La French Tech n’a jamais attiré autant d’argent
La crise sanitaire mondiale a été l’occasion pour les start-up de la tech d’accélérer leur développement et de gagner plusieurs années sur leur plan d’affaires. Ce rythme de croissance et les liquidités massives collectés par les fonds spécialisés ces dernières années ont donné lieu à des méga-levées de fonds pour ces jeunes entreprises partout dans le monde. Le financement privé de la tech a atteint quelque 500 milliards d’euros en 2021 à l’échelle planétaire, le double de 2020, d’après le rapport de la banque d’affaires Avolta Partners publié ce lundi. En Europe (incluant Israël), le seuil des 100 milliards a été pour la première fois dépassé - 2,5 fois plus qu’en 2020, les marchés britanniques et allemands ayant connu la plus forte croissance des levées de fonds.
La France a aussi profité de l’engouement des investisseurs, essentiellement étrangers, pour accumuler les records de tours de table. Au total, la French Tech a doublé le montant de ses levées de fonds au cours de l’année, avec 11,1 milliards d’euros de financement. En sept ans, la taille de ces levées a été multipliée par sept. «On observe que le nombre de tours de financement a peu évolué cette année mais les montants levés sont deux fois plus gros, analyse Arthur Porré, fondateur d’Avolta Partners. Il n’y a pas beaucoup d’élus car les équipes d’investissement n’ont pas grandi mais pour les sociétés retenues, les investissements sont allés plus vite et ont été plus massifs afin de les faire grossir rapidement pour concurrencer les acteurs des autres pays.»
15 nouvelles licornes
Désormais, la France compte 25 licornes (sociétés privées atteignant un milliard de dollars de valorisation), selon le décompte d’Avolta Partners, dont 15 ont atteint ce statut en 2021. L’objectif fixé par Emmanuel Macron à son arrivée à l’Elysée a donc été rempli avec quatre ans d’avance. Les trois plus importantes levées de fonds de l’année ont été réalisées par le spécialiste du fantasy football Sorare (574 millions d’euros) avec l’appui de Softbank, l’éditeur de solutions de marketplace Mirakl (472 millions) avec Silver Lake, et la plateforme d’analyse d’expérience digitale Contentsquare (408 millions) avec là encore Softbank. «Les très gros tours de table sont surtout le fait de fonds étrangers. Sur les 10 plus importantes levées de fonds de l’année, aucun fonds français n’a été leader et on ne recense quasiment pas d’européen», note Arthur Porré. Les trois licornes les mieux valorisées sont Dataiku, basée aux Etats-Unis mais fondée en France, avec 3,9 milliards d’euros, Sorare avec 3,7 milliards, et Qonto avec 3,5 milliards (valorisation non confirmée par la société).
Sorties en Bourse
Du côté des sorties, le marché a crû de 112% en 2021, pour atteindre 10,2 milliards d’euros. Un niveau encore modéré par rapport à d’autres pays mais le développement des sorties par introduction en Bourse pour des valorisations de plus d’un milliard d’euros constaté l’an passé est un phénomène nouveau. Après OVHcloud (3,5 milliards d’euros de valorisation), Believe (1,9 milliard) et Exclusive Networks (1,8 milliard), des candidats naturels à la Bourse sont attendus de pied ferme par les marchés actions, à l’image de Doctolib ou ManoMano. «Il faudrait davantage d’introductions en Bourse mais le marché privé est de plus en plus capable de financer ces grandes start-up. Elles vont sans doute vouloir rester privées plus longtemps avant d’aller en Bourse. D’autres devraient faire leur IPO, mais pas en France car leur cœur de marché est plutôt aux Etats-Unis, comme Dataiku, Mirakl ou Contentsquare», estime Arthur Porré.
En termes de business model, ce sont principalement les sociétés qui s’appuient sur des systèmes d’abonnements qui attirent le plus les investisseurs du fait de la résilience de leur activité pendant la crise et la récurrence de leurs revenus.
Pour 2022, Avolta Partners anticipe une poursuite de la croissance des financements, en dépit de la perspective de hausse des taux et d’un potentiel retournement économique. Les investisseurs n’ont en effet pas d’autre choix que de continuer à déployer leurs liquidités qui ont atteint des niveaux records. Ces liquidités ont toutefois tendance à se concentrer sur une poignée de start-up surfinancées, ce qui rend plus difficile le financement des autres moins en vue, comme l’illustre la série E de 254 millions d’euros de Payfit menée par General Atlantic annoncée la semaine dernière. L’effet indirect de ce phénomène est que les grosses sorties ne devraient pas particulièrement progresser compte tenu de la facilité à se financer en privé.
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