Liquider l'épargne salariale, la dernière folie du moment

En proposant un déblocage immédiat de l’intéressement pour gonfler le pouvoir d’achat, le nouveau ministre des PME ne sert que les intérêts des distributeurs, certainement pas ceux du pays. L'éditorial d’Alexandre Garabedian.
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Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi  - 

Après la réforme des retraites, suspendons l’épargne de long terme ! Puisqu’il est désormais question de liquider le macronisme pour tenir jusqu’à l’élection présidentielle de 2027, Serge Papin, le nouveau ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, vient d’avoir une brillante idée : débloquer les sommes issues de l’intéressement afin que le consommateur les dépense immédiatement. Pourquoi préparer l’avenir et capitaliser pour sa retraite, alors que Noël approche ?

Taper dans l’épargne salariale afin d’arrondir les fins de mois des Français est une tentation constante des hommes politiques, de droite comme de gauche. Il y a 21 ans déjà, Nicolas Sarkozy, alors à Bercy, avait eu recours à cette ficelle. Il a fallu le premier mandat d’Emmanuel Macron pour que le dispositif retrouve la place qu’il mérite. La loi Pacte lui a redonné de l’attractivité, avantages fiscaux et sociaux à l’appui, dans le but de favoriser le financement à long terme de l’économie française. C’est un succès. Les sommes en jeu atteignent aujourd’hui 220 milliards d’euros, dont près de 37 milliards placés sur des plans d’épargne retraite collective. On conçoit que ce pot de miel mette l’eau à la bouche de gouvernants dont l’horizon de réflexion ne se borne même plus au prochain scrutin, mais au prochain remaniement.

Si ce Papin là n’a pas inventé la machine à vapeur, il n’oublie pas d’où il vient. Il a manifestement gardé son costume d’ancien patron de Système U avant de se glisser dans ses habits neufs de ministre et d’amener sa liste de courses – ce sont ses propres mots – au premier ministre Sébastien Lecornu. Sa mesure en faveur du pouvoir d’achat profitera sans nul doute aux distributeurs. Beaucoup moins aux salariés précaires, puisque l’intéressement et la participation sont d’abord l’apanage des grandes entreprises en bonne santé. Et certainement pas à l’économie du pays, si cette aumône providentielle sert à garnir le carnet de commandes de Shein et Temu. Mais soyons rassurés, le ministre des PME promet aussi, dans un même élan, de lutter contre le made in China. Il y a des prix Nobel d’économie qui se perdent.

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