Abus de droit boursier
Bolloré a-t-il décidé de prendre le contrôle total de Vivendi sans en payer le prix, grâce à l’autorisation que viennent de lui donner les actionnaires du groupe de médias de lancer une offre publique de rachat d’actions (OPRA) à 25 euros par titre au plus, dans la limite de 25% du capital ? Bon nombre de minoritaires le redoutent et ils n’ont pas tort.
Rappelons d’emblée que la résolution présentée par Vivendi en assemblée générale n’a obtenu qu’une très courte majorité, 67,71% des votants, soit à peine plus que les deux-tiers nécessaires.
Ce qui signifie, compte tenu du quorum, 67%, que près d’un quart des actionnaires sont contre l’opération que, il est vrai, la direction de Vivendi n’a jamais expliqué véritablement.
Il n’a échappé à personne que cette autorisation a été demandée alors que le groupe, via la cession de 50% du capital d’Universal, aura bientôt beaucoup de cash disponible, dix milliards de dollars au bas mot, pour rémunérer ses actionnaires, au premier rang des desquels Bolloré.
Celui-ci est largement dominant avec 26,28% des titres et 28,5% des droits de vote.
A partir de là, plusieurs scénarios sont possibles selon la valeur de marché d’Universal, et aucun n’est perdant pour Bolloré.
L’un d’eux, en cas de valorisation élevée, pourrait l’inciter, s’il le désire, à se renforcer à bon compte au capital de Vivendi, quitte à franchir largement le seuil des 30% du capital et des droits de vote.
L’AMF lui ayant déjà accordé une dérogation à l’obligation de lancer une offre publique dans un cas semblable, celui d’Havas en 2012, la tentation sera forte de recommencer.
Le règlement général de l’AMF ne permet-il pas l’octroi d’une dérogation à l’obligation de lancer une OPA si le franchissement du seuil réglementaire, abaissé aujourd’hui à 30%, résulte d’une « réduction du nombre total de titres de capital ou du nombre total de droits de vote existant dans la société visée » ?
Si Bolloré récidive, l’AMF devrait cette fois y mettre le holà.
Non pas parce que l’homme est un spécialiste de la prise de contrôle rampante ; mais parce que dans ce cas très caractéristique de son fonctionnement, il ne s’agit pas seulement de conforter ses intérêts propres mais aussi de léser les droits des tiers, à savoir les minoritaires.
C’est la définition même de l’abus de droit. Il appartient au régulateur boursier de le rappeler sans faiblesse à l’intéressé.
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