La vidéo du jour : Le trublion Iliad s’embourgeoise
Il est loin le temps où Xavier Niel se moquait de la situation de rente de ses concurrents opérateurs de télécoms, plus occupés selon lui à verser de colossaux dividendes plutôt que d’investir.
En lançant hier une offre publique de rachat d’actions sur 20% du capital de son groupe, le co-fondateur d’Iliad rentre dans le rang.
Certes, l’opération ne met pas en danger l’équilibre financier d’Iliad. Le groupe n’aura pas à s’endetter pour racheter ses actions puisque l’opération sera directement et intégralement financée par Xavier Niel. Mais elle va tout de même se solder par un triplement du montant des dividendes versés chaque année par Iliad, à 150 millions d’euros.
Assuré de monter de 52% à 72% du capital après cette offre de rachat d’actions, Xavier Niel percevra ainsi à lui seul les trois quarts du dividende et pourra s’en servir pour rembourser la dette contractée par sa holding personnelle pour financer l’opération.
Certes, Xavier Niel ne sera pas le seul à profiter des bienfaits du montage. Tous les actionnaires qui le souhaitent peuvent garder leurs actions comme lui, et donc monter mécaniquement au capital, ou vendre leurs titres à 120 euros et empocher la prime. Xavier Niel engage également 1,4 milliard d’euros pour assurer la bonne réussite de l’opération, ce qui en fait un vrai signe de confiance dans la société.
Mais en réduisant le capital flottant d’Iliad, l’offre publique de rachats d’actions risque de porter un mauvais coup à l’image boursière du groupe, déjà plus vraiment considéré comme une valeur de croissance depuis plusieurs mois. L’augmentation du dividende, au moment où l’industrie doit financer le coûteux passage à la 5G, brouille également un peu plus l’image d’Iliad, plus connu autrefois pour ses innovations que pour sa technologie financière.
Xavier Niel n’est pas le premier à profiter du levier de l’OPRA. Les Bouygues, qui ont longtemps été la tête de turc du fondateur d’Iliad, se sont renforcés de la même façon au capital du groupe de BTP et de télécoms en 2011. Vincent Bolloré est également un adepte du mécanisme. Il l’a déjà employé avec succès chez Havas et prévoit de le faire chez Vivendi.
En adoptant les mêmes codes que ses ainés du CAC 40, Iliad a perdu ses airs de trublion.
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