SigTech, fournisseur de technologies et de services pour hedge funds, s’est penché sur l’état de l’industrie des hedge funds. Dans une étude publiée ce mercredi et basée à la fois sur les données de Preqin et de gérants de hedge funds, SigTech a dénombré 30.077 hedge funds opérant dans le monde à fin 2022. Sur ce total, 938 ont été lancés en 2022, soit le niveau le plus faible depuis 2010 (870 lancements) d’après l’étude.
Les investissements technologiques des banques privées sur l’ingénierie patrimoniale ou le conseil n’est pas encore massif, constate l’étude European private banking 2023 de McKinsey.
L’industrie de la gestion d’actifs n’a pas attendu l’intelligence artificielle (IA) développée par Open AI, Chat GPT, pour tenter de tirer profit des opportunités de l’IA. Des fonds, notamment dans la gestion quantitative, se sont construits sur l’usage de l’IA, d’autres sur la thématique sans reposer sur des outils qui en sont issus pour autant.
Entre 2000 et 2023, le nombre de fonds investis exclusivement en actions françaises a été divisé par six. Zone euro, baisse d’intérêt, rationalisation de gammes, les explications sont nombreuses.
L’Union européenne va-t-elle interdire les rétrocessions dans la vente de produits d’investissement? L’idée bénéficie du soutien de poids de la commissaire européenne aux Services financiers. Mairead McGuinness l’a fait savoir dans une lettre adressée le 21 décembre à l’eurodéputé conservateur allemand Markus Ferber, et rendue publique par Reuters. La mesure pourrait faire partie du paquet législatif de l’exécutif communautaire destiné à encourager la participation des investisseurs particuliers aux marchés de capitaux, attendu pour le deuxième trimestre. Le sujet n’est toutefois pas encore tranché au sein de la Commission, précise la commissaire irlandaise. Le chemin reste long avant une mise en œuvre. Si elle venait à être proposée par Bruxelles, la mesure aurait, dans les mois suivants, à être validée par Parlement européen, et par le Conseil des 27 Etats membres. A Bruxelles, lobbyistes du secteur financier, associations d’épargnants, eurodéputés et gouvernements affûtent leurs arguments pour défendre - ou dénoncer - cette pratique qui permet aux distributeurs d'être rémunérés par le gérant dont ils vendent les produits. Pour Mairead McGuinness, l’interdiction de ces «inducements» - soit tout avantage retiré ou rémunération perçue par un prestataire en provenance d’un tiers producteur dans la vente de produits financiers dans l’Union européenne - permettrait tout d’abord de réduire drastiquement les coûts auxquels sont confrontés les investisseurs particuliers. «Les produits sur lesquels des ‘inducements’ sont payés sont - en moyenne - environ 35% plus chers (..)» et sont souvent «inadaptés», explique-t-elle, étude de la Commission à l’appui. «A l’inverse, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, où une interdiction a été décidée, les coûts des produits financiers ont baissé, et les clients dans ces deux pays bénéficient désormais d’un meilleur rapport qualité-prix lors de l’achat de produits d’investissement», peut-on encore lire dans sa missive. «À une époque où les citoyens sont de plus en plus contraints d’avoir recours à des solutions privées pour préparer leur retraite, il devient crucial que des produits financiers adaptés et rentables leur soient proposés, abonde Sebastian Mack, chercheur du Centre Jacques Delors, un think tank basé à Berlin. L’UE devrait suivre les expériences positives des Pays-Bas et du Royaume-Uni». Bataille de chiffres «Expériences positives»? Le constat n’est pas évident, alors que les deux camps se livrent une bataille de chiffres au sujet de l’impact réel qu’a eu la mesure prise en 2013 pour les investisseurs particuliers britanniques et néerlandais. En février dernier, un rapport élaboré par un consortium d’associations du secteur financier européen et le consultant KPMG assurait qu’aux Pays-Bas et au Royaume-Uni - où les investisseurs doivent directement rémunérer le conseil - aucun conseil n’est fourni aux particuliers possédant moins de 100.000 euros. Les contempteurs de la mesure dans l’UE agitent ainsi la menace d’un déficit d’accès au conseil (advice gap) pour les épargnants moins fortunés, en cas d’interdiction totale des rétrocessions. Les résultats de l’étude ont par la suite été réfutés dans une contre-recherche dégainée par la Fédération européenne des investisseurs particuliers, Better Finance. Aux côtés du Bureau européen des unions de consommateurs ou encore de Finance Watch, l’association mène la charge en faveur de l’interdiction. Les tenants de cette ligne dénoncent les risques de conflits d’intérêts inhérents, selon eux, à la pratique des rétrocessions. Un argument conforté par plusieurs études publiées par la Commission européenne ces dernières années. L’une d’entre elles, effectuée par Deloitte Luxembourg en 2018, observait par exemple que certains produits à bas coûts ne rapportant pas, ou peu, de commissions, étaient très rarement proposés par les conseillers financiers en Europe. La dernière étude de Bruxelles en date sur le sujet, en juillet 2022, pointe, elle, les limites des mesures de transparence existantes, qui forcent les conseillers financiers à communiquer sur les commissions qu’ils reçoivent. La grogne de Christian Lindner Les opposants à l’interdiction, au premier rang desquels figure la Fédération bancaire européenne, s’inquiètent quant à eux de la perte de revenus majeure qu’impliquerait la mesure pour les banques et les assureurs qui distribuent les fonds. «Une interdiction des ‘inducements’ forcerait certes les banques à changer leur modèle économique, mais ne les empêcherait pas de vendre leurs produits et de faire du profit », leur rétorque Mairead McGuinness. Si l’opinion de l’Irlandaise finissait par triompher parmi les commissaires, rien n’indique à ce stade que le projet recevrait ensuite le feu vert du Conseil de l’UE. Au contraire: dans une lettre, adressée le 28 décembre par le ministre allemand des Finances à la commissaire irlandaise, et dévoilée lundi par Reuters, Christian Lindner s’est dit «très inquiet quant au risque qu’une interdiction générale inhibe la fourniture de conseil en investissements là où ils sont le plus nécessaires». «Les ventes fondées sur des commissions sont prédominantes dans le marché allemand de l’assurance», a-t-il encore noté. Le sujet des rétrocessions est tout aussi sensible en France. Et si, comme le veut l’adage, rien n’est possible en Europe sans Paris et Berlin, la position française s’annonce déterminante. Interrogé par L’Agefi, Bercy, qui se montre généralement soucieux de défendre à Bruxelles les intérêts du secteur financier français, s’abstient pour l’heure de prendre position. Mais l’on voit mal les pouvoirs publics contredire l’Autorité des marchés financiers qui s’est, elle, opposée publiquement début janvier à une interdiction.
Les hedge funds ont enregistré en 2022 leur deuxième pire performance sur les dix dernières années, la pire depuis 2018, selon les statistiques du fournisseur de données et d’indices sur les hedge funds HFR. Une baisse de performance de 4,25% sur l’année 2022 a été observée pour l’indice phare HFRI Fund Weighted Composite Index. Celui-ci couvre les performances des 500 plus gros hedge funds fournissant leurs données à HFR, ouverts aux investissements et offrant une liquidité trimestrielle ou mensuelle.
Microsoft va acquérir 4% du London Stock Exchange dans le cadre d'un contrat de 10 ans dans le cloud. AWS et Google ont ouvert la voie avec le Nasdaq et le CME.
Des milliards d’encours sous gestion concernés, des centaines de fonds déclassés et des sociétés de gestion qui s’inquiètent de plus de plus de leur réputation et de leur crédibilité vis-à-vis de leurs clients. Les contours flous du concept d’investissement durable, tirés du règlement SFDR («Sustainable Finance Disclosure Regulation ») qui touche à la publication d’informations durables, ont engendré un chaos dans l’industrie de la gestion d’actifs. Au cœur de cette confusion, une question étymologique : comment définir la durabilité. Ce terme reste sujet à des débats âpres entre régulateurs, sociétés de gestion et investisseurs professionnels. Les débuts de l’encadrement réglementaire de la finance durable avaient pourtant l’air parfait. Grâce à la réglementation européenne SFDR, l’industrie a lancé ou reclassé des centaines de fonds «article 9»,c’est-à-dire que les gérants déclarent que l’investissement durable est l’objectif de leurs stratégies. Mais depuis la rentrée, un fort doute s’est installé sur la pertinence de ces produits au regard de la réglementation et des attentes des clients. Les sociétés de gestion se retirent les unes après les autres de ce segment, sous le poids des critiques et des risques juridiques. Elles ne seraient pas certaines de ce que le régulateur européen entend par «investissement durable». Pourtant, SFDR possède en son sein une définition : au paragraphe 17 de l’article 2, on peut lire que l’investissement durable est, en substance, un investissement dans une activité économique contribuant à un objectif environnemental ou social, tout en assurant des bonnes pratiques de gouvernance et ne causant pas de dommages significatifs («Do no significant harm» en anglais). Cette approche laissait une ouverture pour que les sociétés de gestion puissent plancher en privé sur une partie de la définition, celle de l’impact social. Celle de l’aspect environnemental, indexé juridiquement à la taxonomie européenne, était moins sujet au doute. «La taxonomie européenne ne couvre que l’aspect environnemental et cela uniquement pour certaines activités économiques. Il reste encore 4 objectifs environnementaux sur 6 à compléter. La définition d’un investissement durable selon la taxonomie européenne est applicable aux activités et critères couverts par cette taxonomie, qui contient des spécificités et des indicateurs détaillés», explique Frédéric Vonner, partner, Regulatory Advisory Services, PwC Luxembourg. Cette différenciation entre ce qui relève de l’environnement et ce qui touche au social est l’une des grandes raisons des accrocs du moment. Pour Frédéric Vonner, la dichotomie dans l’application de cette définition rend en effet plus difficile la comparaison des fonds, ce qui pourrait conduire à la baisse certaines ambitions extra-financières. L’AMF veut éviter la dispersion des définitions de la durabilité La situation embarrasse en premier lieu les régulateurs nationaux. L’Autorité des Marchés Financiers (l’AMF) a bien demandé, il y a un an, davantage de précisions au régulateur européen. En vain. « Le règlement SFDR impose de communiquer sur la proportion des investissements durables, une notion qui n’est pas bien définie. L’absence d’une définition suffisamment précise de ce qu’est un fonds article 9 nous semble également problématique en termes de communication de la part des gérants », souligne Philippe Sourlas, secrétaire général adjoint chargé de la direction de la gestion d’actifs à l’AMF. La réponse pourrait prendre du temps, puisque même l’Esma, tout comme l’EBA et l’Eiopa, ont dû se tourner vers la Commission pour clarifier la définition de la durabilité. En attendant, l’AMF se limite en grande partie à son rôle de gendarme de la commercialisation et de la communication. « En ce qui concerne la classification des fonds, il est clair que le côté imprécis de certaines définitions complique notre capacité à superviser ces choix de classification même s’il existe quelques exigences sur la constitution des fonds classés en Article 9 », indique Philippe Sourlas. Et le régulateur français espère bien que la notion d’investissement durable soit une bonne fois pour toute clarifiée au niveau européen, afin d’éviter une fragmentation. « Si chaque régulateur utilise sa propre définition de l’investissement durable, cela posera un certain nombre de difficultés notamment pour des fonds distribués dans plusieurs pays européens en même temps. Nous préférerions avoir une définition européenne plus précise pour permettre d’avoir une communication et une activité de conseil plus homogènes entre les acteurs », a déclaré Philippe Sourlas. Le flou impacte les relations commerciales des sociétés de gestion Pour le moment, le régulateur français veut surtout s’assurer que ce manque de définition ne se traduit pas par l’apparition de cas de greenwashing dans l’Hexagone. « Nous essayons de pousser les sociétés de gestion à avoir une approche de durabilité suffisamment documentée et justifiée. Nous souhaitons éviter que l’imprécision existante dans la définition européenne ne serve de prétexte à avoir une approche superficielle du sujet. Nous attendons que les sociétés de gestion fassent des efforts pour être précises et avoir une définition interne de cette notion qui soit bien construite », explique Philippe Sourlas. Le risque de greenwashing n’est pas que juridique pour les sociétés de gestion. La réputation est aussi en jeu. «Il y a un risque de greenwashing lié à la définition elle-même ainsi qu’un risque de communication lié à l’adéquation entre les attentes de chaque client quant à la notion d’investissement durable et la réalité de la méthodologie», indique Pierre Moulin, responsable mondial des produits et du marketing stratégique de BNP Paribas AM. Pour contourner ces risques, il estime que les sociétés de gestion doivent développer une méthodologie systématique fondée sur des critères objectifs, clairs et quantitatifs, et faire preuve d’une transparence poussée sur cette méthodologie. Ce flou n’est pas sans conséquence dans les relations commerciales pour les sociétés de gestion. D’une part, l’absence de définition précise va influencer la prise en compte des préférences de durabilité des clients par les conseillers en gestion du patrimoine (CGP) dans le cadre de MiF2. Dorénavant, ces conseillers doivent recueillir les préférences extra-financières de leurs clients, et notamment sur le critère de pourcentage d’investissement durable du fonds. « Ici, on bute sur la même difficulté de définition parce que celles contenues dans MiF 2 sont très principielles », fait remarquer Philippe Sourlas. La qualité de la définition de l’investissement durable par une société de gestion est aussi questionnée par les clients institutionnels dans leurs due diligence et parfois dans leurs appels d’offres. Et ils sont de plus en plus nombreux à vouloir voir des critères de gestion extra-financière clairs dans la gestion des fonds. « Même s’il n’y a pas de définition précise de l’investissement durable, il y a certains critères à suivre pour un fonds article 9, tels que les principales incidences négatives (14 indicateurs E et S) ainsi que la contribution positive à un objectif social ou environnementale, sans causer de préjudice important à aucun de ces deux objectifs. Pour certains fonds, ces contraintes se rajoutent à celles qui découlent par exemple de leur labellisation, comme la nécessité de justifier que la notation de chacun des titres dans le portefeuille ne soit pas dans le dernier quintile et que chacun des critères E, S et G ait une note relativement bonne », témoigne Adrien Dumas, directeur de la gestion et gérant actions chez Mandarine Gestion. Le travail de définition semble finalement être un travail collectif à grande échelle.
Le consultant Ernst & Young a publié, cette semaine, son sondage annuel sur l’industrie mondiale des fonds alternatifs. Parmi les 226 institutions financières sondées pour l’étude figurent 114 hedge funds, 112 sociétés de private equity et 61 investisseurs institutionnels. D’un point de vue macro-économique, la majorité des participants - 70% des investisseurs et 64% des gérants - anticipe une récession mondiale en 2023. Le pessimisme est tout autant de mise quant à l’avenir proche de l’industrie de la gestion alternative. Environ 60% des gérants et des investisseurs sondés s’attendent à moins de lancements de fonds sur les deux prochaines années et la majorité estime également que le nombre de liquidations de fonds alternatifs va augmenter d’ici 2024. Satisfaction mitigée des investisseurs La satisfaction des investisseurs vis-à-vis des performances des classes d’actifs alternatives, elle, reste très variable d’un segment à l’autre. Par exemple, en 2021, les hedge funds n’ont pas répondu aux attentes de 44% des investisseurs sondés par EY. A l’inverse, le private equity et l’immobilier ont surpassé les attentes de, respectivement, 69% et 55% des investisseurs. «La performance de 2021 a, rétrospectivement, bénéficié de la solidité des valorisations sur la plupart des marchés et des classes d’actifs. Les hedge funds sont plus neutres par rapport au marché, et sont vus moins favorablement lorsque l’on compare leurs rendements nets aux gains absolus du marché. Cependant, lors du repli du marché en 2022, ils ont été la seule classe d’actifs pour laquelle un nombre accru d’investisseurs a identifié une surperformance (29% contre 15% en 2021). Les performances de 2022, bien qu’elles répondent encore largement aux attentes, se sont affaiblies, avec moins d’investisseurs constatant une surperformance dans leurs portefeuilles, et il faudra suivre la tendance pour voir s’il s’agit d’une baisse de sentiment de courte durée ou du début d’un défi industriel à long terme», commente EY. En 2022, l’alternatif déçoit bien davantage les investisseurs dans son ensemble. En particulier, le crédit liquide et le capital-investissement qui ont vu les pourcentages d’investisseurs insatisfaits de leurs performances passer de 16% à 43% en un an pour le premier et de 6% à 27% en un an pour le second. Côté allocation, c’est principalement sur la dette privée et illiquide que les investisseurs institutionnels questionnés ont l’intention de renforcer leur exposition dans les trois prochaines années (51% des investisseurs). L’immobilier (29%) et le private equity (28%) complètent le podium. Par ailleurs, 78% des investisseurs entendent maintenir le même niveau d’allocation aux hedge funds et au capital-investissement, 71% sur l’infrastructure et les actifs réels sur la période 2022-2025. Les hedge funds, l’immobilier et le crédit liquide sont les trois principales classes d’actifs pour lesquelles les investisseurs sondés envisagent une réduction de leur allocation. Source : EY 2022 Global Alternative Fund SurveyExposition limitée aux cryptos Autre enseignement du sondage, la majorité des investisseurs ayant répondu au sondage (58%) ne demande pas aux gérants alternatifs dans lesquels ils sont investis de limiter leur exposition aux actifs digitaux ou aux cryptos dans des fonds qui ne sont pas dédiés à ces classes d’actifs. Cependant, pour 30% d’investisseurs, une exposition autre que nulle serait inquiétante et pour les 12% restants, la limite d’exposition des fonds à ces classes d’actifs se situe entre 1% et 5%. Les investisseurs auront sans doute revu leur position sur la question suite au séisme FTX qui bouscule le monde des cryptos. Du côté des hedge funds, le nombre d’entre eux étant intéressé ou ayant une exposition aux cryptos est passé de 7% à 23% en un an. Mais l’exposition demeure minuscule, relate EY, qui précise que presque tous les gestionnaires ont répondu avoir une exposition inférieure à 2% aux actifs digitaux dans leurs portefeuilles. «Les hedge funds sont intéressés pour s’exposer davantage aux actifs digitaux à travers les crypto-actifs comme le bitcoin et l’ethereum. Les projets de finance décentralisée suscitent également un grand intérêt, principalement en raison du rendement qui peut être généré par ce type de produits», souligne EY. Le consultant avertit qu’un paysage réglementaire incertain et plusieurs événements récents très médiatisés (faillites, liquidations, crashs de cryptos) pourraient continuer de décourager les gestionnaires traditionnels de déployer du capital en masse sur les actifs digitaux. L’intérêt des investisseurs comme des gérants alternatifs devrait cependant perdurer.
Les engagements net zéro ne pourront bientôt plus être de vaines promesses. Pour la gestion d’actifs, un travail va devoir s’engager en interne et avec la clientèle.
La plupart des sociétés de gestion européennes et britanniques cotées ont déjà publié leurs résultats pour le troisième trimestre 2022. Globalement, l’ambiance est «morose» pour reprendre les termes de Stefan Hoops, le directeur général de DWS, le gestionnaire de Deutsche Bank. Les encours sont inchangés ou en baisse même si la baisse est moins forte que prévue. L’ampleur de la décollecte nette de 2022, bien que ralentie dans sa progression, s’étend presque dans toutes les maisons de gestion du continent et outre-Manche. Et si les bénéfices des gestionnaires d’actifs européens et britanniques cotés n’ont pas encore atteint un creux, ils devraient l’atteindre bientôt. C’est la thèse défendue par certains analystes du secteur de la gestion d’actifs dont RBC Capital Markets. «2022 a été une année difficile pour les gestionnaires d’actifs, la dégradation de l’environnement macro-économique et géopolitique ayant incité les investisseurs à repousser la période de creux des bénéfices pour le secteur, que nous prévoyons désormais dans nos estimations pour 2023», écrit la firme dans une note datée du 18 octobre. Les gestionnaires européens cotés (gérants britanniques inclus) ont vu le prix de leurs actions chuter de 38% et leurs encours se contracter de 10% dans l’ensemble entre janvier et mi-octobre 2022, pointe RBC Capital Markets Les analystes projettent un ratio cours-bénéfice sur les 12 mois à venir de 9,8x pour le secteur, ce qui suggère «seulement une dégradation du ratio d’environ 20% sur l’année». RBC Capital Markets a réduit en moyenne de 2% ses prévisions pour les chiffres d’affaires pour les gérants d’actifs européens et britanniques en 2022 et de 6% pour les années qui suivent. A titre d’exemple, les estimations de RBC Capital Markets concernant les bénéfices par action d’abrdn, d’Amundi et DWS et Schroders sur la période 2022-2024 ont été respectivement réduites de 13%, 10% et 6% et 11% en moyenne. Les prix cibles sur ces titres ont également été abaissés dans les projections. Les gérants anglais face aux tourments des marchés locaux L’évolution des gestionnaires britanniques cotés en première ligne dans la crise des régimes de retraite à prestations définies (DB scheme), dont abrdn, M&G et Schroders, est scrutée de près. RBC Capital Markets s’attend à une accélération de la réallocation stratégique des portefeuilles, liée à la réduction du risque en raison des récents troubles survenus sur les stratégies de gestion actif-passif (LDI) et de la forte volatilité des marchés. Les institutionnels locaux devraient couper les classes d’actifs risquées comme les actions, les fonds multi-actifs et alternatifs au profit des obligations et du monétaire. Les analystes de Bank of America restent «prudents» sur les gestionnaires britanniques cotés post-reporting du troisième trimestre 2022. «Les résultats ont été mitigés puisque Man Group, Ninety One et Jupiter ont dépassé les attentes mais pas Schroders et Ashmore. Nous avons réduit nos projections de bénéfice par action de 5 à 6% en moyenne en raison des résultats, de l'évaluation au prix du marché, de perspectives de flux plus faibles au quatrième trimestre et d’un renversement du taux d’imposition au Royaume-Uni», écrit Bank of America qui s’attend à ce que Schroders soit le plus impacté. Man Group sort du lot S’agissant des estimations pour les résultats de 2023, la gestion d’actifs britannique cotée s’approche de son point bas avec un ratio cours-bénéfice de 11x, juge Bank of America. Une réévaluation de la notation des gérants demeure improbable tant que les marchés et les taux ne sont pas stabilisés. Les analystes de Bank of America entrevoient aussi pour 2023, une baisse de la marge opérationnelle supérieure à 5% (sur un an glissant) du secteur des gérants britanniques cotés sauf si les commissions de performance des gérants s’avèrent robustes. Man Group reste leur pari numéro un avec une estimation de ratio cours-bénéfice de 9x pour les résultats anticipés de la firme en 2023. Selon Bank of America, le gérant alternatif conserve le plus gros potentiel de hausse et ses flux devraient se normaliser rapidement en 2023 grâce aux fortes performances des fonds alternatifs. A l’inverse, l’institution maintient son opinion de sous-performance sur Ashmore, Jupiter et abrdn en raison d’une décollecte persistante et une opinion neutre sur Schroders et Ninety One.
De plus en plus, les sociétés de gestion demandent aux entreprises dans lesquelles elles sont investies d’inclure davantage de femmes aux postes de direction, d’être plus diverses dans leurs recrutements… Mais s’appliquent-elles à elles-mêmes ces exigences?
44 campagnes ont été initiées au 3e trimestre 2022, soit un bond de 52% sur un an selon les décomptes de Lazard. Si l’Amérique du Nord domine, en Europe, la France devient un terrain de chasse.
Les conseillers en gestion de patrimoine deviennent la cible des fonds d’investissement qui veulent créer des groupes à même de concurrencer les banques privées.
Exclusions minimalistes, méthode «Best in Class» dépassée, absence de recherche d’impact et d’objectifs ESG explicites…: des acteurs de marché font entendre leurs critiques pour pousser à une refonte ambitieuse du label ISR français. Au cours de la consultation menée cet été (jusqu’au 9 septembre) par le nouveau comité ISR, après la publication de ses premières orientations, certains craignent que seuls les professionnels de la finance aient été entendus. «Si la réforme vise à répondre aux attentes de l’industrie par un niveau d’exigence plus élevé mais toujours très faible, l’objectif sera atteint. A notre sens, l’objectif est avant tout de répondre aux attentes des épargnants français, en leur apportant les gages de qualité développement durable et les points de repère qu’ils attendent », affirme Mirova dans sa réponse au comité du label. Créé en 2016, le label français ISR est appelé à faire peau neuve dans les mois prochains, en tenant compte des remarques des acteurs de la Place. «La liste des personnes auditionnées gagnerait à être publiée comme cela a été le cas pour le rapport de l’Inspection Générale des Finances (NOV 2020)», ajoute le cabinet de conseil en investissement et finance durable Axylia. Aucun représentant des épargnants ne fait d’ailleurs partie du comité du label ISR. Des grandes disparités entre les fonds ISR Globalement, les participants qui partagent leurs réponses à la consultation saluent l’intégration de la double matérialité dans un futur référentiel du label, même si le règlement européen SFDR le consacre déjà. Ils encouragent la mise en place d’exigences minimales sur le climat, et l’idée d’un socle commun ISR pouvant accueillir des niveaux d’exigences supplémentaires. Mais, pour les investisseurs responsables réunis au sein du FIR, «le niveau d’exigence du label doit être significativement durci pour en garantir la crédibilité et l’utilité», surtout après des années de forte croissance. «Avec plus de 1.000 fonds labellisés au sein de plus de 170 sociétés de gestion, le label a bien joué son rôle et a fait progresser les acteurs », rappelait le comité du label. Derrière l’explosion des encours (690 milliards d’euros), la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, observe Axylia. Selon le cabinet, 60% des encours de fonds labellisés ISR de droit français (0% pour les mêmes de droit étranger) sont constitués par des fonds monétaires dont l’exigence ISR a été mentionnée comme « minimale » par l’IGF. Un premier ménage pourrait être réalisé pour sortir des fonds monétaires, par essence non durables. Repenser l’ISR La façon de faire de l’ISR, à travers la méthode dite du « best in class », visant à réduire de 20 % l’univers d’investissement des fonds par élimination des valeurs ayant les moins bonnes notes ESG, fait débat. «Ce postulat nous parait obsolète par rapport aux pratiques actuelles de marché (…) la simple et très minimale exigence de « ne pas faire de mal » à travers les choix d’investissement n’étant même pas garantie», explique Mirova. Pour éviter le greenwashing et identifier les moins bons fonds, Axylia propose de cibler les fonds qui font moins d’efforts que l’indice traditionnel (MSCI Europe). Pour la méthode, le cabinet estime que l’on ne devrait rien pas imposer mais plutôt faire confiance aux gérants ou favoriser l’impact ou la méthode ‘best in universe’. «Une notation ESG supérieure de 20% à l’indice de référence du fonds serait plus exigeante et déjà utilisée par des gérants», écrit le cabinet. Le FIR milite pour une approche par niveaux, cohérente avec le référentiel des «article 8 et 9» de SFDR. Le premier socle de l’ISR répondrait aux critères d’un «article 8+», avec par exemple un objectif d’alignement sur les accords de Paris, des critères d’exclusion dont le tabac, un dialogue actionnarial renforcé et transparent…. Pour les fonds ISR supérieurs, des critères d’impact seraient retenus. « Le label a déjà évolué vers des objectifs de résultats au-delà des seules exigences de moyens, avec l’ajout d’une obligation de surperformance sur deux indicateurs E,S,G ou droits humains définis ex ante », affirme Anne-Claire Imperiale, responsable ESG et engagement chez Sycomore. Les auditeurs de la labellisation des fonds (Afnor Certification, EY France, et Deloitte) auraient aussi leur rôle à jouer. «Ils devraient pouvoir s’exprimer davantage sur la qualité de la gestion et de la sélection ESG des fonds audités, sur la crédibilité des objectifs et leur pertinence», assure-t-elle. Pour les fonds tournés vers le climat, «il conviendrait d’exclure les entreprises actives dans le secteur fossile sur la base des critères de la taxonomie européenne (…) et la mise en cohérence avec le principe Do not significant harm (DNSH)», croit le FIR. Les exclusions devraient être partout renforcée selon l’association des «Acteurs de la Finance durable» qui se prononce pour la sortie non seulement du charbon et des fossiles non conventionnels dans tous le fonds, mais aussi de de toutes les entreprises du secteur fossile «n’ayant pas mis en place de stratégie de mesure, de rapportage et de réduction des émissions de méthane compatible avec une trajectoire 1.5°C». L’exclusion du tabac est également demandée. «La façon dont seront appréhendées la gestion des controverses, l’intégration des Principal Adverse Indicators, le détail des seuils appliqués aux exclusions fixeront le réel niveau d’ambition du label au-delà de l’affirmation de principe», déclare Mirova. Derrière ce lourd travail technique, le renouvellement du label devra s’accompagner d’une plus grande lisibilité et clarté pour l’épargnant.
Les sociétés de gestion manquent d’originalité dans la communication de leurs valeurs. C’est le constat que font Jean-François Hirschel (H Ideas) et Markus Kramer (brand affairs) dans une étude menée auprès des gestionnaires du classement mondial Investment and Pensions Europe Top-500. L’excellence et/ou le professionnalisme sont cités par 31 % des sociétés qui communiquent de manière proactive leur système de valeurs. Viennent ensuite, à 29 % chacun, l’intégrité/l’éthique et l’esprit d’équipe. La notion de «centré sur le client» arrive en quatrième position à 24 %; puis vient la responsabilité (23 %) et l’innovation (19 %). Ni la provenance géographique, ni la taille des actifs n’influe sur le choix des valeurs. «Un quart ou plus des entreprises évaluées partagent un ensemble de valeurs identiques. Par exemple, elles sont toutes «excellentes, professionnelles, responsables, collaboratives, elles agissent toutes avec intégrité et sont centrées sur le client». C’est très bien, et même attendu. Mais cela n’aide pas ces entreprises à se démarquer», notent les auteurs de l’étude, qui pointent un manque évident de différenciation. Les auteurs regrettent aussi que ces valeurs n’apportent aucune information. «Qu’apprenez-vous d’une entreprise qui vous dit être professionnelle, éthique et centrée sur le client?», ironisent-ils? Pour Jean-François Hirschel et Markus Kramer, il s’agit d’un véritable problème pour un secteur extrêmement compétitif, dans lesquels «l’alignement des valeurs deviendra un facteur de plus en plus important dans le processus de sélection des fournisseurs». Quelques bons élèves se distinguent tout de même. Jean-François Hirschel donne l’exemple d’une société de gestion britannique qui met en avant les valeurs de bienveillance, engagement, collectivité et confiance, et une américaine qui se fonde sur les notions de réussir ensemble, toujours aller de l’avant, faire ce qui est juste et diriger avec passion. «Cela forme un tout logique, qui témoigne d’une culture d’entreprise. Le vocabulaire est aussi différenciant et marquant», commente-t-il.
Les plateformes de distribution se structurent pour capter les deux extrémités de l’industrie de la gestion d’actifs : distributeurs et fournisseurs de fonds.
La vigne française, prisée des grandes fortunes locales et internationales, figure parmi les actifs en première ligne face au changement climatique. Elle souffre des épisodes de froid hivernal et de grêle au début du printemps, des épisodes de chaleur extrême de plus en plus récurrents en été. Ces phénomènes pourraient affecter durablement les investissements en vins d’exception. Uzès Gestion gère le fonds Uzès Grands Crus I, seul fonds d’investissement alternatif ouvert agréé par l’AMF, dont l’horizon de placement peut varier de quatre à sept ans, jusqu’à dix ans maximums. Pour le co-gérant et analyste œnologue du fonds Hugues Lapauw, le changement climatique a clairement une influence et continuera d’en avoir une mais le rythme auquel celle-ci se propage est plus lent que le calendrier d’investissement du fonds, assure-t-il à NewsManagers. L’impact serait donc très modéré sur le fonds. «A court terme, le changement climatique n’a pas d’impact sur l’allocation d’actifs du fonds. Lorsque nous serons face à de véritables changements, il est possible que nous augmentions la part réservée aux vins étrangers qui est aujourd’hui très faible, à l’exception des vins italiens… Mais ce ne sera probablement pas avant un long moment », précise-t-il. Hugues Lapauw observe que sur les derniers millésimes, la production a tendance à être plus faible en raison des événements climatiques (gel, grêle, sécheresse et incendies, maladies, etc). La tendance s’étend aussi aux vignobles à l’étranger. Ce phénomène joue sur les prix des bouteilles. Sans compter d’autres paramètres externes. L’analyste-œnologue d’Uzès Gestion pointe notamment un phénomène d’augmentation de la demande sur le vin haut de gamme lors de la réouverture des restaurants après le confinement. «Pour le reste de la production, la demande est restée soutenue pendant le confinement. Cette tendance s’est arrêtée brutalement dans l’environnement économique actuel, le vin n’étant pas un bien prioritaire», développe-t-il. Même constat du côté du Liv-Ex, la «Bourse» des vins fins établie à Londres et fondée en 1999. Le changement climatique influe sur les prix des grands crus, même s’ils obéissent aussi à d’autres facteurs. «Les domaines de Bourgogne sont particulièrement impactés par les phénomènes climatiques. Ils font face à un vrai problème de production depuis trois ans», explique Romain Grudzinski, responsable de l’activité du Liv-Ex en Europe. Selon lui, les réductions de récoltes seraient de l’ordre de 25-30% voire plus sur certains domaines. «Cela fait inévitablement augmenter les prix. Il faut ajouter à cela qu’il n’y a habituellement pas de volume sur les Bourgogne et là, il y en a encore moins», poursuit Romain Grudzinski. Les prix sur les Bourgogne seraient globalement en hausse de 20% pour les crus 2020 par rapport aux 2019 qui, eux-mêmes, étaient déjà plus élevés que les crus 2018. « Ces bouteilles sont dures à vendre pour le momentmais elles vont s’acheter» veut-il rassurer.Et pour les éléments externes, l’influence de la fin du Covid a aussi été déterminante. «2021 a été l’année du grand n’importe quoi sur le marché des vins fins. Tous les prix ont doublé en raison des achats massifs hors Europe. Aujourd’hui, les Américains, par exemple, se sont retirés et les prix hauts des Bourgogne ne montent plus car ils sont difficiles à vendre», poursuit Romain Grudzinski. Certains vins de Bourgogne ont connu jusqu’à 400% d’augmentation l’année dernière. Nouveaux venus Le changement climatique peut avoir aussi un impact sur la demande et pas seulement sur l’offre, souligne Hugues Lapauw d’Uzès Gestion. «Quelqu’un qui achète du Bourgogne pour son élégance, sa fraîcheur et sa légèreté s’en détournera s’il devient puissant, riche, plus alcoolique du jour au lendemain. Il faut conserver un minimum d’identité gustative de la région, d’où les évolutions sur le matériel végétal et sur le reste », ajoute-t-il. Il faut alors lutter contre le changement climatique directement sur la vigne et l’une des manières de le faire consiste à renouveler le «matériel végétal». Cela, pour permettre un débourrage plus lent et une meilleure résistance aux maladies et au stress hydrique. Six nouveaux cépages ont, à ce propos, été agréés dans les appellations bordelaises par l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), dont quatre rouges. «Cela comprend notamment le Castets, un cépage historique antérieur au classement de 1855 et qui a disparu à la fin du XIXème siècle à cause du phylloxéra. Deux cépages portugais, la Touriga nacional, qui est le cépage du porto, et l’Alvarinho, vont aussi être autorisés. En parallèle, il y a une réflexion en cours pour introduire de nouveaux cépages aussi en Bourgogne, par exemple le Roublot ou le Savagnin. On pourrait également imaginer que le Nebbiolo (cépage rouge piémontais) et l’Assyrtiko (cépage blanc grec) puissent l’être un jour», liste Hugues Lapauw. D’autres éléments peuvent aider à lutter contre le changement climatique comme les canons anti-grêle, le bâchage des vignobles, ou encore l’irrigation de la vigne qui demeure interdite dans la plupart des appellations de France. Reste à l’Inao à réfléchir sur l’éventuelle levée d’un certain nombre d’interdictions de son cahier des charges. Nous pouvons imaginer que, d’ici quelques décennies, les plus grands vins d’Europe de l’Ouest seront possiblement plus au Nord. Hugues Lapauw, analyste-œnologue et co-gérant du fonds Uzès Grands Crus I Des pays ou des régions pourraient-ils émerger sur le marché des vins d’exception grâce au réchauffement climatique? Selon Hugues Lapauw, certaines régions vinicoles ont déjà progressivement commencé à en bénéficier. «Historiquement, les grands terroirs se trouvent à proximité du parallèle 35 dans les deux hémisphères. En Europe occidentale, nous avons un cadre exceptionnel grâce au Gulf Stream. Les climats du parallèle 35 sont chez nous comparable à ceux du parallèle 45. Le changement climatique fait remonter les aspects qualitatifs des vignes vers le parallèle 50. Nous pouvons donc imaginer que, d’ici quelques décennies, les plus grands vins d’Europe de l’Ouest seront possiblement plus au Nord» développe l’analyste-œnologue d’Uzès Gestion Mais il faut aussi prendre en compte la qualité des sols - «il y a un profil de sols plus adapté pour les grands vins, de profil argilo-calcaire par exemple…», explique-t-il - ainsi que le savoir-faire qui prend du temps à s’acquérir. Tour d’Europe Romain Grudzinski estime, de son côté, que le changement climatique va potentiellement profiter à des pays comme l’Angleterre ou la Suisse. «Par exemple, nous avons commencé à faire des opérations sur des Nyetimber et des Gusbourne (vins anglais pétillants) en 2019. A l’époque, ils avaient une excellente récolte pour les pétillants grâce à une vague de chaleur exceptionnelle qui avait touché le sud de l’Angleterre », remarque-t-il. Quid des vins naturels? Ils restent absents du marché des vins fins. «Un vin naturel qui existe pour 50 ans et qui devient un produit d’investissement, on n’en a pas vu pour l’instant.» Le spécialiste alerte aussi sur une autre problématique environnementale soulevée par les investissements dans les vins fins. A savoir le transfert de bouteilles. Une caisse de vin fin, en termes d’investissement, dispose en moyenne d’une durée de vie limitée à environ 50 ans. En moyenne, cette caisse va changer de propriétaires et donc d’entrepôts six à huit fois dans son existence, engrangeant des mouvements de transferts «colossaux» à travers le monde. «Nous fournissons un service de stockage à nos membres qui peuvent avoir accès à une chambre de stockage s’ils le souhaitent. Si les deux comptes sont déjà chez nous, la caisse ne bouge plus physiquement. Mais cela ne se fait qu’à une petite échelle pour l’instant », concède-t-il. Il observe que les investisseurs restent très attachés à stocker les vins qu’ils ont achetés dans leurs propres stocks malgré les risques élevés tant sur le plan pécuniaire qu’assurantiel. Plus les bouteilles sont vieilles, plus le risque est élevé. «Les bouchons s’assèchent, les coulures sont facilitées, les bouteilles se cassent plus facilement. Nous aimerions avoir des hubs de stockage partout dans le monde pour que le stock soit immobilisé et limite les allers-retours entre Bordeaux et Londres. Certaines caisses font aujourd’hui trois fois le tour de l’Europe pour revenir à Londres», déplore Romain Grudzinski.
Plusieurs autres sociétés de gestion de fonds américaines vont s’implanter en Europe, prédit Ocorian, une société de services fiduciaires et d’administration de fonds. Cela concerne principalement le private equity et la dette. «Les gestionnaires de fonds américains font face à une disponibilité de capitaux importante provenant d’investisseurs d’autres juridictions», analyse Marc van Rijckevorsel, chez Ocorian. «Les actifs alternatifs ont fait un bond en 2021, avec des niveaux records de collecte de fonds, d’investissement, de sortie et de performance dans de nombreuses classes d’actifs. Cette tendance devrait se poursuivre, Preqin prévoyant que les actifs sous gestion passeront de 13.320 milliards de dollars aujourd’hui à 23.210 milliards de dollars en 2026. Près de la moitié (49 %) de ce chiffre de 2026 devrait être détenue par le capital-investissement et le capital-risque, tandis que le marché européen des produits alternatifs devrait connaître une croissance de 14 % en glissement annuel jusqu’en 2026», illustre-t-il. Historiquement, les sociétés américaines se sont concentrées sur les investisseurs américains. Toutefois, en gagnant en maturité, le marché du private equity et de la dette a vu arriver de nouveaux investisseurs en Europe. En Europe, la juridiction de prédilection des Américains est le Luxembourg, selon Ocorian. Mais l’Irlande gagne en popularité, à la faveur de changements positifs concernant le régime d’investment limited partnership et du lancement réussi de plusieurs fonds. Pour s’établir en Europe, les sociétés américaines doivent relever plusieurs défis, notamment réglementaires. Elles doivent notamment bien appréhender la diversité du marché européen et intégrer les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Et si l’analyse de matérialité ne permettait en rien de sélectionner les meilleurs titres sur les marchés actions? Une telle affirmation nous semblait encore jusqu’à peu impensable, tant les études académiques vantant les bienfaits financiers de l’investissement responsable sont nombreuses. Pourtant, la contestation de l’ESG monte petit à petit chez les professionnels de la finance. Deux professeurs, Luca Berchicci et Andrew A. King*, viennent de leur apporter un supplément de doute qui pourrait faire vaciller les débats. Dans une récente étude, les chercheurs ont décelé d’importantes incohérences dans le papier Corporate Sustainability: First Evidence on Materiality («Durabilité d’entreprise: une première évidence sur la matérialité»), publié en 2015 par Khan Mozaffar, Serafeim George, et Yoon Aaron**. Cette étude, très influente, avait deux principales conclusions: l’utilisation des facteurs ESG offrait une surperformance par rapport au marché, et les données du Sustainability Accounting Standards Board (SASB) permettaient aux gérants de choisir les mesures ESG ayant un impact sur la performance dans chaque secteur. Les trois auteurs de l’étude originale avaient comparé la performance d’indices ESG construits à l’aide de données considérées comme matérielles par SASB à des indices ESG construits sur la base de données non-matérielles. Il en était ressorti que l’approche ESG utilisant des données de matérialité de SASB aboutissait à une surperformance de 300 à 600 points de base par an entre 1991 et 2012 par rapport à l’utilisation des données non-matérielles. «Ces résultats ont été utilisés par des organisations non-gouvernementales et de nombreuses sociétés de gestion pour justifier auprès du Sénat américain et de la Securities Exchange Commission que l’usage de l’ESG permettait d’obtenir de meilleurs rendements», raconte Andrew King. Des résultats trop beaux pour être vrais Pour Andrew King et Luca Berchicci, ces résultats semblaient trop beaux pour être vrais. Ils ont cherché à obtenir des rendements équivalents avec plusieurs centaines d’autres modèles de construction de portefeuille. «Nous avons cherché à simuler ce qui se passerait si de nombreux chercheurs ou investisseurs tentaient de reproduire cette analyse», relate Luca Berchicci. Cependant, quasiment tous les modèles ont échoué. «Nous avons constaté que 98% de ces modèles avaient un résultat négligeable, voire même négatif pour plus de 50% des modèles. Notre interprétation est qu’il n’y a aucune raison de croire que combiner des données ESG et l’approche de SASB permette de générer de la surperformance. La moitié du temps, les portefeuilles sous-performent même le marché», ajoute Andrew King. La surperformance de l’étude originale se trouve peut-être dans un choix méthodologique contestable, qui aurait favorisé l’apport de l’industrie extractive. Les trois auteurs avaient en effet dû contourner le fait qu’ils n’avaient pas assez d’entreprises dont les données de matérialité avaient changé dans le temps. Pour passer outre, ils ont décidé de classifier les entreprises qui n’avaient pas connu de changement négatif comme étant plutôt de bonnes élèves. Et l’industrie extractive, qui faisait partie de l’étude car labélisée comme durable à l'époque, était en pleine expansion, ce qui aurait peut-être généré de tels rendements globaux. « Mais ce n’était pas réel, c’est ce qu’on appelle un artéfact statistique», constate M. King. Le rôle des experts de SASB, qui ont aidé à définir quelles données ESG étaient financièrement matérielles, pose désormais question. «Ces experts essayent de deviner quelles données ESG pourraient impacter les prix pour chaque industrie. Selon nos données, jusqu’à présent, ils ne semblent pas être en mesure d’apporter un quelconque avantage», estime Andrew King. L’étude a déjà fait son bonhomme de chemin au sein de l’univers académique, et des institutions spécialisées. «Notre analyse a été examinée à de multiples reprises lors de conférences académiques, mais aussi dans le cadre de l’Alliance for Research on Corporate Sustainability, Strategy and the Business Environment, des PRI des Nations unies, au National Bureau of Economic Research, à l’American Accounting Association. Et personne n’a jamais émis d’objection», précise Luca Berchicci. Les trois auteurs de l'étude initiale ont, eux, publié une réponse, accessible ici pour les plus motivés. Le débat de la pertinence de l’ESG chez les praticiens ne fait que commencer. * Luca Berchicci est professeur adjoint d’entreprenariat à la Rotterdam School of Management. Andrew A. King est professeur à la Questrom School of Business, Boston University. ** Lors de la publication de la recherche en 2015, Mozaffar Khan était professeur adjoint invité d’administration des affaires à Harvard, et professeur de comptabilité à l’université du Minnesota. Aaron Yoon était doctorant à Harvard. Mozaffer Khan est aujourd’hui gérant et directeur de la recherche ESG chez Causeway, tandis qu’Aaron Yoon est professeur adjoint à la Kellogg School of Management. George Serafeim est professeur d’administration des affaires à Harvard.
A l'occasion du chassé-croisé entre juilletistes et aoûtiens, NewsManagers propose un récapitulatif non-exhaustif des événements s'étant déroulés en juillet dans le secteur de la gestion d'actifs.