L’inflation américaine est au plus haut depuis mai 2023
Les prix à la consommation aux Etats-Unis ont progressé à un rythme soutenu pour le deuxième mois consécutif en avril, entraînant la plus forte hausse annuelle de l’inflation en près de trois ans et renforçant davantage les attentes selon lesquelles la Réserve fédérale (Fed) maintiendrait ses taux d’intérêt inchangés pendant un certain temps.
L’indice CPI a augmenté de 0,6% le mois dernier après une envolée de 0,9% en mars, a annoncé mardi le Bureau des statistiques du travail (BLS) du département du Travail. Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient une hausse de 0,6%. Les estimations oscillaient entre un gain de 0,4% et une augmentation de 0,9%.
La modération observée après la plus forte progression depuis juin 2022 était principalement mécanique. Les prix du pétrole ont bondi au-dessus de 100 dollars le baril en mars suite à des frappes contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël, avant de se replier vers des niveaux qui restent élevés après un cessez-le-feu début avril.
Sur les 12 mois se terminant en avril, l’indice CPI a progressé de 3,8%. Il s’agit de la plus forte augmentation en glissement annuel depuis mai 2023, faisant suite à une hausse de 3,3% en mars.
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Conséquence de la guerre
Ces deux relevés d’inflation consécutifs élevés vont accentuer le risque politique pour le président Donald Trump et son parti républicain à l’approche des élections de mi-mandat en novembre. Il a été réélu en 2024 en grande partie grâce à sa promesse de réduire l’inflation, mais les Américains sont désormais mécontents de sa gestion de l’économie et beaucoup le jugent responsable de la flambée des prix à la pompe. La guerre au Moyen-Orient a poussé les prix du pétrole à la hausse, ce qui s’est immédiatement répercuté sur le renchérissement de l’essence, du diesel et du kérosène. Les économistes estiment que les effets de second tour se feront sentir dans les mois à venir.
Les marchés financiers s’attendent à ce que la banque centrale américaine maintienne ses taux inchangés jusqu’en 2027. La Fed, qui suit de plus près un autre indicateur de l’inflation, l’indice de prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) pour son objectif d’inflation de 2%, a laissé le mois dernier son taux d’intérêt directeur au jour le jour dans la fourchette de 3,50% à 3,75%.
Hors énergie et alimentation, l’inflation sous-jacente (indice «core CPI») a grimpé de 0,4% le mois dernier, après +0,2% en mars, en partie portée par un ajustement ponctuel des mesures de loyers, après que la fermeture du gouvernement fédéral l’année dernière a empêché la collecte de données en octobre.
Le BLS divise son enquête sur les loyers en six panels. Chaque panel est échantillonné tous les six mois sur une base tournante. Le BLS a utilisé une méthode appelée «imputation par report» pour les loyers et les loyers équivalents propriétaires (OER) afin de compenser les données manquantes, lesquelles avaient artificiellement abaissé les indices de loyers. En rythme mensuel, le poste «logement» («shelter») a donc vu ses prix augmenter soudainement de 0,3% à 0,6% en avril. L’indice CPI des services hors énergie et alimentation a quant à lui progressé de 0,2% à 0,5% sur un mois.
«La question d’une transmission de l’énergie vers les services se pose naturellement, mais elle semble prématurée compte tenu des délais habituels de 9 à 18 mois, même si la solidité de la croissance pourrait légèrement en accélérer les mécanismes, a commenté Florian Ielpo, responsable des stratégies Macro chez Lombard Odier IM. Point important, la part des composantes d’inflation évoluant sous les 4% annualisés est passée de 30% en décembre à 56% aujourd’hui, suggérant que la dynamique globale de désinflation reste bien engagée.»
Au bout du compte, les taux américains ont assez peu réagi, de même que les autres classes d’actifs plus risquées, ajoute l’analyste. L’effet de base sur le logement ne devrait pas constituer un argument susceptible de déclencher une hausse des taux de la Fed, mais les marchés de futures ont quand même augmenté légèrement la probabilité d’une hausse des taux en janvier 2027 (de 30% à 45%) ou en mars 2027 (de 42% à 54%).
(Avec Reuters)
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