Les Etats mobilisent d’énormes moyens contre le coronavirus
De nombreuses mesures budgétaires ont été annoncées depuis dix jours, pour l’essentiel sous forme de garanties d’Etat.
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Fabrice Anselmi et Xavier Diaz
Avec un plan de plus de 750 milliards d’euros, l’Allemagne pourrait décréter une exception à sa règle d’or budgétaire.
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Bloomberg
Après trois mois d’épidémie de coronavirus, tous les pays commencent à prendre la mesure de l’enjeu à la fois sanitaire et économique. La plupart du temps, les banques centrales sont passées à l’action en premier face à la panique des marchés financiers : «42 baisses de taux depuis le 1er février (contre 36 baisses en deux mois après Lehman Brothers) ; une baisse moyenne de 70 pb ; des injections de liquidités massives ; un contrôle des courbe de taux ; et 2.400 milliards de dollars de relance budgétaire au niveau mondial (soit 2,7% du PIB) sous forme d’engagements en aides publiques, prêts et garanties», résumait jeudi Bank of America Global Research, avant même le vote des propositions du Trésor américain, qui monteraient le total des interventions à près de 3.700 milliards de dollars (4,2% du PIB). «Les engagements de dépenses des gouvernements vont probablement aller au-delà de 5% du PIB, estime Philippe Waechter, économiste chez Ostrum AM. Les dettes publiques vont croître très rapidement.» Les économistes d’UBS soulignent aussi que ce stimulus budgétaire est bien supérieur à ce qui avait été fait pendant la crise de 2008.
ETATS-UNIS
L’administration Trump va mettre plus de 1.000 milliards de dollars sur la table pour faire face à l’épidémie. Ce projet de soutien budgétaire massif a été soumis au Congrès. Ce chiffre pourrait même dépasser 2.000 milliards, soit 10% du PIB américain, a déclaré Larry Kudlow, le conseiller économique de la Maison blanche. James Bullard, le président de la Fed de Saint Louis, a estimé que 1.000 milliards de soutien budgétaire serait insuffisant face au risque d’une chute de moitié de l’activité au deuxième trimestre. C’est sur ce montant que les discussions se poursuivaient au Sénat américain. Une réponse bipartisane (Républicains et Démocrates) avait du mal à émerger. Le plus gros de cette enveloppe consiste en une aide directe aux ménages américains de 1.000 dollars par adulte et 500 dollars par enfant pour un total proche de 500 milliards. Les 500 milliards restant concernent des aides aux entreprises en difficulté au travers de prêts collatéralisés ou de garanties (dont 300 milliards d’interruption de remboursement de prêts). S’ajouteront des aides directes, encore au travers de garanties ou de prêts garantis, pour le secteur aérien notamment (58 milliards), mais aussi le tourisme (250 milliards demandés) ou pour des entreprises comme Boeing (60 milliards demandés). Les économistes de Commerzbank évaluent à 8,5% du PIB le déficit budgétaire nécessaire pour les Etats-Unis, ce qui reste moins qu’en 2009 (9,8% du PIB).
ZONE EURO
Allemagne. D’abord parti sur 12 milliards d’euros d’investissements, le gouvernement allemand compte adopter un plan massif mobilisant plus de 750 milliards au travers d’aides directes à la santé, d’un assouplissement du régime de chômage partiel, du décalage des impôts, etc. Les discussions du week-end semblaient devoir aboutir à un ensemble de budget additionnel (156 milliards financés par émissions de dette), de fonds de stabilité économique (100 milliards), de crédits de la banque KfW (100 milliards), et 400 milliards de garanties de prêts en soutien des entreprises en difficulté. Le pays doit décréter ce lundi une exception à sa règle d’or budgétaire, inscrite dans la constitution.
France. Après le discours du président Emmanuel Macron s’engageant lundi à prendre en charge l’indemnisation des salariés contraints au chômage partiel et à permettre à toutes les entreprises de reporter le paiement des impôts et cotisations dus en mars, le Parlement a adopté vendredi un plan économique de 45 milliards d’euros, auquel s’ajoutent 300 milliards de garanties publiques pour les prêts aux entreprises, avec effet rétroactif.
Italie. L’Etat le plus touché par l’épidémie et le plus contraint au niveau budgétaire a annoncé qu’il allait débloquer en urgence 25 milliards d’euros. Le plan inclut des crédits au système de santé, des gels d’impôts et de cotisations, une indemnisation améliorée du chômage partiel. Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement de Giuseppe Conte a fait appel, vendredi, à un soutien paneuropéen, qui pourrait passer par une aide du Mécanisme européen de stabilité (MES) sous forme de prêts à long terme que ce fonds refinance sur les marchés obligataires.
Espagne. Le gouvernement du deuxième pays le plus touché en Europe a annoncé un plan d’accompagnement de 200 milliards, dont la moitié sous forme de garanties sur des prêts apportés par le secteur privé aux entreprises. D’importants programmes de soutien ont été aussi annoncés dans les autres pays de la zone : Autriche (38 milliards), Pays-Bas (10 à 20 milliards), Belgique (10 à 11 milliards), Grèce (10 milliards), Portugal (9 milliards), Danemark (6 milliards), etc.
ROYAUME-UNI
Après un plan de soutien d’urgence de 12 milliards de livres intégré le 11 mars à l’occasion de la présentation du budget 2020, le gouvernement de Boris Johnson a renforcé son programme en évoquant un soutien sous forme de garanties d’Etat sur les prêts aux entreprises pouvant aller jusqu’à 330 milliards.
CHINE
La Chine, d’où est partie l’épidémie, a déjà consacré directement plus de 110 milliards de yuans (14 milliards de dollars) à la lutte contre la propagation de l’épidémie et pour soutenir son économie pendant la période de confinement. Le pays a également instauré un moratoire pour les PME sur les taxes et les cotisations sociales jusqu’à fin juin et demandé aux banques d’accorder des décalages de remboursements. Mais le plus gros reste à faire : face au risque de récession cette année pour la première fois depuis quarante ans, la Chine devrait annoncer un vaste programme d’infrastructures d’un montant de 1.000 milliards de yuans (131 milliards d’euros). Pour stimuler l’investissement, le gouvernement dit vouloir réduire de façon importante les taxes, sans en préciser l’ampleur.
RESTE DU MONDE
En attendant le plan d’aide massif qui pourrait s’élever à plus de 250 milliards dans les prochaines semaines, le Japon a mobilisé près de 20 milliards de dollars pour soutenir ses PME. Ailleurs en Asie-Pacifique, les mobilisations gouvernementales ont concerné surtout l’Australie (48 milliards) et la Corée du Sud (39 milliards), la Nouvelle-Zélande (7 milliards, soit 4% du PIB), et Singapour, l’un des pays à avoir recours à l’helicopter money (4 milliards). En Amérique latine, le Brésil a annoncé un plan de plus de 25 milliards, essentiellement des prêts garantis, et le Chili de 11 milliards.
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