La sélection naturelle approche pour les fintechs
Pas facile, pour les licornes de la finance, de démêler ce qui tient du conte de fées et de l’âpre réalité. Le nouveau régime de taux d’intérêt dans lequel le monde est entré depuis le printemps va permettre d’y voir plus clair. La hausse du coût de l’argent annonce une grande lessive, aussi nécessaire que douloureuse, pour départager les quelques modèles gagnants de la fintech et le cortège des suiveurs qui s’achetaient des croissances à deux chiffres, tirées sur le compte en banque des fonds de capital-risque.
Le buy now pay later (BNPL) illustre à merveille les forces et faiblesses des «disrupteurs». Soit un vieux métier à cheval entre la banque et la distribution, le crédit sur le lieu de vente avec carte revolving, réinventé et modernisé par des acteurs comme Klarna pour coller aux besoins des e-commerçants et des internautes. Des dizaines de start-up ont quasiment créé de toutes pièces, avec un talent marketing indéniable, un marché touchant des consommateurs plus jeunes et féminisés que la moyenne. A la frontière des flux et du crédit, le paiement fractionné ou différé est appelé à se substituer à d’autres formes de financement des dépenses courantes, tel le découvert bancaire. Rien d’étonnant à ce qu’il attire désormais des mastodontes comme Apple, qui ont les moyens de leurs ambitions.
Le retour de la finance traditionnelle
Mais la hausse des taux d’intérêt et celle, probable, du coût du risque, à l’heure où l’inflation dégrade la solvabilité des ménages, sifflent la fin de la récréation pour les plus fragiles. Un temps débordée par l’innovation des nouveaux venus, la finance traditionnelle s’apprête à reprendre ses droits. Des droits fondés sur une base de dépôts stables et bon marché, et sur les devoirs qu’impose la réglementation des établissements de crédit en matière de fonds propres et de gestion du risque. Le buy now pay later portait trop bien son nom : ses promoteurs achetaient aujourd’hui une croissance non rentable, en renvoyant à un horizon lointain leur retour sur investissement. Tous les paramètres de leur modèle économique viennent d’être remis à zéro, en témoigne le plongeon de leurs valorisations.
Une vague de consolidation attend donc le secteur du paiement différé. Mais aussi l’écosystème de la blockchain et des crypto-actifs, ou encore celui du financement participatif, où les fusions sont déjà à l’œuvre. Si la hausse des taux n’y suffit pas, le tour de vis réglementaire achèvera de pousser aux rapprochements. D’ici à quelques années émergera une poignée de leaders solides exerçant leurs activités avec des règles du jeu claires. Tout comme l’explosion de la bulle internet au début des années 2000 a permis de trier le bon grain de l’ivraie et consacré Amazon ou Google. Pour les fintechs, l’heure de la sélection naturelle a sonné, et celle-ci s’annonce passionnante.
Plus d'articles du même thème
-
CDP Venture Capital SGR soutient les start-up de la deeptech italienne
La filiale de la Caisse des dépôts et consignations italienne a investi dans le cinquième fonds du gérant français Jolt Capital, visant à financer la croissance internationale des start-up de la deeptech en Europe. -
Crédit Agricole Assurances fait ses premiers pas dans la finance tokenisée avec Amundi
Le premier assureur de France a réalisé un investissement de 100 millions d’euros dans un fonds tokenisé par le gérant maison. -
Spiko lève 90 millions de dollars en série B
Le leader français des fonds monétaires tokenisés a levé 120 millions de dollars depuis sa création en 2023.
ETF à la Une
BlackRock veut ajouter une catégorie de parts ETF à cinq fonds actifs
- Danfoss réussit une émission obligataire malgré la cyberattaque en France
- Eutelsat bondit en Bourse alors que Starlink réduit ses services en Ukraine
- Ledger fait face à une cyberattaque d'un nouveau genre sur la blockchain
- L’exposition à géométrie variable des banques françaises au risque souverain
- Les banques françaises ne savent pas parler aux femmes
Contenu de nos partenaires
-
My money backL’ombre de Marine Le Pen sur le budget européen
La présidentielle française crée une pression sur le calendrier des discussions devant aboutir à la prochaine trajectoire financière de l’UE -
Tout douxMalmené dans les sondages, Edouard Philippe assume de ralentir le rythme des annonces
Trois études d'opinion entre mercredi et jeudi placent le maire du Havre en situation d'être éliminé au soir du premier tour de la présidentielle. L'intéressé assume pourtant de tenir son rythme. L'heure est à la répétition des mesures déjà connues -
EditorialMouvement du 17 octobre : la convergence des désillusions
Les prolétarisés de tout le pays s'unissent dans un contexte inflammable