ISF : Les plus-values immobilières sont retenues pour leur montant brut dans le calcul du plafonnement
Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (1), le Conseil constitutionnel a validé le 22 mars dernier l’actuel mode de calcul du plafonnement de l’ISF.
Pour rappel l’impôt sur la fortune est plafonné en fonction des revenus du contribuable. Ainsi, le cumul de l’ISF et des impositions sur les revenus ne peut pas excéder 75 % du total des revenus du contribuable. L’article 885 V bis du CGI précise que « les plus-values ainsi que tous les revenus sont déterminés sans considération des exonérations, seuils, réductions et abattements prévus au présent code, à l’exception de ceux représentatifs de frais professionnels » sont à prendre en compte dans le calcul de plafonnement.
En l’espèce, la requérante reprochait à ces dispositions d’inclure dans le revenu en fonction duquel est plafonné l’ISF le montant brut des plus-values immobilières qu’elle a réalisées, sans leur appliquer ni abattement pour durée de détention ni aucun autre correctif tenant compte de l’érosion monétaire affectant leur valeur réelle. Ce qui selon elle a pour effet de majorer artificiellement les revenus pris en compte pour le calcul du plafonnement. Elle a ainsi contesté la conformité de ces dispositions devant le Conseil constitutionnel.
La requête aura été vaine, puisque le Conseil a jugé conforme à la Constituton l’article 885 V bis du CGI, dans sa rédaction issue de la loi de finance pour 2013. Selon les magistrats, c’est à juste titre que les plus-values immobilières sont intégrées aux revenus de la contribuable brutes de tout abattement dans la mesure où il s’agit de sommes réalisées dont cette dernière a disposé au cours de la même année. Il n’y a pas lieu non plus d’appliquer un quelconque coefficient d’érosion monétaire entre la date d’acquisition des biens ou droits et celle de leur cession.
Un décision qui s’inscrit dans la logique de celle rendue le 15 janvier dernier (2), dans laquelle le Conseil constitutionnel, qui se prononçait sur l’IFI cette fois, a conclu que les plus-values immobilières devaient être retenues pour leur montant brut dans le calcul du plafonnement de l’IFI.
L’ISF et l’IFI n’en finissent pas de faire parler d’eux. En dehors du contentieux massif que l’ISF induit - et du contentieux à venir s’agissant de l’IFI -, le contexte social pousse le gouvernement à revoir la suppression de l’ISF. Lundi 18 mars, devant un parterre d’intellectuels réunis pour le Grand débat, Emmanuel Macron a annoncé qu’il était disposé à «reconditionner» la réforme de l’ISF. Une déclaration qui ajoute à la cacophonie régnant au sein de la majorité, puisque celle-ci avait annoncé le 10 mars qu’elle écartait le rétablissement de l’ISF et qu’elle proposait en contrepartie l’augmentation du barème de l’IFI «pour les plus gros patrimoines».
(1) Décision n°2019-769 QPC du 22 mars 2019
(2) Décision n° 2018-755 QPC du 15 janvier 2019
Plus d'articles du même thème
-
Les finances publiques sont au bord de l’étouffement
La Cour des comptes lance un ultimatum au gouvernement : ou des mesures rectifiant la trajectoire de la dette publique sont prises maintenant, ou la France va étouffer sous le poids des intérêts à payer, qui pèsent pour la moitié du déficit budgétaire. -
Déclaration de TVA : quand l’IA déclare, qui assume l’erreur ?
La machine peut traiter le volume, accélérer les rapprochements, sécuriser certains contrôles de cohérence. Mais la qualification fiscale reste un acte juridique. Et cet acte engage toujours l'entreprise. -
Le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi contre les fraudes fiscales et sociales
Le gouvernement espère récupérer 1,5 milliard d’euros de l’ensemble des mesures, qui concernent également la lutte contre la fraude sociale.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'OpinionPrésidentielle : les villes moyennes au cœur du récit national
Brice Soccol : « Ce n’est plus seulement l’opposition entre villes, péri-urbanité et campagnes qui structure la géographie électorale française, mais la capacité des territoires à offrir des perspectives de mobilité sociale, d’emploi et de qualité de vie » -
L'été sera chaudLe pays brûle, les candidats regardent ailleurs
Malgré l'ampleur de l'épreuve vécue par la quasi-totalité du pays, les prétendants à l'Elysée n'ont effectué que des ajustements à la marge de leur campagne. Le débat n'a pas dépassé le stade de savoir s'il fallait climatiser le pays -
Vieux démonsAprès l'accord israélo-libanais, le spectre d'une occupation israélienne sans fin du Liban
Israël et le Liban ont signé un accord historique à Washington, mais son application dépend d'un improbable désarmement du Hezbollah