La France, terre d’activistes
Qui a dit que la France manquait d’actionnaires activistes ? Unibail, Suez, Lagardère : voilà trois entreprises dont l’actualité bouillonnante prouve la vitalité du monde des affaires tricolore. Le géant des centres commerciaux se prépare le mois prochain à une belle bataille en assemblée générale, placé sous le feu d’un tandem associant une star du patronat, Xavier Niel, et un inconnu du grand public mais ô combien expert des arcanes immobiliers, Léon Bressler. Suez a livré et perdu face à Veolia la première manche d’un bras de fer qui renvoie aux grandes heures du tournant du millénaire, lorsque la Bourse vivait au rythme des offres publiques hostiles. Et que dire de la citadelle Lagardère, d’abord assiégée par un fonds pour mieux préparer le terrain à un affrontement entre deux éminents représentants du capitalisme français, Vincent Bolloré et Bernard Arnault, qui seraient plus à même de faire fructifier les actifs du groupe sous une autre forme.
Oui, voilà longtemps que le CAC 40 et ses antichambres n’avaient connu pareils feux d’artifice. Cette agitation bat en brèche la représentation encore vivace hors de nos frontières d’un capitalisme français confit dans son entre-soi. Non pas que la tentation des petits arrangements entre amis ait disparu sous nos latitudes. La bagarre Suez-Veolia en a offert un bel échantillon, du bal des visiteurs du soir aux habituelles pressions sur les administrateurs, en passant par cette improbable pilule empoisonnée que le conseil de la cible a sortie de sa manche sans plus de considération pour l’intérêt des actionnaires. Les vieux réflexes ont la vie dure. Ils s’appuient sur un droit français qui s’est doté, au nom de la protection de l’entreprise contre de supposés « prédateurs », de mécanismes de défense disproportionnés comme les bons Breton. Ces dispositifs et cette rhétorique n’ont pas rendu service à l’attractivité de la Place financière de Paris. La vigilance s’impose aussi sur l’interprétation de la raison d’être, qui rend possible de nouvelles formes d’obstruction à la démocratie actionnariale.
Il est heureux, à cet égard, que les réflexions menées autour de l’activisme aient abouti à des propositions équilibrées de la part des autorités. Les vendeurs à découvert que certains rêvaient de clouer au pilori ont une fonction de lanceurs d’alerte, quand bien même ils s’inscriraient dans une optique de court terme. Au-delà, c’est toute la sphère des investisseurs, financiers ou industriels, qui fait montre aujourd’hui d’un engagement accru. Ceux-ci ont toutes les raisons de peser sur les choix stratégiques des émetteurs à l’heure où la crise ouvre aux plus résistants des opportunités de croissance et impose aux plus fragiles de douloureux arbitrages. Les propriétaires de l’entreprise donnent de la voix ? Seuls les administrateurs et les dirigeants un peu trop attachés à leur siège s’en plaindront.
Plus d'articles du même thème
-
Les filles de Pierre Bellon se succèdent à la présidence de Sodexo
En poste pendant près de 11 ans, et PDG presque quatre ans, Sophie Bellon passe les rênes du conseil d’administration du groupe de restauration à sa sœur Nathalie Bellon-Szabo. -
Les successions font flamber les rémunérations aux Etats-Unis
Les dirigeants du CAC 40, du Dax et du FTSE 100 bénéficient de la même rémunération, entre 6,8 et 7,1 millions d’euros. La part de long terme reste inférieure à 50% en Allemagne. -
Les salariés d’Uniper souhaitent un retour en Bourse de l’énergéticien allemand
Les représentants du personnel craignent qu’une vente du groupe à un acquéreur industriel ou financier entraîne son démantèlement.
ETF à la Une
Les secrets de la performance record d'un ETF sur le fret maritime
Contenu de nos partenaires
-
EmballementComplot terroriste ou simple vol de carburant : que s'est-il passé dans cette base militaire anglaise ?
Après l’arrestation de cinq hommes soupçonnés de terrorisme aux abords de la base de Fairford, un site militaire utilisé par l’armée américaine, leur libération rapide interroge la gravité réelle de la menace. -
Retour de flamme« Il sait très bien ce qu’il fait » : le tacle calculé de Patrick Martin contre la CFDT et la CGT
En riposte aux critiques de Marylise Léon et Sophie Binet sur ses liens supposés avec l'extrême droite, le président du Medef accuse les centrales de « se politiser à outrance » -
Fil rougeLes candidats à la présidentielle promettent de ne pas toucher à l'épargne pour combler la dette
L'Afer, la plus importante des associations d'épargnants, a soumis trois questions phares, mardi soir, à sept candidats à la présidentielle