La vidéo du jour : Le sort réservé au Crédit Foncier sanctionne la fin d’un modèle
Laurent Mignon s’apprête à prendre sa première décision forte en tant que président de BPCE. Le groupe devrait acter dans les prochains jours la fin du Crédit Foncier sous sa forme actuelle. Selon le scénario le plus probable, le spécialiste des prêts à l’habitat et à la promotion verrait ses activités éclatées entre les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires régionales. Son stock d’encours, 114 milliards d’euros à fin 2017, serait quant à lui géré en extinction.
Le Crédit Foncier est le dernier représentant français d’un modèle économique devenu obsolète : celui d’un spécialiste du crédit immobilier qui se refinance pour l’essentiel sur les marchés. Né sous le Second Empire, le groupe avait déjà failli mourir dans les années 90 en raison de la crise immobilière et de la perte de son monopole sur l’accession à la propriété. Il avait dû son salut à la mobilisation de son personnel, puis à son adossement aux Caisses d’Epargne en 1999. Fort de ce soutien, l’établissement a commis au début des années 2000, à son échelle, le même péché de gourmandise que Dexia. Il a d’abord avalé son concurrent Entenial. Puis il a profité de coûts de financement très bas pour investir massivement dans des titrisations et dans des prêts aux collectivités locales, en France et à l’international.
La crise financière puis celle de la zone euro ont condamné cette course à la taille. L’autre spécialiste du secteur, le Crédit immobilier de France, a dû baisser pavillon dès 2012 et se mettre en run-off. Grâce à son actionnaire, le Crédit Foncier a échappé au même sort, mais il a dû mener un recentrage douloureux sur son marché domestique. L’établissement ne cesse depuis de réduire son bilan au prix fort. La faiblesse des marges sur les prêts à l’habitat et la concurrence acharnée des banques traditionnelles n’arrangent rien. Sur les huit derniers exercices, le cumul des résultats du groupe est déficitaire. Avec le maigre bénéfice dégagé l’an dernier, la rentabilité des fonds propres n’atteint même pas 1%.
A dire vrai, l’investissement de l’Ecureuil dans le Crédit Foncier n’a jamais produit en 20 ans les synergies escomptées. Et c’est aussi une page de l’histoire des Caisses d’Epargne, celle des années de croissance externe échevelée, que BPCE se prépare à tourner.
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