Hugging Face et Pasqal ravivent les regrets de la French Tech

Le rachat par Nvidia de la plateforme open source d’IA, officialisé le 3 septembre, et l’introduction en Bourse de Pasqal, aux Etats-Unis, illustrent à nouveau le retard de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis en matière de financement de l’innovation.
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Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi  - 
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  • Le rachat de Hugging Face par Nvidia et l’entrée en Bourse de Pasqal aux Etats-Unis illustrent le retard de l’Europe dans le financement de l’innovation.
  • La plateforme d’intelligence artificielle Hugging Face a été vendue au géant américain Nvidia pour près de 13 milliards de dollars.
  • De son côté, la pépite française de l’informatique quantique Pasqal a levé 280 millions de dollars lors de son entrée au Nasdaq.

Les jours qui ont précédé la rentrée des classes en France ont livré à nouveau quelques savoureux exemples de déconnexion entre la fiction politique et la réalité économique. Ici, il était question d’annuler la dette pour relancer la consommation populaire. A Pékin, les olympiades des humanoïdes mettaient en scène l’avance chinoise en matière d’intelligence artificielle et de robotique. Ici encore, les cancres s’interrogeaient sur le meilleur moyen de ponctionner les héritiers de la « grande transmission » et d’éradiquer les entrepreneurs trop talentueux. Pendant ce temps, deux représentants de l’excellence tricolore en matière de tech allaient quêter bonne fortune et nouveaux amis aux Etats-Unis.

Le mouvement le plus spectaculaire revient à Hugging Face. La plateforme open source, qui permet aux acteurs de l’intelligence artificielle de partager librement des modèles et des jeux de données, vient de se vendre à Nvidia, déjà présent au capital, pour près de 13 milliards de dollars. Chez le géant américain des puces, la somme représente à peine 20 jours de profits. Pour les trois Français qui ont créé la société il y a dix ans, c’est la récompense d’un succès inscrit, dès l’origine, outre-Atlantique. Le trio d’entrepreneurs a installé le siège de la start-up aux Etats-Unis à sa création en 2016, année où Paris engageait son virage économique vers une politique de l’offre.

Le lien avec la mère patrie a certes été maintenu. Un bureau a été ouvert dans le Sentier parisien, la jeune pousse bordelaise Pollen Robotics a été rachetée l’an dernier, et les cofondateurs jouent les « business angels » avec leurs homologues de la French Tech. Mais aucun fonds d’investissement français ne profitera de la manne. La plateforme, dont le premier projet, un chatbot pour adolescents, n’avait guère convaincu, a trouvé chez nous porte close à chacune de ses demandes. Elle a vite réalisé que les financements, comme les clients, se trouvaient du côté de la Silicon Valley plutôt que de la rue du Caire.

Si elle avait choisi cet été de s’introduire en Bourse au lieu de s’adosser à un géant de la tech, elle aurait sûrement opté, là encore, pour les Etats-Unis. C’est ce que vient de faire Pasqal, l’une des pépites tricolores de l’informatique quantique. Depuis sa création en 2019, et à la différence de Hugging Face, la société cofondée par le Prix Nobel de physique Alain Aspect a pu s’appuyer en partie sur des capitaux français. Mettre le pied à l’étrier est une chose, faire la course avec des concurrents américains aux poches pleines, à la fois cotés à New York et soutenus par l’administration Trump, en est une autre. Pasqal est donc entrée la semaine dernière au Nasdaq en fusionnant avec une coquille vide pour lever 280 millions de dollars. Une somme qu’elle n’aurait pu réunir à la Bourse de Paris, même si elle a prévu d’y mener une double cotation.

A l’heure où nous fêtons les deux ans du rapport Draghi sur la compétitivité européenne, le constat reste donc inchangé. Par la profondeur de ses marchés de capitaux, l’appétit de ses investisseurs pour le risque, l’Amérique dispose d’une force de frappe sans commune mesure avec celle de l’Europe pour financer l’innovation et la croissance. D’où l’importance du choix qui s’offrira à la France en 2027 en matière d’allocation d’épargne domestique. L’alternative est claire : organiser sa captation pour éponger une dette publique devenue radioactive, ou la canaliser vers les forces productives en instituant enfin une dose de retraite par capitalisation collective et obligatoire. Sans quoi le pays restera condamné à former des ingénieurs brillants qui iront concrétiser leurs idées ailleurs.

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