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Donald Trump teste les seuils de tolérance économique et politique
Ces dernières semaines ont été marquées par une forte volatilité sur les marchés de taux et un écartement des spreads de crédit. Le narratif sur les marchés financiers a fortement évolué, passant d’un sentiment d’«exceptionnalisme américain» à des préoccupations croissantes concernant le risque de récession aux Etats-Unis et un ralentissement notable de la croissance mondiale. L’incertitude générée par la politique de l’administration Trump pèse sur l’économie américaine et mondiale.
Actuellement, bien que l’économie américaine montre des signes de ralentissement, elle reste relativement robuste, avec un rythme solide de création d’emplois et un taux de chômage faible à 4,1%. Les ménages américains bénéficient de bilans relativement sains, et les entreprises ont profité d’un bon accès aux marchés de capitaux ces derniers trimestres. Cependant, les consommateurs commencent à s’inquiéter d’une possible détérioration du marché de l’emploi et des turbulences sur les marchés boursiers. Une baisse des revenus, amplifiée par un effet richesse négatif et une hausse du taux d’épargne, pourraient entraîner un ralentissement des dépenses de consommation des ménages américains. Du côté des entreprises, le niveau d’optimisme chute, un signe alarmant qui pourrait indiquer un recul à venir des investissements et des embauches.
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Les échecs de l’économie américaine
Donald Trump justifie sa politique par l’identification de plusieurs échecs pour l’économie américaine :
1. Dette publique. La dette fédérale américaine a dépassé les 36.000 milliards de dollars fin 2024. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, s’est notamment dit préoccupé par le montant record de la charge de la dette : plus de 1.100 milliards de dollars en 2024.
2. Le déficit commercial. Celui-ci a atteint 918 milliards de dollars en 2024, en augmentation de 17% par rapport à 2023, ce qui illustre une forte dépendance aux importations et un appétit solide des consommateurs américains pour des produits fabriqués pleinement ou partiellement à l’étranger.
3. Le déclassement de la classe moyenne. De nombreux Américains n’ont pas profité de la forte croissance américaine enregistrée ces dernières années. Les 50% les moins aisés n’ont pas pu bénéficier de la hausse du prix des actifs financiers et immobiliers. Cette population a également été affectée plus durement par l’inflation et la hausse des taux en raison de leur forte dépendance aux prêts à la consommation. Par ailleurs, l’immobilier résidentiel n’est plus accessible pour de nombreux ménages américains en raison des prix trop élevés.
4. L’immigration non contrôlée. L’immigration a atteint des niveaux records.
5. Le dollar fort. Le nouveau gouvernement américain estime que la surévaluation continue du dollar empêche l’équilibre du commerce international, créant des déséquilibres économiques persistants.
Dans ce contexte, Donald Trump soutient qu’un changement est nécessaire et met en œuvre un plan en deux temps. Première étape : réduction des dépenses publiques et nouvelle politique tarifaire. Deuxième étape : réduction des impôts et dérégulation. Un des objectifs explicites du président Trump est de rendre les Etats-Unis plus attrayants pour les investissements étrangers. Le nouvel élu veut rediriger les investissements et la production vers les Etats-Unis et ne s’embarrasse pas de saper des décennies d’intégration. Il estime que les grandes entreprises, surtout dans les secteurs technologiques, ont les moyens d’adapter leurs chaînes d’approvisionnement et de production, même si cela se fait au prix d’une baisse de leur rentabilité.
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Relocalisations pour la relance ?
Dans cette optique, l’administration Trump remet en question la mondialisation pour les raisons suivantes : (1) la sécurité nationale qui serait menacée par la délocalisation dès lors que les nations partenaires commencent à progresser dans la chaîne de valeur, (2) l’innovation qui serait freinée par l’accès facile à une main d’œuvre bon marché qui limiterait les synergies entre la conception et la fabrication, (3) la perte d’emplois manufacturiers, qui affecte tant la sécurité financière que la valeur personnelle des travailleurs.
Mais en cas de poursuite d’une politique commerciale agressive, l’économie américaine serait confrontée à un risque de ralentissement fort de sa croissance, et à des pressions inflationnistes. La réforme du secteur public et la politique commerciale pourraient être réellement douloureuses pour l’économie américaine et mondiale. On peut également s’interroger sur l’impact d’une guerre commerciale sur les marchés de capitaux, et sur le risque que cela constitue pour la dette américaine. La méfiance à l’égard du dollar pourrait entraîner une hausse du coût de la dette américaine dans un contexte où la situation fiscale américaine est particulièrement tendue. 30% de la dette américaine arrive à échéance dans moins d’un an. Refinancer ces échéances va augmenter la charge d’intérêt, qui représente déjà presque un quart des recettes fiscales. Pour rappel, les coûts de financement actuels sont bien plus élevés que le taux d’intérêt moyen de la dette américaine (3,3% en mars 2025).
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Depuis le début de l’année, la Fed adopte une attitude attentiste. Son président, Jérôme Powell, indique que l’économie est toujours en bonne santé malgré une incertitude accrue. Il a également averti que l’impact économique des tarifs commerciaux pourrait être plus sévère que prévu, entraînant potentiellement une inflation plus élevée et une croissance plus lente. Jerome Powell souligne que la banque centrale doit s’assurer que les hausses de droits de douane n’entraînent pas un problème d’inflation durable. Par ailleurs, malgré les tensions sur le marché, les membres du Comité de politique monétaire (FOMC) n’ont pas constaté de périodes d’illiquidité, ce qui pourraient les amener à intervenir.
L’évolution de la politique américaine restera une inconnue significative pour les marchés financiers dans les prochains mois. Les marchés s’interrogent sur l’ampleur des disruptions que l’administration Trump peut et veut réellement provoquer. Une autre question clé pour les investisseurs est de savoir quand et dans quelle mesure ce gouvernement sera en mesure d’adopter des politiques plus favorables à la croissance (déréglementation et baisse d’impôts). La marge de manœuvre budgétaire est en effet, pour l’instant, très limitée.
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