BNP Paribas revoit sa copie salariale sur fond de tensions sociales
Le bras de fer autour du pouvoir d’achat des salariés se poursuit dans les banques. BNP Paribas a ouvert, la première, le bal des négociations annuelles obligatoires en vue de 2024. Et le mot d’ordre est la maîtrise des coûts salariaux.
La banque française, qui a réalisé au deuxième trimestre un résultat net de 2,8 milliards d’euros, en baisse de 12% mais supérieur aux attentes, s’est d’abord refusée à toute augmentation collective pour ses salariés. Inacceptable pour les deux organisations syndicales représentatives, le SNB et la CFDT, qui ont quitté la table des négociations lors de la première réunion le mardi 26 septembre.
«Du jamais vu» dans l’histoire de la banque, selon Richard Pons, délégué syndical CFDT. Alors qu’elle s’était alignée l’an dernier sur les augmentations pratiquées dans le secteur, la direction des ressources humaines leur proposait pour 2024 une prime de partage de la valeur de 800 euros. Un dispositif, poussé par le gouvernement à l’été 2022, qui a l’avantage d’être défiscalisé.
Une seconde réunion infructueuse
Pour la deuxième réunion, qui s’est tenue ce mardi 10 octobre, la direction de BNP Paribas a revu sa copie : elle propose désormais une prime de 1.000 euros ainsi qu’une augmentation collective de 600 euros pour les salaires bruts annuels inférieurs à 60.000 euros, et de 700 euros pour les salaires compris entre 60.000 et 100.000 euros.
La banque de la rue d’Antin, qui avait avancé l’an dernier ses négociations annuelles obligatoires à l’image du reste du secteur en raison du contexte inflationniste, a pris l’habitude de faire entrer en vigueur son accord sur les salaires au 1ᵉʳ avril. Elle propose, cette fois, que l’augmentation collective prenne effet au 1ᵉʳ juillet 2024. Une proposition à nouveau rejetée par les organisations syndicales représentatives qui ont décidé de suspendre le dialogue social dans l’entreprise afin de faire pression sur la direction. Une intersyndicale appelle également les salariés de BNP Paribas à se joindre au mouvement national de mobilisation en faveur du pouvoir d’achat le vendredi 13 octobre.
A la tête de la banque, les incertitudes macroéconomiques et la nécessité de conserver un effet de ciseau positif sont évoquées. Ce discours a toutefois du mal à passer auprès des représentants des salariés. Alors que la remontée des taux dynamise les résultats du secteur bancaire en Europe, BNP Paribas surveille de près l’évolution de ses coûts, particulièrement dans les métiers plus chahutés par le contexte économique. La banque française procède ainsi à un plan de départs volontaires dans sa filiale de crédit à la consommation BNP Paribas Personal Finance visant à supprimer 921 postes d’ici à l’an prochain, en vue de redresser sa rentabilité.
A lire aussi : BNP Paribas veut réduire de 30% ses effectifs dans le crédit à la consommation en France
Les rachats d’actions mettent le feu aux poudres
«Comment peut-on mettre en avant la solidité de la banque et ses performances auprès des investisseurs d’un côté et demander, de l’autre, aux salariés des efforts au nom de la situation économique ?», s’insurge Richard Pons. La banque française a réalisé, au premier trimestre 2023, une plus-value de 2,9 milliards d’euros sur la cession de sa banque de détail aux Etats-Unis, Bank of the West.
Le capital supplémentaire dégagé par la vente sera en grande partie redéployé au service de la croissance des métiers et de petites acquisitions ciblées, tandis que BNP Paribas redistribue 4 milliards d’euros à ses actionnaires via un programme de rachat d’actions destiné à compenser la réduction du bénéfice net par action. La deuxième tranche de ce programme, à hauteur de 2,5 milliards d’euros, a été lancée le 3 août dernier. Ce qui irrite à nouveau les organisations syndicales représentatives. «Le partage de la valeur se fait-il seulement au profit des actionnaires ?», s’agace Richard Pons.
Les négociations annuelles obligatoires s’étaient déroulées l’an dernier dans un climat tendu, émaillé par plusieurs mouvements de grève, notamment dans les groupes mutualistes. Alors que l’inflation sur les produits alimentaires dépasse toujours 10%, et que le métier de banquier devient moins attractif dans les réseaux, les salaires promettent à nouveau d’être un sujet de crispation. Dans ce contexte, les négociations chez BNP Paribas dicteront la tendance pour 2024.
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