L’inflation va mettre les investisseurs devant de multiples dilemmes
La flambée des prix et les hausses de taux qu’elle va entraîner pourraient provoquer des réactions imprévisibles de la part des différents agents économiques. L’analyse de William de Vijlder, directeur de la recherche économique, BNP Paribas.
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William De Vijlder
William de Vijlder, directeur de la recherche économique, BNP Paribas.
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Dans la plupart des pays développés, l’inflation atteint un niveau exceptionnellement élevé. Elle est très étendue – elle touche la grande majorité des composantes de l’indice des prix à la consommation – et, de surcroît, persistante, comme le montrent des analyses statistiques. Elle devrait donc mettre du temps à retrouver un niveau en ligne avec l’objectif des banques centrales.
Dans un premier temps, les actions des banques centrales seront applaudies. Les ménages se plaignent en effet de la pression qu’exerce la forte hausse des prix sur leur pouvoir d’achat. Aux Etats-Unis comme en zone euro, ce facteur explique la chute de la confiance des consommateurs, un développement qui est préoccupant pour la dynamique future des dépenses. Les entreprises se plaignent, quant à elles, de la hausse du prix des intrants, des délais de livraison qui restent longs et de la pénurie de main-d’œuvre.
Aux Etats-Unis, le ratio entre offres d’emploi et demandeurs est anormalement élevé, ce qui entraîne une forte accélération de la croissance des salaires. Jusqu’à présent, les entreprises ne rencontrent pas trop de difficultés à répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs prix de vente : la demande est soutenue, le carnet de commandes bien garni, l’élasticité de la demande par rapport aux prix est faible. Mais cela ne devrait pas durer. L’objectif d’une politique monétaire moins accommodante est en effet de freiner la croissance de la demande et de réduire la transmission de la hausse des coûts aux prix de vente.
Dans un second temps, les actions des banques centrales seront donc remises en cause. Déjà, on voit poindre plusieurs dilemmes. D’abord, la Réserve fédérale devra choisir entre procéder à une énième remontée des taux, au risque de provoquer une récession, ou ne rien faire de plus au risque que l’inflation ne baisse pas assez. De façon moins aiguë, la BCE sera confrontée à des questions similaires.
Investir ou attendre ?
Pour les investisseurs en obligations du secteur public, la question est de savoir quand entrer sur les marchés. Les points morts d’inflation étant déjà élevés, le risque d’une hausse supplémentaire importante paraît limité. En revanche, si les banques centrales créaient la surprise en resserrant plus qu’attendu actuellement par les marchés, les taux longs pourraient encore augmenter.
Les investisseurs en actifs risqués (actions, obligations d’entreprise) doivent choisir entre un scénario dans lequel l’inflation commence à baisser nettement – provoquant une chute des anticipations inflationnistes, et donc des taux longs, et une révision à la baisse des perspectives de resserrement monétaire – et celui d’une montée du risque de récession à la suite d’une politique monétaire américaine très restrictive. Enfin, les entreprises et ménages sont confrontés à un autre dilemme : investir ou consommer, en tablant sur un atterrissage en douceur, ou attendre d’y voir plus clair au risque de contribuer à l’essoufflement de l’activité.
Ces différentes alternatives ont comme point commun la nécessité d’appréhender l’évolution future du couple inflation-croissance. L’inflation baissera-t-elle suffisamment vite et le ralentissement de croissance sera-t-il assez limité ? Ou faut-il craindre un scénario de stagflation avec une chute de la croissance et une inflation qui reste élevée ? Nous ne tablons pas sur ce dernier scénario – le consensus des économistes non plus – mais il faut garder à l’esprit son éventualité.
Scruter les réactions des agents économiques à ces multiples dilemmes est particulièrement important en raison des influences réciproques – un pessimisme grandissant concernant les perspectives de croissance pèserait, par exemple, sur l’investissement et la Bourse, ce qui ferait baisser les taux longs. Mais également parce qu’elles peuvent conduire à des comportements non linéaires lorsque la probabilité de l’un ou l’autre scénario monte fortement.
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