Les Etats-Unis organisent la lutte contre l’Opep
Les Etats-Unis ont lancé mardi une offensive inédite contre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses dix alliés, dont la Russie, formant l’Opep+, accusés de ne rien faire pour endiguer la hausse des cours de l’or noir. Washington a réussi à convaincre la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, le Japon et la Grande-Bretagne de relâcher de façon coordonnée une partie de leurs réserves stratégiques de pétrole, en espérant que cet afflux d’offre sur le marché fasse baisser les cours. Il n’en a rien été. Les prix du pétrole ont repris leur marche en avant après les annonces américaines, le Brent gagnant plus de 3% à plus de 82 dollars le baril, nouveau plus haut de la semaine.
L’annonce américaine était largement anticipée par le marché et les cours du pétrole avaient baissé ces derniers jours pour en tenir compte. Ensuite, sur les 50 millions de barils que les Etats-Unis promettent de puiser dans leurs réserves, 18 millions ont déjà été approuvés dans le cadre du budget, tandis que les 32 millions de barils restant prendront la forme de prêts au marché. Voilà pourquoi « le marché n’est pas impressionné par l’annonce de l’administration Biden », explique Andrew Lipow, président de Lipow Oil Associates.
Déséquilibre persistant
« Les libérations de réserves sont un outil utilisé pour couvrir les perturbations temporaires de production mais ne sont pas utiles pour corriger les déséquilibres causés par le manque d’investissements et une demande toujours croissante », appuie Giovanni Staunovo, analyste chez UBS. Même en ajoutant les réserves libérées par l’Inde (5 millions de barils), par la Grande-Bretagne (1,5 million de barils de pétrole) et par la Chine, le Japon, la Corée du Sud, dans des proportions encore non officialisées mais annoncées par la rumeur autour de 50 millions de barils en cumulé, les Etats-Unis auront du mal à rééquilibrer le marché du pétrole, mis sous tension par la vigueur de la reprise économique mondiale.
Les économistes de Goldman Sachs estiment le déficit journalier sur le marché du pétrole à 4,5 millions de barils. A ce rythme, les 106,5 millions de barils promis par les Etats-Unis et ses alliés, seraient consommés en trois semaines.
« L’histoire a prouvé que la mobilisation des réserves n’aura qu’un impact à court terme sur les prix et cela constitue une déclaration ouverte de guerre pétrolière avec l’Opep+», a déclaré à Reuters Phil Flynn, analyste principal chez Price Futures.
Sujet politique pour Joe Biden
La coalition menée par les Etats-Unis pourrait en effet motiver l’Opep et l’Opep+ à ne pas modifier leur politique lors de leur prochaine réunion le 2 décembre prochain, et engager ainsi la résistance contre les Etats-Unis. Suhail Al-Mazrouei, ministre de l’Energie des Émirats arabes unis, l’un des plus grands producteurs de l’Opep, a déclaré avant l’annonce américaine qu’il ne voyait « aucune logique » à ce que son pays augmente son offre de pétrole. L’Opep+ avait décidé lors de sa réunion d’octobre de ne pas toucher à son plan d’ajustement de la production, fixé en juillet, qui prévoit d’ajouter 400.000 barils par jour chaque mois entre août et novembre.
L’initiative américaine montre la sensibilité actuelle des Etats-Unis pour le prix du pétrole, alors que leurs producteurs locaux de pétrole de schistes, qui par le passé servaient de contre-pouvoir à l’Opep, renaclent à relancer leurs investissements, ce qui a aussi le don d'énerver la Maison-Blanche. Le sujet prend un dimension politique pour le président Joe Biden, confronté à une faible cote de popularité dans un contexte d’inflation croissante à l’approche des élections législatives de mi-mandat de l’année prochaine.
C’est la première fois que Washington coordonne une telle action avec certains des plus grands consommateurs de pétrole du monde, y compris la Chine, malgré un contexte diplomatique toujours tendu. Historiquement, les États-Unis travaillaient sur de telles actions avec l’Agence internationale de l'énergie (AIE), qui représente 30 nations industrialisées consommatrices d'énergie.
Les ventes directes de réserves par les Etats-Unis sont peu courantes. Les présidents américains ont autorisé des ventes d’urgence à trois reprises, la dernière fois en 2011 lors de la guerre en Libye, pays membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Des ventes ont également eu lieu pendant la guerre du Golfe en 1991 et après l’ouragan Katrina en 2005, toujours sous l'égide de l’AIE.
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