Les secrets de la performance record d’un ETF sur le fret maritime

Le Breakwave Tanker Shipping ETF affole les compteurs en surfant sur l’explosion des tarifs de fret pétrolier. Derrière ce jackpot se cache un pari ultra-spéculatif sur les tankers, dopé par les tensions géopolitiques.
Tankers et porte-conteneurs

La palme d’or noir revient au Breakwave Tanker Shipping ETF (BWET). Avec une performance de 4.777% sur un an glissant et 3.738% depuis le début de l’année, ce fonds coté pulvérise ses pairs. De quoi reléguer les MAG-7 au rang de livret A.

À première vue, le BWET pourrait passer pour un ETF sectoriel de plus, spécialisé dans le transport maritime. Il se distingue pourtant par une mécanique bien différente. Là où un fonds classique investirait dans des armateurs cotés comme Maersk, Frontline ou DHT Holdings, le Breakwave Tanker Shipping ETF s’expose directement aux tarifs du fret pétrolier.

Lancé en 2023 par Amplify ETF, cet instrument géré activement, qui facture 3,50% de frais annuels, est structuré comme un commodity pool. En l’achetant, les investisseurs choisissent une exposition quasi pure au marché du transport de pétrole. Son panier d’actifs repose sur des Forward Freight Agreements (FFA), des contrats à terme adossés à l’évolution des prix de location des pétroliers. Environ 90% de son exposition porte sur les VLCC, ces géants des mers capables de transporter deux millions de barils de brut, tandis que les 10% restants concernent les navires Suezmax. Plus petits mais particulièrement adaptés à certaines routes stratégiques, notamment le canal de Suez, comme son nom le laisse entendre.

Les océans flambent

L’envolée du BWET est d’abord le reflet de chocs majeurs sur le marché mondial de l’énergie. Depuis plusieurs années, les sanctions occidentales contre la Russie, les tensions persistantes au Moyen-Orient et les attaques contre la navigation commerciale en mer Rouge ont profondément modifié les flux pétroliers.

Nombreux sont les navires qui évitent le canal de Suez et contournent l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Cette rallonge de plusieurs milliers de kilomètres immobilise les pétroliers plus longtemps et réduit mécaniquement l’offre disponible de navires. Dans le même temps, les exportations russes ont été redirigées vers l’Asie tandis que l’Europe a dû multiplier ses approvisionnements en provenance des États-Unis, du Moyen-Orient ou encore d’Afrique de l’Ouest. Résultat, les distances parcourues par chaque baril transporté ont augmenté.

Or la flotte mondiale de VLCC progresse lentement. Les commandes de nouveaux navires restent limitées et les délais de livraison peuvent dépasser plusieurs années. Cette combinaison entre offre contrainte et demande soutenue crée un environnement très favorable à une hausse des tarifs de fret.

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Le revers de la performance

Le fonds affiche une volatilité de 138% sur les trente derniers jours. À titre de comparaison, celle d’un indice comme le MSCI World se situe autour de 10% sur la même période.

Cette instabilité s’explique par la nature même des contrats à terme sur le fret maritime. Les prix peuvent doubler ou s’effondrer en quelques jours au gré des décisions géopolitiques, précédemment évoquées, des variations de production de l’OPEP+, des perturbations logistiques ou encore de la demande mondiale de pétrole.

Contrairement à une action représentant une part d’entreprise créatrice de valeur sur le long terme, le BWET constitue avant tout un véhicule tactique permettant de miser sur une phase donnée du cycle du transport maritime. Lorsque les tarifs du fret s’envolent, les gains peuvent être spectaculaires. Mais lorsque le marché se retourne, les corrections peuvent être tout aussi brutales. Le 22 septembre, le cours s’est effondré de 15% avant de les récupérer sur les deux séances boursières qui ont suivi.

Derrière l’étiquette rassurante d’ETF se cache en réalité un véhicule extrêmement spécialisé, directement branché sur les pulsations de l’économie mondiale et sur les tensions géopolitiques qui traversent les océans.

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