La vidéo du jour : L’alliance Renault-Nissan, une construction politique autant qu’industrielle
La chute de Carlos Ghosn n’a pas valu aux titres Nissan ou Mitsubishi une meilleure performance que celle de l’action Renault.
Autant dire que pour la Bourse, une mise en cause de l’alliance actuelle ne ferait les affaires d’aucun de ses partenaires qui, tous trois, en pâtiraient.
A Tokyo comme à Paris, on doit en tirer la leçon.
Chacun a pu constater qu’au Japon, s’est crûment manifestée la tentation de s’affranchir de ce qui est vécu comme une pesante tutelle du constructeur français sur sa filiale nippone.
L’acharnement presque jubilatoire du patron opérationnel de Nissan, Hiroto Saikawa, contre Carlos Ghosn lundi n’a échappé à personne.
De même, sa volonté d’étendre l’enquête en cours à d’autres malversations supposées du patron de l’alliance au niveau de la holding de contrôle de l’ensemble aux Pays-Bas, laisse planer une menace sur le cœur même du système.
En cas de mauvaise volonté de la partie japonaise, on voit mal comment désormais il pourrait fonctionner.
Les déclarations du directeur général de Mitsubishi Motors vont dans le même sens. En assurant «que personne au monde hormis Ghosn n’est capable de piloter» l’alliance, il a clairement laissé entendre que pour lui aussi, celle-ci a fait son temps.
Dès lors, le contre-feu allumé mardi par les gouvernements français et japonais, assurant leur «important soutien à l’alliance entre Renault et Nissan» est important.
Car il rappelle quelques vérités que nul ne peut sous-estimer. L’alliance est en effet le «premier constructeur automobile mondial», et il est aussi «l’un des plus grands symboles de la coopération industrielle franco-japonaise».
A sa manière, l’alliance pèse aussi lourd, dans l’ordre de l’automobile entre la France et le Japon, qu’Airbus dans celui de l’aéronautique, au niveau européen.
Paris et Tokyo sont trop liés par cette coopération industrielle hors normes pour tolérer que des intérêts particuliers, qu’ils viennent des membres de l’alliance ou de ceux qui les dirigent, remettent son succès en cause.
Si des changements de gouvernance s’avèrent utiles pour rappeler que l’alliance lie des Etats, au-delà des entreprises elles-mêmes, Paris et Tokyo auront intérêt à y procéder sans délai.
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