L’inflation américaine vole de records en records
L’indice des prix à la consommation (CPI) a encore augmenté en mars aux Etats-Unis pour atteindre 8,5% sur un an, un nouveau sommet depuis 1981 après 7,9% en février, selon les chiffres publiés mardi par l’US Bureau of Labor Statistics (BLS). Sur un mois, l’inflation a crû de 1,2% en mars, après 0,8% en février, également la plus forte augmentation mensuelle depuis 2005.
Mais cette hausse de l’indice pouvait difficilement surprendre tant on savait qu’il serait titré par la flambée des prix de l’énergie et de l’alimentation. Avec +11% sur un mois et +32% sur un an (et une pondération de 7,5% dans l’indice global), l’énergie représente toujours le principal facteur de hausse. A elle seule, l’essence voit son prix bondir de 18,3% sur un mois et 48% sur un an. L’impact aurait dû s’atténuer à partir du mois prochain, du fait d’un effet de base par rapport à 2021, sans la guerre en Ukraine. Les prix de l’électricité, qui avaient commencé à caler en février (-1,1%), sont repartis à la hausse en mars (+2,2%). Les prix de l’alimentation ont représenté un autre moteur de l’inflation, avec une hausse de 1% sur un mois et 8,8% sur un an.
Les effets de «second tour» sont désormais évidents sur un an avec une inflation CPI sous-jacente (hors énergie et alimentation) de 6,5%. Mais celle-ci «a été inférieure de 0,1% aux attentes et n’a augmenté que de 0,3% d’un mois à l’autre – un plus bas depuis septembre -, ce qui suggère un léger relâchement des pressions inflationnistes en mars», remarque Erik Norland, économiste senior chez CME Group. Le prix des voitures d’occasion, très suivi en 2021, a baissé de -3,8% sur un mois, après -0,2% en février (+35,3% sur un an) – et même de -5,4% sur deux derniers mois pour l’indice Mannheim. Le BLS signale encore des problèmes d’approvisionnement dans divers secteurs, maisles prix desbiens durables plus globalement commencent à diminuer pour la première fois depuis juin 2020.
Les prix des services de base ont continué à grimper, de +0,6% sur un mois, la plus forte augmentation mensuelle depuis août 1992, et 4,7% sur un an. Ils sont tirés sur ce mois par les transports et toujours par le logement qui pèse pour 33% de l’indice et verra petit à petit les variations à l’achat se répercuter sur celles à la location.
«Pricing power»
La guerre russo-ukrainienne conduira donc à un pic d’inflation plus élevé, a priori dans les tout prochains mois, mais aussi à une très lente descente pour la fin d’année. «Les pressions sur les coûts restent intenses et les entreprises ont un pouvoir de fixation des prix (…), même les petites entreprises, pour l’instant en mesure de les répercuter sur les clients. Une petite augmentation du taux annuel est encore possible, mais nous espérons que le pic du CPI est proche», note James Knightley, chef économiste d’ING. Il craint des pressions salariales sur un marché de l’emploi toujours très tendu, même si la hausse des salaires a plutôt calé en février et en mars.
La spécialiste des Etats-Unis chez Oxford Economics, Kathy Bostjancic, prévoit «une hausse globale des prix à la consommation pour atteindre un pic proche de 9% en mai, puis pour terminer l’année toujours au-dessus de 5%».
Les pressions sur les prix confortent les anticipations des marchés de swaps de taux selon lesquelles la Fed augmentera désormais le taux directeur de 50 points de base (pb) à chacune des réunions de mai, juin et juillet, pour un resserrement d’au moins 200 pb cette année. Pour autant, les rendements des Treasuries ont reculé après la parution des statistiques, de 2,84% à 2,71% à 10 ans et de 2,56% à 2,36% à 2 ans.
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Les gouverneurs de la BCE s’inquiètent des effets de «second tour» de l'inflation
A l’image du chef économiste Philip Lane, les dirigeants de la banque centrale ont cherché à justifier à la fois la première hausse de taux de juin et la deuxième attendue assez rapidement par les marchés. -
La Banque d’Angleterre patiente face à l'inflation
Par sept voix contre deux, le comité de politique monétaire de la BoE a maintenu son taux à 3,75%. Il a préféré ne pas anticiper les effets de second tour du choc énergétique, notamment à cause des taux d’intérêt bancaires déjà élevés.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
- Nickel lance un compte pour les pros
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027