Technip, Airbus, Safran et Tereos initient un projet de carburants d’aviation durables à Dunkerque
Les groupes Technip Energies, Safran, Airbus et Tereos ont annoncé mardi leur intention de créer une coentreprise pour la production de carburants d’aviation durables (SAF) à l'échelle industrielle dans le port de Dunkerque. Le projet s’appuiera sur la technologie «alcohol-to-jet» pour produire environ 160.000 tonnes de SAF par an, ce qui en ferait l’une des plus grandes usines de ce type en Europe, ont indiqué les quatre partenaires.
Technip Energies est le développeur principal du projet. Airbus et Safran contribueront à la sécurisation des débouchés commerciaux, en tant qu’acheteurs potentiels de carburant, tandis que Tereos, coopérative agricole française, fournira l'éthanol avancé nécessaire au projet. Cette annonce fait suite à l’attribution par le Port de Dunkerque d’un site industriel à Technip Energies qui lui offrira des avantages logistiques pour le transport des matières premières et des produits, ainsi qu’une procédure d’obtention des permis simplifiée.
Vers une forte hausse de la demande
La création de la coentreprise devrait être finalisée au second semestre 2026. Les quatre groupes doivent encore finaliser leurs accords et sécuriser le financement de la future usine. Ils pourront ensuite considérer une décision finale d’investissement (FID).
«En vertu du règlement « ReFuelEU Aviation » de l’Union européenne, les obligations d’incorporation de SAF augmenteront progressivement pour atteindre 6% d’ici 2030 et 70% d’ici 2050, entraînant une multiplication par huit de la demande entre 2030 et 2050», rappellent les partenaires dans leur communiqué.
Une offre largement insuffisante
L’offre insuffisante de SAF compromet cependant les objectifs de neutralité carbone du secteur à l’horizon 2050. Dans un communiqué publié le week-end dernier, l’Association internationale du transport aérien (Iata) prévoit une production mondiale de SAF de 2,4 millions de tonnes en 2026, ce qui correspond à seulement 0,8% de la consommation totale de carburant aérien, à un coût évalué à 4,3 milliards de dollars pour les compagnies. Selon Willie Walsh, directeur général de l’Iata, «la trajectoire pour atteindre 65% de nos besoins en 2050 devient chaque année plus difficile, en raison de politiques gouvernementales mal séquencées et du manque manifeste d’intérêt des compagnies pétrolières».
L’Association met également en exergue les limites des carburants de synthèse (e-SAF), produits à partir d’électricité renouvelable, d’hydrogène vert et de dioxyde de carbone (CO2). L’Union européenne et le Royaume-Uni ont fixé un objectif d’environ 0,6 million de tonnes de carburant de synthèse d’ici à 2030. Mais pour ce type de carburant, la capacité mondiale actuelle – en exploitation et en construction – est trente fois plus basse, avec un seul site opérationnel. Il faudrait environ 20 raffineries de grande capacité pour atteindre cet objectif qualifié de «totalement irréaliste» par Marie Owens Thomsen, économiste en chef de l’Iata. «Imposer des obligations avant même que la production ne soit viable est une stratégie risquée qui ne fera qu’augmenter les prix», souligne l’économiste.
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