L’impasse monétaire
Ne parlez plus d’atterrissage en douceur de l’économie, mais d’atterrissage «mou». Le «soft landing» est devenu «softish» dans la bouche de Jerome Powell, commandant de bord de la Réserve fédérale américaine.
Rien d’étonnant à ce que les passagers du vol vers le resserrement monétaire s’interrogent sur la capacité de l’équipage à leur faire traverser sans heurts les turbulences actuelles. Les marchés actions et obligations mondiaux, qui ne bénéficient plus de la ceinture de sécurité de la Fed au premier trou d’air, commencent, eux, à croire au crash économique.
Les banques centrales n’ont pourtant fait qu’esquisser la remontée des taux d’intérêt. Elles auront bien du mal à la porter aussi haut que lors des précédents épisodes de lutte contre l’inflation. La Banque d’Angleterre, dans la posture la plus délicate, a été la première à le reconnaître. Ses membres sont divisés sur la marche à suivre : accélérer ou freiner le rythme des prochains tours de vis. En évoquant le risque de récession lors de sa dernière réunion, l’institution valide la thèse selon laquelle l’économie britannique n’est pas en mesure de supporter une politique plus agressive.
Outre-Atlantique, Neel Kashkari, le président de la Fed de Minneapolis, fait peu ou prou le même aveu : il faudra en passer par une contraction du produit intérieur brut pour rééquilibrer l’offre et la demande, si le retour à la normale des chaînes d’approvisionnement ne permet pas un ajustement naturel.
Impuissance
Ce discours est encore difficile à assumer pour les banquiers centraux. Ils doivent convaincre de leur aptitude à endiguer la flambée des prix, se défendre de tout laxisme alors que le retour de l’inflation réveille les monétaristes, mais n’ont guère de prise face à un choc exogène qui touche en premier lieu les matières premières. Ni la Fed, ni la BCE, ni la Banque d’Angleterre ne peuvent fabriquer de semi-conducteurs, convaincre Pékin d’arrêter sa politique zéro-Covid ou ramener la paix en Ukraine.
Forcer une récession et comprimer la demande pourrait, à court terme, atténuer certaines pressions inflationnistes – comme sur les salaires aux Etats-Unis – mais ne résoudrait en rien les déséquilibres structurels que cette crise met au jour. La re-régionalisation des échanges, les transitions énergétique et technologique, imposent des investissements massifs pour soutenir l’offre et transformer les capacités de production. Ce processus de long terme nécessitera de mobiliser les ressources des Etats, déjà très endettés, des entreprises, des épargnants, et de l’industrie financière. Et interdira donc de mener une politique monétaire inutilement restrictive.
Plus d'articles du même thème
-
Le dollar accompagne la hausse du pétrole
Le billet vert peut régulièrement se recorréler au cours du pétrole, cette fois-ci davantage en lien avec les pressions inflationnistes aux Etats-Unis que pour son rôle de valeur refuge. Mais cette "recorrélation" avec le cycle monétaire n’est par définition pas forcément durable. Surtout si les autres banques centrales remontent aussi leurs taux. -
Le crédit résiste encore en zone euro
La croissance annuelle des prêts bancaires aux entreprises a très légèrement ralenti en août (+4,2% après +4,4% en juillet). Les chiffres restent inférieurs aux moyennes historiques, alors que les taux remontent assez fortement à court et moyen terme. -
L’inquiétante correction des marchés de taux
Les facteurs de risque s’enchaînent pour faire monter les taux longs un peu partout dans le monde. Et s’il est davantage question de désorientation du marché que de véritable krach obligataire, il reste difficile d’anticiper une inversion du mouvement.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'OpinionPrésidentielle : « La modération est devenue inaudible »
Face à une succession de crises, la quête de protection des Français bouscule le jeu politique, poussant les partis traditionnels à imiter les extrêmes à l'approche du scrutin -
Crise des carburants : d'où vient le gazole que consomment les Français ?
Une éventuelle décision de Donald Trump de stopper les exportations américaines de pétrole raffiné fait craindre à la France, qui importe la moitié de son diesel, une flambée des prix qui pourrait atteindre 3,90 euros le litre -
Mystification« Le pacifisme dévoyé de Jean-Luc Mélenchon fait le jeu de Vladimir Poutine »
Sous couvert de prévenir toute escalade, le leader insoumis « s'accommoderait parfaitement d’une annexion de l’Ukraine et se place du côté de l’agresseur russe », analyse Philippe Marlière, politiste à l’Université de Londres et spécialiste des gauches