La plus lourde menace pour l’économie mondiale vient de Chine
Les images du reconfinement de Shanghai ne sont sûrement pas aussi inquiétantes que la guerre en Ukraine mais ses conséquences néfastes sur l’économie mondiale pourraient être plus grandes.
Deux raisons expliquent cela. La première, la plus évidente, est que l’économie chinoise est dix fois plus importante que celle de la Russie et bien plus que celle de l’Ukraine. Ensuite, bien qu’Omicron se soit avéré moins dangereux que les autres vagues de Covid, la Chine s’en tient à sa stratégie zéro Covid, à l’inverse du reste du monde.
Cette politique implique essentiellement que des restrictions de mobilité drastiques, y compris des confinements purs et simples, ont été imposées à plusieurs villes, Shanghai étant la plus grande, et représentant au total 40% du PIB chinois.
En outre, la moitié des autoroutes chinoises ne sont pas transitables et les ports fonctionnent de manière inefficace en raison des restrictions de mobilité importante. Les conséquences sur la croissance économique du pays sont visibles dans les données du mois de mars, en particulier dans le secteur des services mais aussi de plus en plus dans celui de l’industrie, certaines entreprises ayant déjà décidé de fermer temporairement leurs portes. Un éventuel arrêt brutal du secteur manufacturier chinois serait un choc majeur pour l’économie mondiale, la Chine exportant jusqu’à un tiers des biens intermédiaires dans le monde. Cela s’ajoute aux problèmes de transport potentiels, qui se manifestent déjà par une nouvelle hausse des coûts de transport.
Fontières fermées
Au-delà de la réduction de la mobilité intérieure, il ne faut pas oublier que depuis le début de la pandémie de Covid fin janvier 2020, les frontières chinoises sont fermées au monde. Cette situation a une incidence importante – et malheureusement très négative – sur l’économie mondiale.
Tout d’abord, la chute du nombre d’échanges physiques entre la Chine et le reste du monde, y compris les échanges commerciaux, est l’une des principales raisons pour lesquelles les investissements directs étrangers sortants du pays sont au point mort depuis le début de la pandémie. Cela concerne particulièrement les économies émergentes qui ont d’importants besoins de financement puisqu’elles dépendent de capitaux extérieurs pour construire leurs infrastructures et améliorer leurs capacités industrielles.
La deuxième conséquence imprévue de la fermeture des frontières chinoises est le sentiment de plus en plus négatif des Chinois à l’égard du reste du monde ainsi que la déconnexion croissante du reste du monde avec ce qui se passe en Chine. Le nombre de plus en plus élevé de cas de Covid dans la plupart des pays, comparativement à la Chine, a développé chez les citoyens chinois une forte impression de sécurité chez eux et de risque ailleurs, entraînant un désintérêt pour le reste du monde. Cela ne présage évidemment pas d’une future collaboration scientifique ou commerciale entre la Chine et les autres pays, bien qu’il soit très difficile de mesurer son impact immédiat sur l'économie mondiale.
Dans l’ensemble, la politique «zéro Covid» de la Chine pourrait réellement ravager l'économie chinoise si les confinements se poursuivent. Les conséquences négatives sur l’économie mondiale sont également importantes. Au-delà de la réduction de la demande d’importations en provenance de Chine, l’inflation est une autre conséquence plus immédiate étant donné la dépendance du monde à la production de biens intermédiaires chinoise. Enfin, le manque d’échanges internationaux depuis près de deux ans et demi n’augure rien de bon pour l’avenir de la mondialisation et de l’engagement entre la Chine et le reste du monde, en particulier l’Occident.
Plus d'articles du même thème
-
JPMorgan AM veut lancer ses premiers ETF actifs en Chine
JMorgan Asset Management souhaite obtenir le feu vert des régulateurs chinois pour lancer ses premiers ETF actifs sur le continent, un marché encore limité aux stratégies “enhanced index”, rapporte Bloomberg. La filiale de JP Morgan est devenue récemment le leader mondial des ETF actifs (257 milliards de dollars d’encours). Elle voit dans la Chine et, plus largement, les marchés hors États-Unis, un relais de croissance clé. En Asie-Pacifique, où elle a lancé ses premiers ETF actifs à Taiwan l’an dernier, elle ambitionne notamment de doubler ses actifs à 600 milliards de dollars en cinq ans. La société détient à 100% une filiale de gestion en Chine qui comptait, fin 2024, plus de 69 millions de clients particuliers et institutionnels. -
La nomination de Kevin Warsh à la Fed tarde encore
Le candidat de la Maison-Blanche à la succession de Jerome Powell est a priori bloqué par la Commission bancaire du Sénat devant laquelle il sera auditionné ce mardi. Sa nomination ne semble pas pouvoir intervenir tant que le Département de la Justice maintiendra une procédure pénale contre Jerome Powell. -
Le cycle des risques géopolitiques retrouve ses plus hauts niveaux historiques
L’indice de risque géopolitique (GPR) développé pour la Fed par les économistes Dario Caldara et Matteo Iacoviello à partir des mentions «guerrières» dans les grands journaux anglo-saxons a atteint en mars son plus haut niveau depuis 2001.
ETF à la Une
UniCredit lance ses premiers ETF en partenariat avec BNP Paribas AM
- HSBC va revoir sa politique de télétravail en France d’ici l’été
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- TotalEnergies annonce la couleur avant ses résultats trimestriels
- Bouygues Telecom, Orange et Iliad engagent une consolidation historique des télécoms
- Lunettes connectées : le pari à haut risque d'EssilorLuxottica
Contenu de nos partenaires
-
Bus repetitaNouveau bras de fer autour du versement mobilité
Un amendement sénatorial préconisait d’élever le taux plafond de cet impôt de production, illustrant la dépendance du secteur à cette source de financement -
La Fabrique de l'Opinion« Le problème n’est pas que la métaphore guerrière existe, c’est qu’elle soit devenue omnipotente »
Guénaëlle Gault : « La cohésion par l'ennemi est fragile. Elle dure le temps que dure la menace. Quand l’ennemi disparaît, la cohésion s'effondre. Les “guerres” mal définies et que l’on ne gagne jamais s’empilent et donnent l’impression que nous sommes tout le temps en guerre, qu’il y a constamment un allié et un ennemi. Cette unité de façade est plutôt une bombe à fragmentation » -
Trump accuse l'Iran d’avoir « violé le cessez-le-feu à de nombreuses reprises »
« L’Iran a violé le cessez-le-feu à de nombreuses reprises ! », a fustigé Donald Trump dans un message posté sur Truth Social. Pour l’heure, aucune délégation iranienne n’a quitté Téhéran pour des pourparlers au Pakistan