Après Credit Suisse, Deutsche Bank fait chuter les marchés en Europe
Une crise bancaire ne se résout pas en un week-end. Après avoir marqué une courte pause en début de semaine, après le rachat de Credit Suisse, fragilisé par une fuite des dépôts, par UBS, le secteur bancaire continue d’inquiéter et entraîne dans son sillage l’ensemble des places boursières en Europe. Les investisseurs recherchent des actifs de qualité dans les emprunts d’Etat. Le dollar profite également de ce nouveau mouvement d’aversion pour le risque.
L’indice du secteur bancaire européen (EuroStoxx 50 Banks) cédait près de 6%. Les spreads des CDS (credit default swaps) de Deutsche Bank, qui permettent de se protéger contre le défaut d’un émetteur, se sont envolés ce matin, à 550 points de base (pb) pour le CDS des dettes subordonnées (contre 225 pb environ début mars). Les CDS des dettes senior preferred et senior preferred ont également doublé depuis l’annonce le 8 mars des déboires de la banque régionale américaine Sillicon Valley Bank. Le stress sur ces assurances crédit se répercute sur les actions de la première banque allemande qui chute de plus de 13%, s’ajoutant aux près de 20% perdus à hier depuis le 8 mars.
«Deutsche Bank est maintenant sous pression. Les gens se repositionnent et se débarrassent des maillons faibles. Ils veulent éviter toute exposition à un établissement susceptible de retenir l’attention», indique Jon Jonsson, gérant de portefeuille crédit chez Neuberger Berman.
Olaf Scholz soutient Deutsche Bank
Vendredi, le Premier ministre allemand Olaf Scholz a écarté les comparaisons entre Credit Suisse et Deutsche Bank. «Deutsche Bank a fondamentalement modernisé et réorganisé ses activités, et est une banque très profitable», a-t-il indiqué en marge du sommet européen à Bruxelles.
En Europe, l’indice EuroStoxx 50 perdait 2,1% vers 16h40. A Paris, l’indice CAC 40 reculait de 2%, tout comme le Dax à la Bourse de Francfort. Les Bourses de Madrid et de Milan abandonnaient 2,2% chacune.
A Paris, l’ensemble des composants de l’indice CAC 40 était dans le rouge mais ce sont les banques qui continuent d’inquiéter les investisseurs. Société Générale était la plus forte baisse avec une chute de 6%, suivie de BNP Paribas (-5,2%).
Wall Street a ouvert en léger repli.
Les banques américaines fragilisées
L’inquiétude des investisseurs au sujet des banques a été alimentée jeudi soir par l’agence d'évaluation financière Moody’s, qui a prévenu que le risque de contagion de la crise bancaire existait toujours.
Les banques régionales américaines continuent également de peser sur le sentiment des investisseurs après les atermoiements de la secrétaire d’Etat au Trésor américain Janet Yellen. Leurs actions ont de nouveau chuté jeudi, l’indice KBW Regional Bank perdant de 3% alors que la secrétaire au Trésor Janet Yellen tentait de rassurer sur le fait que les dépôts publics étaient sûrs, promettant une puissance de feu pour lutter contre toute crise – un jour après avoir inquiété les marchés en disant qu’une assurance globale de tous les dépôts n'était pas à l’ordre du jour.
La Fed a annoncé que les emprunts à son guichet d’escompte, sa principale source de crédit d’urgence, étaient tombés à 110,2 milliards de dollars mercredi contre un record de 152,9 milliards de dollars la semaine dernière. Mais les banques ont augmenté leurs emprunts dans le cadre du programme de financement à terme bancaire récemment lancé par la Fed à 53,7 milliards de dollars, soit près de 5 fois le montant demandé lors de sa première semaine. La Fed a également signalé que les prêts aux banques centrales étrangères étaient passés de zéro le 15 mars à 60 milliards de dollars, ce qui suggère un besoin croissant de liquidités en dollars à l'étranger.
Chute des rendements
Les principales banques centrales ont annoncé ces derniers jours de nouvelles hausses des taux mais le marché semble croire à une pause dans le contexte actuel de tension sur le système bancaire. Pour de nombreux spécialistes, ces dernières pourraient marquer une pause mais devraient laisser leurs taux élevés pendant longtemps. Avec des risques de nouveaux accidents dans le secteur financier compte tenu de l’ampleur des moins-values non réalisées dans les portefeuilles du fait de la forte remontée des taux depuis plus d’un an.
L’annonce ce vendredi de PMI confirmant la résilience de l’économie de la zone euro en mars, et ne montrant pas de signe d’affaiblissement malgré les risques sur le système bancaire, est ignorée par le marché. Tirée par le secteur des services, la forte activité maintient potentiellement la pression sur les prix et donc sur les taux et les banques centrales.
A lire aussi: Credit Suisse dynamite la hiérarchie des créanciers
Comme lors des deux dernières semaines, les investisseurs se ruent sur les actifs refuges, en premier lieu les emprunts d’Etat. Le rendement des Treasuries américains à 10 ans se resserre de 10 pb, à 3,31%, au plus bas depuis le début de la crise bancaire aux Etats-Unis. Dans la zone euro, celui du Bund de même maturité chute de 15 pb, à 2,03%, au plus bas depuis mi-janvier. Les maturités courtes voient leur rendement se resserrer davantage des deux côtés de l’Atlantique, signe d’anticipations de taux plus faibles des banques centrales. Concernant la Fed, les investisseurs anticipent un pause (70% de probabilité) dès la réunion de mai et une première baisse en juin (61% de probabilité) de 25 pb, à 4,75%.
Le dollar profite également de ce regain d’aversion pour le risque et progresse par rapport aux principales autres devises. L’euro recule de près de 1% face au billet vert à 1,073 dollar. L’indice DXY du dollar face à un papier de devises progresse de 0,6%. Mais à 103,22 il reste loin de ses niveaux de début mars. La crise des banques régionales américaines est passée par là.
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