Pour une économie alignée avec le réel : l’urgence de basculer vers l’usage

Dans cette tribune collective, les auteurs montrent que l'économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) constitue une alternative crédible, compétitive, opérationnelle et rentable à l'économie traditionnelle.
Tribune collective
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 -  Image OpenClipart-Vectors/Pixabay

“Sans matières premières critiques, pas de transition énergétique, pas de compétitivité, pas d’autonomie stratégique. Malheureusement, la situation est grave tant nous dépendons aujourd’hui d’une poignée de pays tiers pour l’approvisionnement de ces matières.”. C’est le constat sans appel de Keit Pentus-Rosimannus, membre de la Cour des comptes européenne lors de la présentation de leur rapport accablant le 2 février dernier.

Tensions géopolitiques, dépendance aux pays extracteurs, volatilité des marchés de l’énergie et risques de rupture d’approvisionnement montrent que la question n’est plus seulement environnementale : elle est avant tout stratégique.

Ignorer cette réalité, c’est tuer tout espoir de souveraineté future. Ignorer cette réalité, c’est sacrifier la compétitivité sur l’idéologie d’une économie extractiviste et linéaire. C’est dans ce contexte que l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) constitue une alternative crédible, compétitive, opérationnelle et rentable. Son principe est clair : passer de la vente d’une propriété à la vente d’un usage et éco-concevoir les produits pour multiplier leurs vies ainsi que celles de leurs composants stratégiques pérennes.

Les avantages socio-économiques sont nombreux et crédibles. En amont, rentabilité découplée de l’extraction, création d’emplois non-délocalisables à forte valeur ajoutée et réindustrialisation. En aval, amélioration du pouvoir d’achat des consommateurs en permettant l’accès à des produits de meilleure qualité au plus grand nombre - acheter un usage sur une durée définie se révèle souvent moins onéreux que la possession.

Réforme du système comptable

Sur le terrain quelques entreprises pionnières ont commencé à transformer leur modèle d’affaires en comprenant qu’il se jouait là un avantage comparatif majeur. Aujourd’hui, elles sont rejointes par de plus en plus d’entreprises dans toutes les filières. Mais pour passer à l'échelle et inscrire cette nouvelle compétitivité sur les territoires, les acteurs économiques et financiers ont besoin d’un cadre incitatif à l’innovation.

Réformer notre système comptable pour sortir de la prime au neuf est l’une des priorités. Il est aberrant et erroné de continuer de déprécier mécaniquement la valeur des matières premières pérennes - cuivre, nickel, inox, néodyme, acier… - sur des périodes courtes alors qu’elles peuvent par nature être réutilisées indéfiniment. Ce biais comptable incite les industriels à privilégier le « Design To Cost », c’est‑à‑dire des produits non démontables, non réparables et non récupérables. Un gaspillage massif de ressources stratégiques et d’argent, sans parler de la pression insupportable sur le vivant.

L’innovation du siècle ne sera pas une technologie miraculeuse, mais une transformation structurelle. Une économie qui reconnaît enfin que la prospérité dépend d’abord de la préservation de ce qui la rend possible, en choisissant un nouvel objectif : diviser par 2 notre empreinte matières d’ici 2050 tel que le prône l’Ademe. En un mot, passer de l’obsolescence programmée à la pérennité programmée.

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Soutien politique

Un objectif partagé par de plus en plus de parlementaires et acteurs économiques qui proposent des politiques publiques pour créer un effet d’entraînement et fournir un cadre à même de soutenir les bonnes pratiques des entreprises et financiers. Au Sénat comme à l’Assemblée nationale, les actions se multiplient ces dernières années : amendements aux projets de lois de finances, lois TECV, AGEC, Climat & Résilience ou encore Industrie Verte, mais aussi groupes d’études, rapports d’informations et questions écrites - commande publique, souveraineté énergétique, etc.

Une nouvelle économie ne verra le jour que par l’action conjointe des entreprises, financeurs, consommateurs et pouvoirs publics. La bonne nouvelle ? L’EFC met tout le monde d’accord comme l’a démontré la présence de parlementaires de tous bords politiques au Colloque organisé par le C3D du 5 février dernier et la création de l’association « Pérennité Programmée Circulaire » mercredi 11 mars dernier. Des annonces qui pourraient bien inspirer les décideurs politiques lors de la prochaine campagne présidentielle.

Cette tribune a été élaborée par :

· Laurent Babikian, consultant modèles d’affaires à faible empreinte matières

· Eléonore Blondeau, experte industrie circulaire

· Fabrice Bonnifet, président GenAct et C3D

· Christian Bruère, Co-président de l’Association pour la Pérennité Programmée Circulaire

· Stéphanie Flacher, experte en financements

· Luce Gramond et Hugo Cartals, cofondateurs de Greenlobby

· François-Michel Lambert, fondateur de l’Institut National de l’Economie Circulaire

· Célia Rennesson, cofondatrice du Réseau Vrac et Réemploi

· Luc Teerlinck, Fondateur We Play Circular et Swoop

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