Engie a accepté de vendre 29,9% du capital pour 3,4 milliards d’euros. Mais la question de l’hostilité entre les deux groupes reste entière.
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Olivier Pinaud
Veolia se réserve la possibilité de déposer - ou non - l'offre publique à tout moment.
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Bloomberg.
Veolia a réussi sa Blitzkrieg. 35 jours seulement après avoir lancé son assaut, le groupe dirigé par Antoine Frérot va devenir le premier actionnaire de son grand rival Suez. Engie, l’actionnaire de référence historique du groupe de services à l’environnement, a accepté lundi soir l’offre d’achat de Veolia pour un bloc de 29,9% du capital. Engie conservera une participation minoritaire d’un peu plus de 2%, jusqu’à ce que Veolia lance une OPA sur la totalité du capital.
Cette décision a été votée par une courte majorité au conseil d’administration d’Engie, contre l’avis de l’Etat, premier actionnaire du groupe d’énergie, avec 22% de son capital. Les trois administrateurs représentant l’Etat au conseil d’administration ont voté contre la cession du bloc. Le ministère de l’Economie a justifié sa position en raison de « l’absence d’accord amiable » entre Veolia et Suez. Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, a regretté les divergences avec l’Etat mais a insisté sur le fait que le conseil d’administration a agi « dans l’intérêt de l’ensemble des actionnaires » du groupe.
Pour Engie, la vente de sa participation dans Suez est une bonne affaire financière. La défense de Suez contre le projet a permis de faire monter le prix de vente à 18 euros par action, contre un prix initial de 15,5 euros. Engie va ainsi encaisser un montant total de l’ordre de 3,4 milliards et dégager une plus-value comptable de 1,8 milliard d’euros. L’opération sera réalisée très rapidement, a indiqué Jean-Pierre Clamadieu.
Cette vente express est aussi une forme de soulagement pour Engie. C’est « la réponse définitive et claire à une question lancinante depuis la fin du pacte d’actionnaires de Suez, achevé il y a sept ans », a insisté Jean-Pierre Clamadieu, en référence aux atermoiements du groupe vis à vis de cette participation, un jour trop faible, le lendemain trop élevée.
La décision du conseil d’administration règle le problème d’Engie mais en transfère un autre de taille à Veolia et à Suez, celui de l’hostilité, sentiment exacerbé par cinq semaines de lutte acharnée entre les deux directions. « J’encourage les deux entreprises et les dirigeants à se mettre très vite autour d’une table » et « j’ai le sentiment que l’écart entre Veolia et Suez est franchissable », a déclaré lundi soir Jean-Pierre Clamadieu. Selon le président d’Engie, le point essentiel à régler porte sur « le périmètre qui pourrait venir compléter Suez eau France », la division de Suez que Veolia a prévu de vendre à Meridiam pour régler les éventuels problèmes de concurrence et alléger la facture. « Nous avons les bases de ce qui pourrait constituer un accord entre Suez et Veolia », est persuadé Jean-Pierre Clamadieu.
Trahison et déloyauté
Antoine Frérot, le PDG de Veolia, forcément « très heureux de poser en France la première pierre d’un super champion mondial de la transformation écologique », s’est dit prêt à « reprendre les discussions dès (aujourd’hui) ».
Suez n’a pas réagi à chaud lundi soir. Mais pour le groupe présidé par Philippe Varin, qui a alerté le ministère de l’Economie lundi, la décision de son ancien actionnaire de référence est vécue comme une trahison et un manque de loyauté. Soutenu par les syndicats et le corps social, la direction du groupe n’exclut pas d’engager des recours contre le processus de vente utilisé par Engie.
Quelques heures avant le conseil d’administration d’Engie, Suez croyait encore au soutien de son potentiel chevalier blanc, Ardian. Mais le fonds d’investissement a préféré jeter l’éponge, incapable de monter une offre ferme au même prix que celle de Veolia dans un laps de temps aussi court. « Nous avons été très déçus de constater que les promoteurs de cette offre n’aient pas été en mesure de présenter une offre ferme, que nous attendions avec beaucoup d’impatience », a regretté Jean-Pierre Clamadieu, qui s’était régulièrement montré dubitatif sur la réalité de ce contre-projet.
Questions sur l’OPA
Enfin, la décision de lundi soir ne répond pas précisément à une autre question : quand Veolia lancera-t-il son OPA volontaire sur le solde du capital de Suez ? « Le dépôt de l’offre publique n’interviendra que lorsque le projet aura été accueilli favorablement par le conseil d’administration de Suez, le cas échéant après l’assemblée générale de ses actionnaires », a indiqué Veolia. Une façon de prévenir que si aucun accord n’était trouvé avec Suez d’ici à la prochaine AG, Veolia pourrait s’en servir pour entrer au conseil et forcer la décision.
L’OPA « interviendra au plus tard lors de l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires, notamment en matière de concurrence, dans les 12 à 18 mois, Veolia se réservant la possibilité de déposer l’offre publique à tout moment avant l’obtention de ces autorisations », a ajouté Veolia. « Cette offre publique sera en numéraire, sans plafonnement, Veolia se réservant la possibilité éventuelle d’ajouter une branche subsidiaire plafonnée en actions Veolia », a-t-il complété.
Le prix de 18 euros pourrait être ajusté pour tenir compte de plusieurs éléments, comme des opérations de Suez sur son capital ou sur son bilan, des cessions ou acquisitions d’actifs importants ou de « l’octroi de droits à des tiers sur des actifs de Suez » et « des engagements pris hors du cours normal des affaires », référence directe à la fondation néerlandaise dans laquelle a été logée la division Suez eau France pour empêcher sa cession.
Veolia « se réserve également la possibilité de ne pas déposer d’offre publique dans l’hypothèse de circonstances défavorables majeures » comme la « cession par Suez de tout actif stratégique, à savoir les actifs eau espagnols et chiliens, WTS, les actifs eau régulée aux États-Unis d’Amérique, les actifs propreté en France, au Royaume-Uni et en Australie ou toute autre mesure affectant significativement ces actifs. » Bref, la confiance règne…
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