Worldline accuse une lourde perte avant une année charnière
Worldline a annoncé mercredi s’attendre à un ralentissement de la croissance organique de son chiffre d’affaires en 2024, après avoir accusé l’an dernier une lourde perte nette dans un contexte marqué par une perte de confiance des investisseurs dans le spécialiste des paiements électroniques.
En réaction, l’action plongeait de 17% mardi peu après l’ouverture de la Bourse de Paris.
«Après un premier semestre solide et malgré une dynamique commerciale encourageante en 2023, la performance de Worldline au second semestre a été significativement affectée par le ralentissement macroéconomique et une baisse de la consommation dans nos principales zones géographiques ainsi que par l’impact de la résiliation de certains de nos marchands en ligne, en raison d’un cadre réglementaire plus strict», a indiqué le groupe dans un communiqué.
En 2023, Worldline a accusé une perte nette de 817 millions d’euros, en raison notamment d’une dépréciation d’actifs de 1,15 milliard d’euros liée aux activités de services aux commerçants. Le groupe avait dégagé un bénéfice net de 211 millions d’euros en 2022.
Le résultat net normalisé a de son côté reculé de 4,3%, à 521 millions d’euros, tandis que le chiffre d’affaires a progressé de 6% en données organiques, à 4,61 milliards d’euros.
L’EBE ajusté a atteint 1,11 milliard d’euros en 2023, un montant en hausse de 0,2% par rapport à 2022 et qui reflète une marge de 24,1%, en repli organique de 140 points de base sur un an.
Fin d’année difficile
Worldline a généré l’année dernière un flux de trésorerie disponible de 355 millions d’euros, représentant un taux de conversion de l’EBO de 32%, contre respectivement 520 millions d’euros et 45,9% un an plus tôt.
Selon les prévisions communiquées en octobre, alors revues en forte baisse, le groupe tablait pour 2023 sur une croissance organique de son chiffre d’affaires comprise entre 6% et 7%, une diminution d’environ 150 points de base de sa marge d’EBO et la conversion de 30% à 35% de son EBO en flux de trésorerie disponible.
Les analystes sondés par FactSet anticipaient en moyenne un chiffre d’affaires de 4,62 milliards d’euros, en croissance organique de 6,5%, et un EBO de 1,1 milliard d’euros pour l’ensemble de l’année 2023.
Worldline a connu une fin d’année 2023 particulièrement difficile. Son avertissement sur résultats, justifié par la détérioration de la conjoncture économique mondiale et l’arrêt de certains services, s’est traduit par un plongeon du cours de Bourse de la société et par son exclusion de l’indice CAC 40 au profit de Vivendi. L’action Worldline a perdu 57% en 2023 et 21,9% depuis le début de 2024.
Une groupe en pleine transition
Dans ce contexte, «2024 sera une année charnière» pour réaliser une transition vers un «groupe rationalisé», a assuré Gilles Grapinet, le directeur général de Worldline, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes. «Les fondamentaux de Worldline restent solides malgré un environnement peu porteur», a ajouté le dirigeant.
Le groupe prévoit pour 2024 une croissance organique de son chiffre d’affaires d’au moins 3%, un flux de trésorerie disponible d’au moins 230 millions d’euros, et un excédent brut d’exploitation (EBE) ajusté – jusque-là appelé excédent brut opérationnel (EBO) – de 1,17 milliard d’euros au minimum.
Le groupe détaillera ses ambitions à moyen terme à l’occasion d’une journée investisseurs qui se tiendra au second semestre. Pour l’heure, Worldline a indiqué viser une croissance organique du chiffre d’affaires «à un chiffre de milieu à haut de fourchette», une «amélioration continue de l’EBE ajusté à partir de 2024" et une «progression rapide de la conversion de l’EBE ajusté vers un taux d’environ 50 %».
«Nos perspectives de moyen terme sont excellentes», a déclaré Gilles Grapinet aux journalistes.
A lire aussi : Worldline envisage de supprimer jusqu’à 8% de ses effectifs
Des changements à venir dans la gouvernance
Défi supplémentaire, Worldline doit trouver un nouveau président pour son conseil d’administration, suite au décès de Bernard Bourigeaud en décembre dernier. Le groupe compte finaliser le choix de son remplaçant avant fin mars, a-t-il indiqué mercredi. Dans l’intervalle, l’intérim est assuré par l’administrateur référent indépendant Georges Pauget.
Worldline travaille plus généralement au renouvellement partiel de son conseil d’administration pour le ramener à 13 membres au maximum, sans compter les deux administrateurs salariés. Récemment, le fonds activiste britannique Bluebell Capital Partners et le gestionnaire d’actifs américain Harris Associates, qui se présente comme le deuxième actionnaire de Worldline avec 9,5% du capital, ont appelé Worldline à revoir sa gouvernance.
Worldline a par ailleurs indiqué avoir décidé «d’adapter son organisation managériale afin de suivre au plus près cette année de transformation». Marc-Henri Desportes, directeur général délégué, supervisera la mise en ouvre des priorités stratégiques de l’activité de services aux commerçants, tandis que le département des risques reportera directement à Gilles Grapinet, le directeur général, «pour un suivi régulier de sa feuille de route et en vue de renforcer les processus en matière de risques dans l’ensemble du groupe», a précisé Worldline.
Lisa Coleman, l’actuelle directrice de la performance opérationnelle, aura la charge d’assurer la mise en ouvre de «Power24», le plan de transformation lancé au début du mois qui vise à renforcer la compétitivité de Worldline en réduisant ses coûts. Cette initiative doit se traduire par une baisse maximale d’environ 8% des effectifs et permettre de réaliser des économies de l’ordre de 200 millions d’euros en base annuelle à partir de 2025.
Si Worldline traverse une période délicate, il peut compter sur le soutien du groupe bancaire Crédit Agricole, avec lequel il est engagé dans un partenariat stratégique visant à créer un acteur majeur du marché des paiements français. La banque verte a annoncé en janvier avoir pris une participation de 7% au capital de la société dirigée par Gilles Grapinet, devenant ainsi l’un de ses principaux actionnaires.
Selon les informations disponibles sur le site internet de la société, l’opérateur de la Bourse suisse SIX Group détient pour sa part 10,5% du capital de Worldline et la banque publique d’investissement Bpifrance, 4,5%.
A lire aussi : Le Crédit Agricole à la rescousse de Worldline, un enjeu de souveraineté
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