déterminer le groupe de consommateurs admis à demander indemnisation». Il est appelé à fixer les critères de rattachement au groupe et déterminer le ou les préjudices à indemniser. Sont également arrêtés le montant du préjudice et les mesures de publicité qui seront engagées afin que les consommateurs soient informés de l’existence de l’action. Le juge précise enfin les délais durant lesquels ils peuvent se déclarer puis les délais et les modalités d’indemnisation de ces victimes. Un tel travail est de nature à représenter un «énorme jugement de 200 pages environ», avance l’avocat. Une fois la décision rendue et définitive, de nouvelles difficultés vont se poser aux consommateurs qui vont demander des indemnités alors qu’ils n’y ont pas forcément droit. Le juge dans une deuxième décision statuera sur la totalité de ces nouvelles difficultés.
De leur côté, les associations de consommateurs sélectionnent les cas présentés. Elles se chargent d’anticiper les situations des consommateurs pour amener le juge a bien définir le groupe à l’origine de l’action.
L’avocat n’a pas l’initiative directe de l’action mais «il sera un passage obligé pour saisir le Tribunal de grande instance», relève Antoine Diesbecq. Pour mémoire, un autre projet est défendu par le Barreau de Paris. Il consiste à autoriser une association à recourir à un avocat par exemple pour mettre en œuvre la procédure de distribution des dommages intérêts et assister chaque consommateur dans sa demande de réparation.
La réparation du préjudice. Laurent Jourdan rappelle que seul le préjudice patrimonial, à savoir le gain manqué ou la perte d’une chance, est pris en compte en la matière, ce qui exclut les autres types de préjudice: moral, personnel ou corporel. Les atteintes à l’environnement ou la santé ne sont pas retenues, «mais rien interdit d’engager une action individuelle en réparation», rappelle l’expert. Pour rappel, le législateur a exclu les dommages intérêts punitifs.
Banque, Finance et assurance sont visées. La France s’est limitée au droit de la consommation et de la concurrence, «au moins dans un premier temps», précise Frédérique Chaput. Le dépôt d’un rapport d’évaluation est en effet prévu dans les trente mois qui suivent l’adoption de la loi et des évolutions sont déjà envisagées dans le domaine de l’environnement. Une autre nouveauté pourrait très bien concerner les bénéficiaires de l’action de groupe, qui est jusqu’à présent limitée aux personnes physiques. La Banque, la finance et l’assurance sont concernées, «sans aucune ambigüité», considère Pour Laurent Jourdan. Le texte s’appliquant en effet à la fourniture de biens, de services en visant par exemple les cas de publicité mensongère. «Mais il y a des limites: c’est le secteur où l’application de la loi sera le plus malaisée», reconnaît l’avocat.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIAT
Réinventer la contactabilité à l’ère des interactions
L'enjeu n'est plus d'augmenter le volume des interactions, mais d'en améliorer la pertinence et l'efficacité. C'est précisément ce que permet Spacivox. -
Léovic Lecluze (Groupe Matmut) : « On est encore rémunérés pour le risque mais plus pour la prime d'illiquidité »
L’investissement dans la dette privée fait toujours sens, selon la conviction du directeur des investissements du groupe Matmut, mais il convient d’être prudent sur le type de risque pris. -
PARTENARIAT« Coface un dispositif de Back Up Servicing robuste au service de la sécurisation des opérations de titrisation »
Interview vidéo avec Rachid Aoulad Hadj, Directeur des ventes sur les solutions de recouvrement pour l’Europe de l’Ouest, Coface. -
PARTENARIAT« Il faut connecter la data, les métiers et l’intelligence artificielle »
Entretien avec Raphaël Savy, Regional Vice-Président Europe du sud d’Alteryx. -
Deepah Colombel (Crédit Agricole Assurances) : « Il n’y a pas de risque systémique en cours sur la dette privée »
La responsable de l’investissement en dette privée chez Crédit Agricole Assurances revient sur la crise qui entoure certains fonds de dette privée aux Etats-Unis. -
PARTENARIAT« Dans le secteur bancaire, les systèmes cloud pourront répondre aux nouvelles exigences de marché »
Entretien avec Camille de Mari, Directeur Issuing Data Solutions de Visa, pour la France, la Belgique et le Luxembourg.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- SCPI : une nouvelle solution de marché secondaire mise sur l'analyse des portefeuilles
- Bruxelles poursuit l'assouplissement des exigences ESG
- La Chine et les Etats-Unis mesurent leurs forces
- Le chômage atteint un plus haut de cinq ans en France, l'inflation est confirmée à 2,2%
- Cleos Gestion Privée vise 10 millions d’euros d’actifs conseillés d’ici la fin de l’année
Contenu de nos partenaires
-
InterviewOthman Nasrou (Les Républicains) : « nos militants réclament la fin de la cacophonie »
Pour le secrétaire général de LR, l’objectif des élections internes des 8 et 9 juin est « d’avoir, avant l’été, un parti en ordre de bataille pour la présidentielle, redynamisé par l’élection de cadres motivés ». -
La fabrique de l'OpinionBertrand Martinot : « Le fardeau des retraites devra être partagé équitablement entre les générations. Tout le monde devra contribuer à l’effort »
« Nous serons obligés de décaler l'âge de départ, tout le monde le sait ! La question, c'est la modalité : comment faire ? » -
Choix publicsLe romantisme épuisé de l’élection présidentielle
Aucun démocrate ne doit tolérer que les électeurs ne soient contraints à se prononcer que par défaut ou dépit