TotalEnergies tutoie les sommets malgré la baisse du pétrole
Les planètes ne semblent pas vraiment alignées pour le groupe pétrolier. Pourtant TotalEnergies a établi un nouveau record de plus de 15 ans la semaine dernière, à 59,15 euros. Le titre a grimpé de 4% depuis début novembre et de 17% en cinq mois. Une performance à rebours de celle du cours du pétrole Brent qui baisse de 23% depuis juin dernier et a abandonné 8% depuis début novembre.
Dans le même temps, le gouvernement britannique a en outre annoncé une augmentation de 25% à 35% du taux de sa taxe sur les «superprofits» des producteurs d’hydrocarbures et son prolongement de trois ans, jusqu’en 2028. La facture liée à cet impôt exceptionnel, qui devrait coûter environ 1 milliard de dollars à TotalEnergies en 2022, devrait ainsi encore s’alourdir l’année prochaine et les suivantes, toutes choses égales par ailleurs. Selon UBS, elle pourrait amputer le bénéfice net par action du groupe de 4% l’an prochain, soit de l’ordre de 1,5 milliard de dollars sur les 37 milliards de dollars de profit net anticipés par la banque suisse pour 2023.
Rattrapage en cours
Comment, dans ce contexte, expliquer la solide performance boursière de TotalEnergies ? D’abord, «l’action n’est pas corrélée au prix du pétrole spot mais bien plus aux futures à deux ou trois ans», explique Bertrand Hodée, analyste chez Kepler Cheuvreux. Le cours du Brent pour livraison en décembre 2024 est en effet beaucoup moins sous pression. Il est stable depuis le début du mois et perd moins de 12% depuis juin. Surtout, la récente hausse de l’action tient à un effet de rattrapage selon Ahmed Ben Salem d’Oddo BHF : «le titre a sous-performé ses pairs depuis la crise russe au point de se payer avec une décote alors qu’il mérite une prime». Une analyse partagée par Bertrand Hodée. «La tendance s’est inversée en septembre après la tenue par l’entreprise d’un très bon capital market day. Les dirigeants se sont notamment engagés sur un solide retour à l’actionnaire (compris entre 35-40% du cash flow operationnel) alors que les investisseurs américains s’inquiétaient de l’impact sur le dividende, payé en euro, de l’appréciation du dollar. L’annonce du paiement d’un coupon exceptionnel de 1 euro en décembre permet de plus que compenser cet effet», décortique le spécialiste de Kepler Cheuvreux.
Porté par le GNL
La publication de solides comptes trimestriels fin octobre a également rassuré les investisseurs. Les résultats du groupe ont été portés par «une performance exceptionnelle de l’activité de gaz naturel liquéfié (GNL), qui pourrait se répéter au cours des prochains trimestres», estime Bertrand Hodée. TotalEnergies bénéficie d’une position favorable dans le domaine. Ses contrats d’enlèvement de GNL sont supérieurs à ceux de livraison ce qui lui permet de vendre «beaucoup de gaz sur le marché spot à des prix élevés», explique l’analyste.
Autant de succès qui ne sont pas de nature à éteindre la polémique sur la taxation des superprofits en France. L’Institut des politiques publiques a d’ailleurs publié jeudi une étude remettant en cause l’estimation de ce que devrait rapporter la contribution exceptionnelle européenne sur les raffineurs au niveau hexagonal, l’estimant à au moins 3 milliards d’euros contre… 200 millions selon Bercy. De son côté, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a indiqué sur LCI que la facture pour son groupe avoisinerait 150 millions d’euros en France.
{"title":"","image":"296377»,"legend":"","credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
L'Europe est sous la menace du rebond des prix du gaz
Alors que la Chine a commencé à reconstituer ses stocks de gaz et que ceux de l'Europe sont au plus bas, les conditions sont réunies pour pousser les prix à la hausse en l'absence d'accalmie dans le Golfe. -
Yanara lève 150 M€ auprès de Mirova pour accélérer sa croissance en Australie
Cette première levée de fonds dédiée au marché australien doit accélérer l’expansion du groupe dans un secteur porté par la transition énergétique du pays. -
Eni renforce sa présence scandinave dans les hydrocarbures
Vår Energi, détenu à 63% par l’énergéticien italien, prépare une offre en cash et en titres sur son compatriote norvégien BlueNord qu’il valorise 1,33 milliard de dollars.
ETF à la Une
La Corée du Sud suspend la cotation des ETF à effet de levier
- Les créanciers d’Altice International contre-attaquent
- L'Europe se prépare à alléger les exigences en capital de ses banques
- Axa sort du capital d’Ardian au profit des Assurances du Crédit Mutuel et de Wafra
- Le secteur du luxe amorce une reprise au deuxième trimestre
- Le secteur technologique donne des signes de craquements en Bourse
Contenu de nos partenaires
-
UltimatumMonique Barbut va présenter sa démission à Emmanuel Macron
La ministre de la Transition écologique a annoncé mardi soir, devant plusieurs médias dont l'Opinion, qu'elle présenterait sa démission au chef de l'Etat. En cause : le refus du gouvernement de revenir sur la réintroduction encadrée de l'acétamipride dans la loi agricole -
RemaniementSNCF : Jean Castex impose sa marque en remaniant la direction de SNCF Voyageurs
Le patron du groupe ferroviaire souhaite « impulser une nouvelle dynamique » chez sa filiale. En interne, Jean Castex défend une autre conception de la décentralisation des activités de sa filiale -
Bras de ferGuerre en Ukraine : les anciens contre les modernes
Le départ du ministre de la Défense Mikhaïlo Fedorov, en conflit sur des choix stratégiques avec le commandant en chef des armées Olexandr Syrsky, a provoqué des manifestations d’ampleur