Les marchés ont déjà effacé la crise bancaire
Crise bancaire, dites-vous ? Les marchés actions et obligataires crédit ont effacé sans sourciller une nouvelle crise qui aurait pourtant pu les entraîner dans une correction que beaucoup craignaient.
Si les valeurs bancaires européennes restent 15% sous leur niveau d’avant les difficultés de Silicon Valley Bank (SVB) puis le sauvetage de Credit Suisse, les indices boursiers ont en revanche retrouvé leurs plus hauts.
Sur les marchés actions, l’Euro Stoxx 50 a regagné le terrain perdu et retourne à ses plus hauts depuis 2007, déjà atteints début mars avant la chute des banques. Il progresse de 13,5% depuis le début de l’année. La chute de la volatilité des actions européennes témoigne de ce retour au calme. L’indice VStoxx de volatilité de l’Euro Stoxx 50, qui était revenu proche de ses plus hauts de mai 2022 à 35 en pleines craintes sur le système bancaire, est désormais sous 20, un niveau de volatilité jugé normal, à 19,5.
Au plus haut
A Wall Street, l’indice Nasdaq avait retrouvé, fin mars, ses plus hauts de l’année et continue d’afficher la meilleure performance des places boursières depuis le début de l’année (hors Bourse de Moscou) malgré sa récente baisse en raison des craintes sur la croissance aux Etats-Unis. «Le moteur de cette performance est la baisse des taux longs américains depuis le début de l’année», souligne Frédéric Rollin, stratégiste chez Pictet AM. Le rendement des emprunts d’Etat américains à 10 ans (Treasuries) a baissé de 60 pb. «Les investisseurs recherchent aussi la croissance bénéficiaire et les valeurs de qualité dans un contexte de ralentissement global de la croissance», poursuit ce dernier qui se dit prudent sur les actions en raison de ce risque sur la croissance mais davantage sur le marché européen plus cyclique que Wall Street.
De son côté, le marché du crédit sur lesquels les spreads, certes plus écartés qu’avant ces événements, se normalisent progressivement, à 169 points de base (pb) pour l’investment grade euro par exemple, contre 190 pb au plus haut en mars. Ceux sur les dettes seniors bancaires sont revenus à 175 pb contre 150 pb avant l’épisode SVB.
«Les actions ont ignoré les inquiétudes d’une crise financière à grande échelle, comme le montrent les indicateurs de stress qui reflètent une contagion limitée, indique Emmanuel Cau, stratégiste actions chez Barclays. Le sentiment est prudent et les investisseurs institutionnels, ayant déjà réduit les risques et affichant des poches de cash records, ont généralement peu de risques déployés dans leurs portefeuilles. Cela pourrait continuer à fournir un coussin aux actions et à prolonger l’attente d’un deuxième trimestre difficile.»
Risque de récession
Pour le stratégiste, aussi longtemps que la croissance, l’inflation et les bénéfices restent résilients, les actions peuvent faire face au resserrement des liquidités. Mais avec le stress sur le système bancaire, le risque de récession a pris de l’ampleur aux Etats-Unis. Les banques régionales contribuent à plus de 40% de la fourniture de crédit aux Etats-Unis. Or ces dernières vont devoir durcir son accès. Cela intervient à un moment où la croissance du crédit était déjà en repli du fait du resserrement massif de la politique monétaire de la Fed. Avec une forte probabilité pour que les économistes revoient en baisse leurs prévisions de croissance pour les Etats-Unis mais aussi pour l’Europe après les avoir augmentées en début d’année.
«Les marchés actions intègrent à la fois la perspective d’une révision en baisse des prévisions de croissance mais aussi la possibilité pour les banques centrales d’assouplir leur politique monétaire si besoin», affirme Frédéric Rollin. Le marché rejoue le «put» des banques centrales qui les protégerait contre les risques extrêmes. La Fed est intervenue pour sauver les banques régionales américaines en injectant des liquidités. La Banque d’Angleterre l’a fait cet automne pour éviter une grave crise des fonds de pension au Royaume-Uni. «Alors que la lutte contre l’inflation semble presque gagnée, les banques centrales ont plus de marges pour assouplir leur politique monétaire», poursuit le stratégiste qui anticipe une pause des banques centrales mais pas de baisse des taux dans l’immédiat sauf en cas de crise de crédit. Ce dernier ne voit pas pour l’heure de credit crunch. La production de crédit ralentit certes mais elle ne s’est pas effondrée comme en 2008 ou 2011 par exemple. Dans les prochains mois et trimestres, la croissance du crédit sera l’indicateur le plus suivi par les investisseurs. Il y a une forte corrélation entre la fourniture du crédit, la croissance économique et les taux de défauts.
CAC 40 au sommet
La plupart des Bourses européennes ont retrouvé ou ne sont pas loin de leur plus haut, à l’image du marché parisien. Le 4 avril, le CAC 40 a frôlé son record historique établi le 6 mars dernier à 7.401 points en grimpant en séance jusqu’à 7.399,59 points. Moins connu du grand public, le CAC 40 Gross Return, qui correspond à l’indice parisien dividendes réinvestis, a lui inscrit un nouveau sommet absolu mardi dernier à 21.770 points en cours de journée contre un précédent record établi à 21.751 points début mars. Il navigue désormais non loin de ce point haut, à environ 21.600 points.
Sur cinq ans, le CAC 40 GR affiche une avance de 20 points sur le CAC 40 «classique» (voir graphique ci-dessous) et grimpe de 60%, ce qui correspond à la «vraie» performance du marché actions français sur la période. C’est 30 points de plus que le Dax allemand, qui est un des rares indices boursiers à intégrer les dividendes par défaut.
La Bourse parisienne profite de sa forte exposition aux valeurs du luxe alors que les valeurs technologiques, peu représentées au sein de l’indice, sont pénalisées par la hausse des taux d’intérêt.
Au 31 décembre 2022, LVMH, L’Oréal, Hermès et Kering pesaient à eux quatre 22,7% du CAC 40, dont 11,65% pour le groupe dirigé par Bernard Arnault. Une telle pondération implique qu’une variation de 1% de ces quatre actions entraîne une variation de 0,227% de l’indice parisien, toutes choses égales par ailleurs.
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Au-delà de faire de l’indice parisien l’un des plus performants au monde depuis plusieurs mois, l’engouement pour les valeurs du luxe a aussi permis à deux Français de se hisser en tête des plus grosses fortunes mondiales.
Selon le magazine Forbes, l’homme et la femme les plus riches de la planète sont désormais Bernard Arnault avec une fortune supérieure à 200 milliards de dollars et Françoise Bettencourt Meyers, principale actionnaire de L’Oréal, qui pointe, avec sa famille, à environ 80 milliards de dollars.
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