Epargne, la foire aux fausses bonnes idées est ouverte
En France, on n’a pas de pétrole, et on n’a pas beaucoup d’idées non plus lorsqu’il s’agit de boucler un budget impossible. A l’approche du projet de loi de finances 2027, deux propositions ont émergé ces derniers jours pour agrémenter l’ordinaire avec l’appétissant pot de miel de l’épargne domestique. La première consisterait à durcir les prélèvements sociaux sur l’épargne salariale. La seconde, formulée par la ministre de l’Ecologie Monique Barbut, vise à relever le plafond du Livret A pour collecter davantage et financer l’adaptation au changement climatique. Deux propositions qui diffèrent par leurs objectifs mais se rejoignent par leurs caractéristiques : inefficaces, incohérentes et injustes.
On pourrait consacrer une monographie en trois volumes aux vicissitudes fiscales de l’épargne salariale. A la même époque, l’an dernier, le ministre des PME Serge Papin suggérait de la débloquer, sans pénalités, pour soutenir la consommation des ménages. Il ne faisait que s’inscrire dans une longue tradition de politiques à courte vue. Cette année, il n’est plus question d’élargir l’avantage mais de le restreindre, puisque Matignon et Bercy en sont réduits à racler les fonds de tiroir. C’est tout le drame de l’épargne salariale, appelée tour à tour à jouer les supplétifs du pouvoir d’achat ou à boucher le trou de la Sécurité sociale, sans jamais être considérée pour ce qu’elle est : un investissement à long terme, qui permet notamment aux travailleurs de préparer leur retraite via les PER d’entreprise collectifs. Pour dégager un hypothétique gain budgétaire, le gouvernement envisage à nouveau de pénaliser les actifs au lieu d’aller chercher les économies là où elles se trouvent, en commençant par les niches fiscales et sociales des retraités actuels.
Relever de près de 23.000 euros à 30.000 euros le plafond du Livret A relève, là aussi, de la paresse intellectuelle. L’idée d’en flécher les fonds vers la priorité stratégique du moment est un grand classique. Mais la moitié de l’épargne réglementée centralisée à la Caisse des dépôts ne finance pas le logement social ou le renouvellement urbain. Elle sert à acheter des obligations, en particulier des emprunts d’Etat indexés sur l’inflation. La niche fiscale du Livret A profite de surcroît aux ménages aisés, ceux qui détiennent les livrets au plafond, et qui ont tout à fait les moyens de financer directement la transition énergétique au travers d’autres placements, cotés ou non cotés, plus rémunérateurs. Privilégier, dans la loi de finances, un produit liquide, garanti et au rendement réel négatif, alors que l’économie française a besoin de financements longs et de prise de risques, est une aberration.
Coup de rabot d’un côté, dépense accrue de l’autre, il est peu probable que ces deux ballons d’essai survivent en l’état au pugilat parlementaire autour du budget. Matignon a d’ailleurs engagé lundi un rétropédalage sur l'épargne salariale. Leur apparition simultanée illustre néanmoins les pénibles débats qui attendent les professionnels de la finance dans les prochains mois. La route promet d'être longue jusqu’au printemps 2027.
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