L’actualité du traitement social révèle les incohérences à corriger
L’actualité du traitement social des dividendes, qu’a relancé une proposition d’amendement en vue de généraliser l’assujettissement aux cotisations sociales de cette source de revenus, est l’occasion de porter, à nouveau, un regard sur cette situation.
Non à la généralisation de la taxation des dividendes. Alors que les taxations actuelles prêtent à discussion, certains auteurs ont profité de cette hypothèse pour suggérer des approches alternatives toutes aussi contestables. Elles sont critiquables pour deux raisons: elles acceptent non seulement le principe des cotisations sociales sur dividendes mais aussi celui de la taxation des mandataires de SA et SAS.
J’observe que le Gouvernement a reculé en ce qui concerne les salariés, ce qui tend à prouver que cela n’est pas si logique que cela. Pourtant, aux yeux de certains analystes et praticiens, la cause semble entendue: ils voient dans les dividendes ce qui aurait du toujours être traités comme une revenu d’activité sur le plan social!
La comparaison entre le niveau des dividendes et le capital (+ comptes-courants + primes d’émission) est déjà fort discutable en soit, comme le seuil arbitraire de 10% auquel on devra comparer les dividendes, mais on reconnaitra au moins à cette approche le lien de proportionnalité fait entres les dividendes et ce que nous appellerons à titre de simplification les capitaux propres. Elle n’en reste pas moins insuffisante au sens où on pourrait également soulever la fragilité technique de cette méthode, car ce sont les capitaux propres de la société qui pourraient être faibles et non pas les dividendes anormalement élevés.
D’autres évoquent le montant du PASS comme élément clé de la marque de «l’abus». Cela devient complètement aléatoire car les entreprises ne se ressemblent pas, au-delà du principe même de l’assujettissement des dividendes aux cotisations sociales, auquel je ne me résigne pas.
Si mon analyse est intellectuelle, elle est renforcée par une réalité factuelle: la rupture du consentement à l’impôt, aux prélèvements sociaux et autres taxes! La situation est telle que la base imposable a fondu. Les chefs d’entreprise ne distribuent plus, alors arrêtons les argumentaires placebos et/ou les mesures qui tendraient à généraliser l’assujettissement des dividendes aux cotisations sociales, car leur fondement est en soi critiquable. On ne peut sous le seul prétexte de l’iniquité, que je suis le premier à défendre habituellement, appeler à la généralisation de cet assujettissement. Quand une mesure n’est pas bonne, on la critique plutôt que d’envisager sa généralisation pour étouffer les contestataires qui se trouvent injustement moins bien traités que d’autres.
Il y a quelques années on devait baisser le taux de l’IS pour la part de bénéfices réinvestie, finalement son taux a été maintenu et le coût de la sortie très largement majoré. Cette hausse est consécutive à la suppression des prélèvements libératoires pour les dividendes sur le plan fiscal et de leur éventuelle taxation aux cotisations sur le plan social. Eventuelle, car effective pour certains contribuables et imaginée pour d’autres catégories.
Faut-il punir tous les chefs d’entreprise pour les abus d’une minorité de libéraux? Rappelons à toutes fins utiles que cette nouvelle ponction sociale avait été imaginée originellement pour ceux qui, pour être passés en Société d’Exercice Libéral, en avait abusément profité pour substituer à leurs revenus antérieurement taxés aux cotisations sociales des dividendes mieux traités en apparence. Evidemment leurs rémunérations sont devenues dans l’intervalle «faméliques», terme employé ici uniquement à dessein de montrer que nous sommes hostiles à ces pratiques.
Pourquoi alors considérer que tous les chefs d’entreprise, Travailleurs Non Salariés en tout cas, doivent subir ces évolutions alors que leur rémunération ne témoigne d’aucune évolution malveillante ou contestable.
Pire que cela, leur rémunération a déjà été considérée comme normale pour certains d’entre eux. Rappelons-nous que l’article 885 o-bis du Code Général des Impôts, qui permet à un titulaire de droits sociaux de revendiquer l’exonération à l’Impôt de Solidarité sur le Fortune au titre des biens professionnels, conditionne ce traitement favorable à la perception d’une rémunération considérée comme normale. On pourrait dire «juste» pour être dans le ton actuel. Or, certains pour avoir été contrôlés par l’administration fiscale ont obtenu le droit d’affirmer que leur rémunération est normale. Elle le serait au sens fiscal, mais pas au sens social du terme!!! Aujourd’hui, on les taxe sous le prétexte que par l’entremise d’un dividende, il faudrait y voir en réalité un revenu d’activité. Y a-t-il eu dissimulation? Non, et c’est pourtant un texte anti-fraude qui autorise cette taxation. Cette approche est celle qui fonde les incompréhensions entre les contribuables et l’Administration car elle n’a aucune logique en dehors de collecter davantage encore d’impôts, de taxes, de cotisations.
Pour une juste analyse scientifique, on rappellera également à tous ceux qui l’on savamment occulté qu’une rémunération est déductible de la base imposable de la société quand un dividende ne l’est pas.
Winston Churchill avait raison lorsqu’il disait: «certains considèrent le chef d’entreprise comme un loup qu’on devrait abattre, d’autres pensent que c’est une vache que l’on peut traire sans arrêt, peu voient en lui le cheval qui tire le char».
Le dividende n’est pas une rémunération. En effet, personne ne peut contester que le dividende est la rémunération d’un risque d’une idée, d’un concept, d’une innovation (il est d’ailleurs aléatoire car conditionné à la réalisation de bénéfices par les entreprises, ce n’est pas une rente). Tous les acteurs économiques ne sont pas prêts à assumer ce risque d’entreprendre, sans qu’ici mon propos doive être entendu comme un jugement de valeur ou une vision péjorative vis-à-vis de certains. Ce risque, que de plus en plus nombreux sont ceux qui ne veulent plus le prendre en France, et qui préfère malheureusement s’expatrier.
La croissance est tirée à 50% par la consommation, Keynes précisant que la demande précède l’offre. Et pour les théoriciens de l’offre (Ricardo, Shumpetter), on sait que l’entreprise est ce qui crée des emplois… Alors oui, c’est vrai, le contribuable peut parfois chercher à minimiser sa peine en fonction de la règle imposée. Mais surtaxer tel ou tel type de revenu entraîne l’érosion brutale dudit revenu en fonction de l’adaptation des «victimes». Ce faisant, l’Etat ne fait qu’augmenter la sanction individuelle tout en réduisant l’intérêt collectif.
Cette assertion spontanée s’illustre parfaitement par le célèbre « dilemme du prisonnier » énoncé en 1950 par Albert Tucker, un mathématicien américain qui dirigea pendant 20 ans le département de mathématiques de l’université de Princeton. Un pas de plus vers les modèles proposés par Nash fait d’ailleurs surgir la notion de jeu coopératif ou non-coopératif .
En clair, ils démontrent scientifiquement que la situation économique globale s’aggrave encore plus vite que si tous les acteurs coopéraient intelligemment.
Un bien coûteux hommage public à John Forbes Nash… ou une validation concrète de la courbe de Laffer-Economiste libéral américain-, qui illustre mathématiquement l’adage populaire qui rappelle fort justement que « trop d’impôt tue l’impôt » !
Des idées néfastes qui poussent à une désobéissance civile critiquable. On assiste enfin à une privation de liberté sous l’icône de la solidarité qui devient pourtant sous l’effet du temps un «monument qui se lézarde». Il n’en reste qu’à voir les mouvements de ceux qui ne veulent plus cotiser à la Sécurité Sociale. Cette désobéissance civique est critiquable, elle n’en existe pas moins et témoigne de la situation.
On devrait par réalisme et pragmatisme accepter que chacun puisse choisir son niveau de protection sans qu’on ne lui impose, c’est un des multiples éléments qui fondent la différence entre un non salarié et un salarié.
Nous espérons que les entrepreneurs, plutôt que privilégier (par obligation) l’accumulation de richesses au sein de l’entreprise pour priver le Trésor de recettes et récupérer au terme «leur du» sous la forme d’une cession de ses droits sociaux bien mieux traitées fiscalement et socialement, pourront dans les prochaines années profiter de l’expérience des pays scandinaves. Ils ont déjà fait l’expérience de l’alignement de la taxation des revenus du travail et du capital. Ils en sont revenus en ramenant le taux de l’impôt sur le revenu de 88% à 55% et celui du capital de 72% à 30%, tout en supprimant les niches fiscales et en réintroduisant la taxation des revenus du capital à un taux forfaitaire.
Plus d'articles du même thème
-
La trésorerie prend du galon dans un monde commercial chahuté
L’enquête annuelle "Future of trade" de la banque internationale Standard Chartered table sur une intégration croissante payante des fonctions trésorerie et chaîne d’approvisionnement. -
La BCE attise la flambée des taux
Lors d'une journée de tensions accrues sur le pétrole au Moyen-Orient, les marchés n’ont entendu que le risque haussier pour l’inflation dans la présentation de Christine Lagarde. Cela semble confirmer que la banque centrale est bien dans un cycle de resserrement monétaire. -
Le Nasdaq mise 100 millions de dollars sur Payward, la maison mère de Kraken
Cet investissement renforce le partenariat entre l'opérateur boursier américain et l'infrastructure crypto. Le Nasdaq veut créer ses propres actions tokenisées, dans un nouveau cadre réglementaire.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Amundi dévoile un ETF conçu pour Zenkyoren
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- Gaël Monfils veut devenir gestionnaire de fortune
- Deux anciens d’Iroko lancent un courtier en assurance-vie
- L’aide à mourir questionne la couverture assurantielle du décès
Contenu de nos partenaires
-
LE CONSEIL DE LA SEMAINETaxe sur les holdings : anticipez dès maintenant ! – Le conseil de Thaïs Castang
La loi de finances pour 2026 instaure une nouvelle taxe visant certaines holdings patrimoniales. La mesure s'appliquera aux exercices clos à compter du 31 décembre -
ConfusionMinistre et soutien d'Edouard Philippe, la double casquette qui gêne de plus en plus
En l'absence de règle claire fixée par Sébastien Lecornu, chaque ministre gère comme il peut les questions liées à la campagne présidentielle. Cela fait naître des critiques internes à Renaissance et crée l'embarras quand la préparation du budget commande l'unité -
Sélection, frais d'inscription, étudiants étrangers : un rapport du Sénat veut rétablir « l'excellence » de nos universités
Fin du droit automatique aux études pour les bacheliers, multiplication par cinq des droits d’inscription, affirmation de frais différenciés pour les étudiants étrangers… Un rapport sénatorial publié ce mercredi propose 10 mesures chocs pour rétablir « l’excellence académique » de l’université.