L’inflation américaine surprend encore à la hausse
Les indices boursiers ont d’abord réduit leur progression - ou débuté en baisse aux Etats-Unis - mercredi après la publication d’une inflation américaine supérieure aux attentes. Avant de repartir à la hausse (+1,59% pour l’Euro Stoxx 600 et +0,94% pour le S&P 500) en même temps que les taux diminuaient… Un nouveau signe que les marchés sont autant perplexes sur la capacité de la Fed à contenir la hausse des prix que sur le sens de cette surprise statistique.
L’indice des prix à la consommation (CPI) américain a certes ralenti en avril, pour la première fois depuis août 2021. Il atteint +0,3% sur un mois après un bond de +1,2% en mars, et à +8,3% sur un an après +8,5% en mars, d’après les chiffres publiés mercredi par l’US Bureau of Labor Statistics (BLS). Principal facteur de hausse en mars, l’énergie a aussi tiré la baisse en avril, avec -2,7% sur un mois (+30,3% sur un an) et -6,1% sur un mois pour l’essence. Mais l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) a continué d’accélérer à +0,6% en rythme mensuel (+6,2% sur un an). Elle s’inscrit au-dessus des attentes, ce qui laisse penser que le ralentissement global est temporaire.
«Depuis le Covid, nous séparons l’analyse de l’inflation sous-jacente entre la partie liée à la réouverture de l'économie et la partie ‘super-core’», rappelle Raphaël Gallardo, chef économiste de Carmignac. Concernant la première, le prix des voitures d’occasion a poursuivi sa baisse (-0,4% sur un mois), mais celui des voitures neuves est remonté plus fort (+1,1%), comme celui des services de loisirs (+0,4%), auxquels s’ajoutent les transports non individuels comme les billets d’avion (+18,3%)… Concernant l’inflation super-core, la baisse sur les biens durables comme les vêtements (-0,8% sur un mois) est compensée par la poursuite de la hausse des loyers, qui comptent pour 33% dans l’indice avec l’équivalent loyers des propriétaires, et des autres services : santé, éducation, ménages… «Cette inflation structurelle n’accélère plus, mais sans baisser non plus. Elle contribue à elle seule à dépasser la cible de la Fed en rythme annuel (+2,1%), tout en bénéficiant pour les biens durables à la fois de la force du dollar et de stocks qui avaient été reconstitués, poursuit Raphaël Gallardo. Le président Joe Biden pourrait couper une partie des tarifs douaniers sur la Chine avant les ‘mid-terms’, mais potentiellement en même temps que l’effet retard des confinements chinois sur l’approvisionnement…»
Plutôt plus de pression
L'économiste craint également que les cours du pétrole n’intègrent pas encore les risques de hausse liés à un embargo sur le carburant russe, ou une interdiction d’assurer les tankers qui permettent de l’acheminer vers d’autres destinations. Malgré des chiffres conformes à ses prévisions, le chef économiste d’ING, James Knightley, estime aussi que le mouvement sur les prix de l’énergie «sera complètement inversé le mois prochain étant donné que l’essence est de retour à des sommets historiques (…). Nous pensons que mars 2022 aura marqué le pic de l’inflation annuelle (…), mais nous demeurons inquiets de l’impact de l’essence et des pressions croissantes sur les prix dans les services», note-t-il.
«A moins d’un très net ralentissement sur le marché du crédit, la Fed est désormais en ‘pilote automatique’ sur sa trajectoire de hausses des taux : deux fois 50 points de base (pb) en juin et en juillet, puis vers le taux neutre de 2,50% ou plus si l’inflation ne reflue pas vers la cible, ajoute Raphaël Gallardo. Pour l’instant, on n’y est pas : les profits, l’emploi et les capacités d’investissement vont ralentir, mais sans freiner brutalement la consommation.»
Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier, donne rendez-vous au 27 mai pour la publication des prix des dépenses des ménages, l’indice PCE. «Pour que l’environnement de marché s’améliore, nous devons observer un pic de l’inflation décisif et des signes convaincants indiquant qu’elle revient à des niveaux plus acceptables (…). Certains signes avant-coureurs semblent émerger : en plus de la croissance plus modérée des salaires dans le rapport du 6 mai, l’inflation des prix a cessé de s’accélérer, mais nous ne voyons pas encore de signes de modération des pressions sur ces prix sous-jacents, ce qui serait nécessaire pour que la Fed devienne moins agressive», commente-t-il. Au contraire, James Knightley juge même que la situation intensifie la pression pour pousser les hausses de 50 pb jusqu’en novembre au moins.
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