Le pétrole américain, la croissance éternelle ?
Depuis 2015, les Etats-Unis se sont imposés comme la première puissance pétrolière mondiale. En 2024, leur production atteint un niveau record de plus de 20 millions de barils par jour selon l’Energy Institute, soit presque le double de l’Arabie Saoudite (10,9 mb/j) et de la Russie (10,8 mb/j). Ils sont aussi les premiers exportateurs mondiaux de brut, avec des volumes supérieurs de 30 % à ceux de Riyad. Cette position dominante contraste avec la situation d’avant 2008, où le pays dépendait encore massivement des importations.
L’essor du pétrole de schiste a radicalement changé la donne. Entre 2005 et 2024, la production américaine est passée de 6,9 mb/j à plus de 20 mb/j, soit quasiment un triplement en deux décennies et une croissance annuelle moyenne de 5,5%. Cette expansion a transformé les équilibres mondiaux : alors que les importations américaines culminaient à près de 13,6 mb/j en 2007, elles sont d’environ 8 mb/j aujourd’hui, tandis que les exportations américaines atteignent presque 10 mb/j.
La moitié du brut américain dans le Permian
Le succès repose sur les caractéristiques propres à l’exploitation du pétrole de schiste. Les délais de mise en production sont courts : trois à six mois entre l’investissement et le premier flux, contre trois à cinq ans pour un projet offshore. Les coûts sont très hétérogènes mais compétitifs dans les meilleures zones du bassin Permien, ou Permian, il sont de 40 dollars/baril, même si le seuil dépasse 60 dollars/baril dans le Bakken. La contrepartie est un déclin accéléré des puits, dont la production chute parfois de moitié en moins de deux ans et s’étend rarement au-delà de trois ans.
Ce handicap n’a pas empêché la hausse rapide de la production. Celle-ci a même dépassé toutes les attentes en raison d’une très forte croissance de la productivité par forage. Le nombre de plateformes pétrolières, qui frôlait les 900 en 2018, est tombé à environ 500 en 2024, mais la production nationale a progressé de plus de 30% depuis ce pic. La production moyenne par forage actif a donc plus que doublée en six ans. Le Permian concentre désormais 48% du brut américain, contre 13% en 2005, illustrant le rôle clé de ce bassin devenu l’épicentre de la révolution pétrolière américaine.
L’EIA reconnaît elle-même avoir sous-estimé la trajectoire de la production américaine. Entre 1994 et 2021, ses projections de production de brut ont été sous-estimées dans 68% des cas.
Infléchissement
La question est désormais celle de la soutenabilité. Avec la hausse des taux, l’endettement pèse plus lourdement qu’auparavant, réduisant la flexibilité financière des producteurs. La discipline financière s’impose : la priorité est passée de la croissance des volumes à la création de valeur. Parallèlement, l’inflation américaine renchérit durablement les coûts d’exploitation : main-d’œuvre, machines, intrants. Enfin, les gisements les plus rentables s’épuisent, contraignant à exploiter des sites moins productifs et donc aux points morts plus élevés, souvent au-delà de 60 dollars le baril.
Dans ce contexte, la croissance future dépendra aussi de la stratégie de l’Opep. Si le cartel inondait le marché, une phase prolongée de prix bas pourrait affecter durablement les producteurs américains. Le miracle du schiste a redessiné la carte énergétique mondiale en deux décennies mais face à l’accumulation de contraintes financières, géologiques et géopolitiques, il se pourrait que la croissance de la production, jusqu’ici insolente, finisse par s’infléchir.
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Le dirigeant chinois lui a aussi promis l’achat de 200 «gros» Boeing, a-t-il dit. C’est considérable, mais moindre que la commande de 500 avions monocouloirs 737 MAX et d’une centaine de gros porteurs (787 Dreamliner et 777) évoquée par la presse depuis des mois. La Chine est un partenaire stratégique et économique primordial pour l’Iran qui lui destine la grande majorité de ses exportations de pétrole. Elle est directement touchée par la quasi-fermeture, sous l’effet des blocus iranien et américain, du détroit d’Ormuz par lequel transite une grande part de ses acquisitions d’hydrocarbures, d’Iran mais aussi d’autres pays du Golfe. L’Iran a annoncé jeudi, en plein sommet pékinois, que ses forces avaient autorisé le passage de plusieurs navires chinois. Washington voudrait voir Pékin user de son influence sur Téhéran pour contribuer à une sortie de crise dans le Golfe. Tout en s’employant diplomatiquement, Pékin a observé jusqu'à présent une grande retenue. «Nation en déclin» C’est l’un des sujets de crispation que le sommet est destiné à atténuer, sinon à dissiper. Ils abondent: Iran donc, Taïwan, relations commerciales, restrictions d’accès aux terres rares et aux semi-conducteurs, intelligence artificielle et propriété intellectuelle... Ils se sont manifestés ouvertement jeudi avec une mise en garde vigoureuse du président chinois quant au risque de «conflit» entre Chine et Etats-Unis au sujet de Taïwan. Les propos de M. Xi ont dominé le premier jour de la visite. La compétition - stratégique, commerciale, technologique - est extensive et la Chine semble miser sur un déclin des Etats-Unis, subtilement évoqué par Xi Jinping lui-même lorsqu’il a cité l’historien de l’Antiquité grecque Thucydide, théoricien du risque de guerre lorsqu’une puissance émergente entre en rivalité avec une puissance dominante. M. Trump a répondu jeudi soir dans un message sur sa plateforme Truth Social. «Le président Xi a fait très élégamment référence aux Etats-Unis comme étant peut-être une nation en déclin», a-t-il dit. Mais selon lui, l’homme fort de Pékin avait à l’esprit les Etats-Unis de son prédécesseur Joe Biden, pas l’Amérique actuelle. «Il y a deux ans, nous étions effectivement une nation en déclin. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont le pays le plus génial de la planète», a-t-il dit. «Stabilité constructive» Depuis le retour de M. Trump à la Maison Blanche, Chine et Etats-Unis se sont livré une âpre guerre commerciale aux répercussions planétaires, à coups de droits de douane exorbitants et de restrictions multiples. MM. Trump et Xi ont conclu une trêve en octobre et, depuis, la Cour suprême américaine a mis à bas les droits de douane généralisés de l’administration Trump. Mais le cessez-le-feu commercial reste exposé à l’instauration de nouvelles surtaxes américaines envisagées par le républicain. Actuellement, l'économie mondiale et la Chine ressentent les effets de la guerre menée par M. Trump avec Israël contre l’Iran. M. Xi a réaffirmé jeudi le vœu chinois de certitude et de prévisibilité dans un monde en proie aux turbulences. Lui et M. Trump se sont entendus pour désigner désormais les rapports sino-américains comme une «relation de stabilité stratégique constructive», selon la diplomatie chinoise. Le président chinois a promis d’ouvrir «toujours plus grand» la Chine aux entreprises étrangères. Avec l’excédent commercial chinois, les pratiques déloyales ou les violations de propriété intellectuelle imputées à la Chine, les obstacles à l’accès au marché chinois sont l’un des grands griefs des Etats-Unis, comme d’autres pays développés, à l’encontre de Pékin. M. Trump a emmené avec lui une importante délégation de grands patrons. 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