Crowdfunding : des réglementations bienvenues pour un marché en pleine professionnalisation
Par Michel Ivanovsky, cofondateur et président de MIPISE
Jeune secteur en croissance, le crowdfunding a su devenir populaire auprès de nombreux épargnants. Les autorités réglementaires l’ont bien compris et encouragent sa démocratisation par des mesures clés, comme le relèvement du plafond des levées de fonds ou la facilitation des connexions entre plateformes et conseillers traditionnels en investissement.
,
, Il y a un an, l’annonce de la faillite d’Unilend, l’une des plateformes pionnières du financement participatif en France, avait suscité de nombreuses interrogations sur le modèle du crowdfunding. Cette année, ce sont les difficultés de Funding Circle qui soulèvent à leur tour de nouvelles questions. Pourtant, les problèmes rencontrés par cette plateforme anglaise de prêt sont davantage liés à un modèle très spécifique qu’à des problématiques de marché. Aussi, ces récurrentes remises en question du crowdfunding sont un vrai paradoxe face à une croissance du secteur loin de faiblir, tirée, il est vrai, par l’immobilier et les énergies renouvelables. Au premier semestre 2019, les montants collectés par les plateformes de crowdfunding immobilier ont ainsi enregistré un total de 129 millions d’euros, soit deux fois plus que l’année précédente pour la même période.
Le crowdfunding est un marché jeune, en plein essor, à qui il faut donner les moyens de ses ambitions et potentiels. La mobilisation d’experts et d’institutions qui travaillent à la structuration et à l’évolution des normes auprès du régulateur a permis au secteur de trouver les clés d’une croissance vertueuse. La réglementation s’adapte progressivement aux besoins du marché et, bien qu’il reste du chemin à parcourir, certaines innovations sont à souligner.
Un relèvement du plafond des levées de fonds
Promulguée le 23 mai dernier, la Loi Pacte porte des mesures favorables au développement du financement participatif. Son adoption définitive était très attendue par tout le secteur, puisque l’ambition affichée est d’accélérer et de diversifier les possibilités de financement pour les entreprises grâce à une fiscalité avantageuse. Ce texte de loi s’est notamment démarqué par l’éligibilité des titres issus du crowdfunding au PEA-PME, mais aussi par la proposition de relever le plafond des levées de fonds.
C’est désormais chose faite avec la promulgation du décret n°2019-1097, modifiant les dispositions relatives aux offres au public de titres, paru au journal officiel le 30 octobre 2019. De 2,5 millions d’euros, le seuil des montants collectés par un CIP (Conseiller en Investissement Participatif) est aujourd’hui de 8 millions d’euros par projet et par année. Pour la croissance du financement participatif, cette mesure est un signe positif et va permettre d’ouvrir le marché à de nouveaux secteurs et d’attirer une diversité d’acteurs.
Vers une inter-professionnalisation du secteur
Au-delà de ces avancées permises par la Loi Pacte, l’Autorités des Marchés Financiers (AMF) vient de modifier l’article 325-53 du Règlement général autorisant désormais une plateforme CIP à travailler avec un CIF (Conseiller en Investissement Financier) et de rémunérer sa prestation. Un CIF peut ainsi conseiller à son client d’investir dans un projet proposé par une plateforme de crowdfunding disposant du statut CIP et obtenir une rémunération pour « prestation de conseil sur service d’investissement » conformément au cadre prévu par MIF 2. A noter qu’un conseiller en gestion de patrimoine possédant un statut CIF et enregistré auprès de l’Orias, peut proposer à ses clients d’investir dans des placements financiers présentés par des plateformes de crowdfunding.
Pour le CIF ou CGP-CIF, cette mesure permet donc de diversifier la palette de produits proposés à ses clients et de s’ouvrir à de nouveaux modèles d’investissements. Pour la plateforme CIP, elle élargit l’éventail d’investisseurs potentiels et les canaux de communication. Cette évolution réglementaire témoigne de la volonté d’apporter plus d’inter-professionnalisme au secteur financier et d’engager de nouveaux dispositifs au profit d’une économie alternative.
Plus d'articles du même thème
-
BNPP AM Alts lève plus de 3 milliards d'euros pour son fonds Enhanced CRE Debt
Le gestionnaire d’actifs alternatifs va cibler les prêts seniors et les projets visant à soutenir des opérations de redéveloppement et de transformation. -
Telamon nomme une directrice des opérations d'investissement résidentiel et de bureaux
Pour ce poste, la société de gestion a choisi de promouvoir Laure Roberty, jusque-là directrice des programmes, au sein de l'équipe de la promotion résidentielle. -
Tikehau Investment Management absorbe définitivement Sofidy
L'activité immobilière de Tikehau Capital gère près de 15 milliards d'euros d'actifs immobiliers dans le monde.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- SCPI : une nouvelle solution de marché secondaire mise sur l'analyse des portefeuilles
- Bruxelles poursuit l'assouplissement des exigences ESG
- La Chine et les Etats-Unis mesurent leurs forces
- Le chômage atteint un plus haut de cinq ans en France, l'inflation est confirmée à 2,2%
- Cleos Gestion Privée vise 10 millions d’euros d’actifs conseillés d’ici la fin de l’année
Contenu de nos partenaires
-
EXCLUSIF Reprise en mainLe grand ménage de Bruno Retailleau au sein de LR
Le renouvellement des instances locales du parti, en juin, devrait se traduire par un grand remplacement des cadres pro-Wauquiez par les amis du président et candidat des Républicains -
Trop-pleinLa France agricole malade de ses lois
La loi d'urgence agricole, réclamée par les agriculteurs lors des manifestations du début de l'année, sera débattue à l'Assemblée cette semaine. Avec un potentiel de déception important... Comme pour les précédentes -
EditorialScandale périscolaire à Paris : une affaire de plus en plus politique
Enquêtes, justice, colère des parents et... offensive des insoumis : Emmanuel Grégoire est loin d’en avoir fini avec ce scandale